Une enquête a tenté de recenser le nombre de jeunes isolés étrangers, en cours de procédure pour faire reconnaître leur statut de mineur non-accompagné (MNA). Mené par la Coordination Nationale Jeunes Exilés en Danger, ce travail pointe une véritable zone d'ombre pour tous ces jeunes installés à la frontière franco-britannique.

"Il est urgent de protéger ces jeunes". À Calais ou à Grande-Synthe, si les migrants font face à l'extrême précarité, les plus jeunes d'entre eux sont particulièrement vulnérables. Aussi appelés "MNA", les mineurs non accompagnés sont ces enfants de moins de 18 ans, de nationalité étrangère, arrivés sur le territoire français sans être accompagné un représentant légal ou un parent.

En théorie, ces mineurs bénéficient des mêmes droits que les enfants français au titre de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant (CIDE) ratifiée par la France en 1990. Dans les faits, cela s'avère bien plus compliqué. Notamment parce que pour être mis à l’abri et bénéficier de leurs droits, les conseils départementaux doivent attester qu'ils sont bien mineurs. Une procédure qui lorsqu'elle n'aboutit pas, éloigne ces jeunes des fondamentaux de la protection à l'enfance.

Dans un rapport, la Coordination Nationale Jeunes Exilés en Danger (CNJED) a recensé au moins 3477 jeunes isolés étrangers en cours de procédure pour être reconnu comme mineur non accompagné (MNA). "Cette initiative [de recensement] répond à un besoin urgent de dresser un état des lieux de la situation" explique la CNJED. Mais le long de la Manche, les associations ont très peu de visibilité sur le nombre de mineurs sur place. Un véritable problème pour qu'ils puissent bénéficier de leurs droits.

La particularité de la frontière franco-britannique

À la frontière avec la Grande-Bretagne, "on est sur un public totalement différent" analyse Julie Bremond. Cette coordinatrice de projet interassociatif a analysé la situation dans le Nord Pas-de-Calais pour la CNJED. Elle témoigne : "Dans le reste de la France, le système d'accueil des MNA est pensé pour un public désirant rester dans l'hexagone. Nous, nous sommes sur un public totalement différent, dit « en transit »". Désireux de rejoindre l'Angleterre, ces mineurs "ne se projettent pas du tout en France, mais sont tout de même en besoin de protection" ajoute-t-elle."La non-adhésion à ce système prend le pas sur la protection de ces jeunes", qui ne font donc pas toujours les démarches pour avoir accès à leurs droits même les plus basiques : une scolarité, un tuteur légal, un suivi administratif, une formation professionnelle...

L'une des particularités de la frontière franco-britannique est aussi la présence accrue de forces de l'ordre, un autre facteur qui repousse ces jeunes à solliciter les aides auxquelles ils ont droit. "Avec les autorités, les interactions sont parfois violentes. Certains redoutent que l'on cherche à arrêter leur parcours migratoire." Julie Bremond insiste tout de même sur le fait qu'il ne s'agit que d'enfants, en proie à de nombreux dangers. Elle liste, "des situations d'emprise, d'exploitation sexuelle, de contrainte à commettre des délits..."

Les MNA au bord de la Manche "invisibilisés"

Dans son rapport, la CNJED est donc en grande difficulté pour dénombrer le nombre de MNA effectivement installés dans les campements du Calaisis et du Dunkerquois. Grâce au travail mené par de nombreuses associations sur le terrain, le rapport témoigne : "ces jeunes survivent sur des campements informels, dans des conditions de vie inhumaines et dégradantes. Quotidiennement, des mineurs évoquent leurs difficultés pour accéder à de l'eau, à de la nourriture, à l'hygiène ou l'assainissement." La CNJED conclut alors que dans le Nord et le Pas-de-Calais, ces jeunes sont "invisibilisés".

Sans recensement plus clair des mineurs sur le littoral, difficile de déployer l'aide dont ils pourraient bénéficier. "Ainsi, par exemple, il n'existe aujourd'hui aucun dispositif de l'Aide Sociale à l'Enfance permettant l'identification, l'information et l'orientation des MNA survivant sur les campements du Dunkerquois" détaille le rapport.

Or, ce que souhaite la CNJED : que la protection de ces jeunes par des services adaptés soit "une nécessité absolue et un devoir qui ne peut être conditionné à leur adhésion aux mesures de protection existantes." En d'autres termes, ne pas attendre qu'ils sollicitent les autorités pour qu'ils soient aidés. Ces mineurs sont "les grands oubliés dans le système tel qu'il existe aujourd'hui, conclut Julie Bremond, ils n'apparaissent nulle part. Comme ce ne sont pas des jeunes en demande, le travail est plus compliqué."