Beignets, dragon, pêche et grand air... À Calais, la nouvelle digue n'empêche pas les bonnes vieilles habitudes de perdurer

Inaugurée il y a un peu plus de deux ans, la nouvelle digue de Calais a fait sa place parmi les habitants et les habitantes, trop heureux de pouvoir perpétuer leurs rituels sportifs, culinaires ou familiaux… Sur le bois tendre de la jetée. Escale dans un ilot de confort, avec vue sur la mer.

Le long de la plage de Calais, la célèbre tirade du "c'était mieux avant", semble n'être qu'un lointain écho, ne parvenant pas aux oreilles des promeneurs et des promeneuses. Là, sur la nouvelle digue inaugurée il y a deux ans, sourire aux lèvres et mains collantes de sel (ou de glace fondue), des dizaines et des dizaines de Calaisiens, de Calaisiennes et de touristes extra-muros déambulent avec innocence... Sans même regarder où poser leurs pieds.

Prendre l'air

Pieds nus, tongs et baskets en toile ne risquent pas de faire de mauvaise rencontre - cailloux, trous ou autres obstacles souhaitant porter préjudice à nos orteils - sur les 3,2 km de bois qui composent la digue de Calais. Marcheurs et marcheuses peuvent s'en tenir à observer l'eau gris bleutée, couleur ciel d'après-orage en ce mois de juillet.

Sur la jetée, une maman plisse les yeux à s'en froncer le nez : "D'ici on a une vue imprenable sur la mer, les côtes anglaises, et sur tout le littoral calaisien." Venue avec toute sa famille, la jeune femme brune se lamente sur cette si belle vue qui "gagnerait à être encore plus connue."

Les animaux de la digue

"Ici il y a de tout. De l'anguille, de la dorade, du chien de mer, du bar, des limandes, de la sole..." Éric pourrait dérouler sa liste pendant des heures. Habitué de la jetée, ce pêcheur du dimanche se rend le plus souvent possible au bord de l'eau, sur ce même ponton, pour exercer sa passion.

C'est grâce à ce "rituel", qu'Éric a pu découvrir un petit secret sur les autres habitants de la jetée. "Il y a deux phoques qui viennent nous embêter régulièrement, nous les pêcheurs. Ils nous font un petit coucou... Même si en chassant le poisson, ils nous font du tort", rouspète tendrement le retraité, pendant qu'au loin le Dragon de Calais crache du feu sous le regard médusé de certains touristes.

Le dragon mécanique reprend sa déambulation pataude, laissant le temps aux dizaines de personnes assises sur son dos d'apprécier la bise iodée... Ou d'en profiter pour faire la sieste.

L'odorat en bataille

Au milieu des embruns, flotte une odeur de friture et de sucre caramélisé. En remontant la piste de ce léger fumet, le marcheur affamé se retrouve devant Le Tunisien de Calais, une boutique de restauration rapide qui propose des beignets tunisiens depuis plus de cinquante ans. Une longévité, gage de qualité, qui fait la fierté d'Ali Khalfet, le gérant du restaurant. "J'ai perpétué la recette du papa, qui a ouvert la boutique en avril 1968, et dont les Calaisiens raffolent toujours autant."

D'autant plus que, depuis trois ou quatre ans, le gérant observe une clientèle grandissante, qui s'exporte hors de la région. Son secret ? "L'amour ! Pour avoir ce goût, l'amour doit y être pour quelque chose."

L'amour "de la ride"

Au milieu de cette digue déjà très animée, le ronronnement du skatepark flambant neuf, inauguré en juin 2021, apporte une ritournelle supplémentaire sur la digue. Là, des riders en herbe s'essaient à la trottinette, au BMX ou au skateboard. "Il y a beaucoup de rampes, et c'est en plein air donc c'est plus fun !", s'extasie un jeune garçon blond. "Et puis beaucoup de skaters avec de l'expérience viennent s'entraîner ici, donc on apprend plus de choses."

Car, il faut le rappeler, le skatepark de Calais est l'un des plus grand d'Europe. L'espace a même déjà accueilli plusieurs fois l'équipe de France de skateboard. "C'est impressionnant de se dire qu'on s'entraîne sur le plus grand skatepark de la région et qu'on se trouve là où l'équipe de France a roulé", commente un autre jeune, venu s'entraîner. "C'est vraiment un honneur."