Licences de pêche post-brexit : en attendant l’issue de l’ultimatum, des pêcheurs "désabusés" et "désespérés"

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Écrit par Emeline Cocq
Deux bateaux de pêche, à quai dans le port de Boulogne-sur-Mer
Deux bateaux de pêche, à quai dans le port de Boulogne-sur-Mer © France Télévisions

Près d’un an après la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le conflit autour des licences de pêche qui oppose Londres et Bruxelles continue d’affecter les pêcheurs français. A Étaples (Pas-de-Calais), plus personne n’attend quoique ce soit de l’ultimatum fixé par la Commission européenne pour régler la situation.

Des pêcheurs "désabusés" et "désespérés". Les mots sont forts, au lendemain du rejet par le Royaume-Uni de l’ultimatum fixé par la Commission européenne pour régler le conflit sur les licences de pêche post-Brexit. Le directeur de la Coopérative Maritime Étaploise (CME), Étienne Dachicourt, dit ne plus rien attendre des Anglais. "On nous a demandé d’être bon élève et au final, ça fait un an que ça dure, explique-t-il. L’ultimatum, je n’y croyais pas.

Selon ce pêcheur, il manquerait "une petite quarantaine" de licences dans les Hauts-de-France pour continuer à pêcher dans la zone des 6-12 milles britanniques, riches en poissons. Problème : ces demandes de licences concernent surtout des petits bateaux, "qui n’ont pas le matériel nécessaire pour prouver leur antériorité de pêche sur la période 2012-2016" comme exigé par les Britanniques pour obtenir le fameux sésame, rappelle le directeur.

"Nous sommes les enfants du divorce et on est en train de nous tuer"

Celui-ci a fait construire six bateaux – "3 millions et demi d’euros chacun" – pour répondre aux critères imposés par le Royaume-Uni, mais là encore, aucune licence n’a été accordée. "On n’arrête pas de faire deux pas en avant, et trois pas en arrière," affirme-t-il. La situation, ce pêcheur la résume en une formule choc : "nous sommes les enfants du divorce, [entre le Royaume-Uni et l’Europe] et on est en train de nous tuer.

Pour rappel, l’accord post-Brexit précise que les pêcheurs français ont jusqu’en 2026 pour réduire leur quota de pêche dans les eaux britanniques de 25 %, soit "un manque à gagner de 650 millions euros", selon Étienne Dachicourt.

Vers un contentieux contre le Royaume-Uni

En octobre, Paris avait fait pression sur Londres en annonçant des mesures de rétorsion si aucun accord n’était trouvé. Fin novembre, la Commission européenne avait finalement demandé au Royaume-Uni de régler le litige d’ici ce vendredi 10 décembre.

En cas de non-respect de l’échéance, le gouvernement français pourrait réclamer un arbitrage européen et l’ouverture d’un contentieux, comme l’a annoncé ce matin sur franceinfo le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune.

De son côté, la ministre de la Mer Annick Girardin, a fait part de son intention de se battre ”jusqu’au bout pour les pêcheurs et le renouvellement des 104 licences de pêche par Londres.    

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