TÉMOIGNAGE. Coronavirus : "On ne se serre plus la main, mais on se serre les coudes", raconte le maire de Béthune

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Écrit par Jean-Louis Manand

L'édile récemment réélu nous raconte son quotidien à l'heure du coronavirus et du confinement.

"En situation de crise comme aujourd'hui, les maires sont là. En ce moment, la mairie, c'est le filet de sécurité. Et ceux qui jusqu'à maintenant ne pensaient qu'à nous regrouper en grandes communes, je leur réponds que c'est la proximité qui nous fait gagner. Qui va nous faire gagner."

Olivier Gacquerre est le maire (UDI) de Béthune, 25 000 habitants. Il vient d'être largement réélu. À 43 ans, ce père de deux jeunes enfants, diplômé en ressources humaines, envisageait peut-être un petit break après les élections municipales. "La campagne a été fatigante." C'est raté.
 
L'élu vit "H24" à côté de son téléphone portable. Ce vendredi matin, il était au CCAS pour réorganiser l'accueil des 900 familles suivies par la ville. "Parce que justement, il n'y a plus d'accueil ! Les bons alimentaires, les chèques-énergie, il n'est plus question de venir les chercher. Alors c'est nous qui livrons à domicile. Ce sont des agents communaux qui s'en chargent."

 

"On avance heure par heure"


La ville assure également la distribution individuelle de colis d'urgence alimentaire. Elle récupère les denrées sèches auprès d'associations caritatives qui ont dû fermer, comme Les Restos du Coeur ou Saint-Vincent de Paul.

"Sauf que ce matin, on a récupéré des yaourts", explique le maire de Béthune. "Et donc, il a fallu d'urgence installer un frigo au CCAS, qui n'en avait pas. C'est ainsi depuis le début du confinement : on est dans le TRÈS quotidien. On avance heure par heure. On se débrouille."
 
Olivier Gacquerre passe la matinée en mairie avec quelques adjoints. Et à partir de 14 heures, il travaille seul depuis son domicile, où il a la chance de disposer d'un bureau. 

Et il débrouille : décaler les horaires de la collecte des ordures ménagères, maintenir sur le terrain la police municipale, maintenir le fonctionnement – même dégradé – des services d'état civil, maintenir des marchés en toute sécurité, garder les rues propres, s'inquiéter des EHPAD...
 
 

Le Plan Communal de Sauvegarde, bientôt la bible des élus ?


À Béthune, un accueil du public est encore assuré physiquement le matin en mairie. Une permanence téléphonique prend le relais jusqu'à 17 heures. On y compte 200 appels quotidiens. Plus de mariage. Plus de PACS.

Pour Olivier Gacquère, cette crise du Covid-19 fera date. "Les maires devront savoir se tenir prêt en permanence à gérer la crise. On a eu le terrorisme, les inondations, les tempêtes, la sécheresse, la canicule... et maintenant une pandémie. Le Plan Communal de Sauvegarde, il ne sera plus sur un coin du bureau, en attendant éventuellement un coup dur. Non, il va devenir la bible des élus locaux."

Chaque midi, le jeune maire enregistre une petite vidéo, qu'il diffuse via Facebook, pour justement donner aux Béthunois ce qu'il appelle du "pratico-pratique".
 
"Dans cette période noire, il y a de l'espoir", conclut-il. "Des voisins s'entraident. Des solidarités nouvelles se mettent en place. On ne calcule pas. On fait. On s'assure que tout le monde puisse manger et dormir. On fera les comptes après."

Après, quand tout sera fini, Olivier Gacquerre nous promet un bêtisier du confinement, comme cette rumeur qu'il a dû démentir : un hélicoptère aurait désinfecté Béthune en survolant la ville à basse altitude. Sa devise du moment ? "On ne se serre plus la main, mais on se serre les coudes."