La faïence de Desvres renait de ses cendres et part à la conquête des Etats-Unis

À la fin du mois d'avril, Marion Leporcq s'envolera à New-York pour promouvoir la faïence de Desvres, de l'autre côté de l'Atlantique. Cette jeune cheffe d'entreprise a fait le pari il y a un an de relancer cette activité dans la cité des potiers. Son entreprise "Des Rêves" est l'aboutissement de la renaissance de ce patrimoine.

Elle vide l'argile liquide dans les moules de plâtre, contrôle la viscosité de la pâte, s'enquiert de la température des fours comme si elle avait toujours fait cela. Pourtant, il y a à peine deux ans, Marion Leporcq était encore directrice adjointe de stratégie dans une multinationale à Paris. Son histoire est celle d'un coup de cœur pour un savoir-faire qui pendant de longues années a fait les beaux jours de Desvres : la céramique. À l'occasion d'une visite dans une ancienne manufacture à Desvres, la Lilloise décide de changer de vie.

"J'ai réalisé qu'il y avait un savoir-faire qui était en train de mourir et j'étais vraiment très émue. Je me suis dit qu'il fallait que je relance cette activité sur le territoire."

Un rêve, "Des Rêves"

Pendant quatre mois, Marion Leporcq se forme donc à Paris, discute avec d'anciens artisans desvrois avant de s'installer. Et en mai 2023, elle fait de son rêve, une entreprise : "Des Rêves", clin d'œil à la commune de Desvres. "Quand je suis arrivée, plus personne ici ne fabriquait de la vaisselle, des ustensiles de cuisine. C'était un savoir-faire qui disparaissait. Ça a même été difficile de retrouver des personnes qui maîtrisaient la technique. Il n'y avait pas d'outil productif à reprendre car les usines étaient fermées depuis plusieurs dizaines d'années. Donc on a dû tout recommencer à zéro, mais on est très fier aujourd'hui de reprendre les mêmes techniques et les mêmes gestes qu'à l'époque". 

Dans son atelier situé dans le village des métiers d'art à Desvres, tout est réalisé à la main : le coulage de la pâte d'argile, la peinture des motifs, l'émaillage. Aucune machine, mis à part les fours. La cheffe d'entreprise a remis au goût du jour les traditionnels décors de cette faïence en puisant son inspiration dans les archives du musée de la céramique de la commune. Elle produit des pièces uniques, haut de gamme : mugs, assiettes, plats de service, carafes. De la faïence haute couture !

En un an d'existence, l'entreprise a fait du chemin. Les produits sont commercialisés sur internet. Mais les clients principaux sont des grandes tables de la région. En mars dernier, "Des Rêves" est même sélectionnée pour un concours national "les 101 femmes entrepreneurs". Lauréate pour le département du Pas-de-Calais, Marion Leporcq est reçue à Matignon par le premier ministre, Gabriel Attal.

À la conquête de l'Amérique

Dans quelques jours, c'est à New-York que Marion s'envolera pour exporter ses pièces dans le cadre d'une exposition, "Art de vivre à la française", organisée par le consulat de France. Ce déplacement outre-atlantique sera l'occasion de montrer son savoir-faire et de promouvoir les produits made in Desvres. "C'est vraiment très important pour nous car lors de cette exposition, il y aura des prospects, des clients qui sont exactement notre cible : des chefs étoilés, des architectes, des beaux hôtels, des grands magasins. On est vraiment fier que Desvres soit à nouveau à New-York. La faïence de Desvres était exportée jusqu'après la guerre dans une boutique de Madison avenue à Manhattan. On est content de renouveler cette histoire !"

Après les Etats-Unis, la jeune femme aimerait pouvoir exporter aux Pays-Bas et aux Émirats arabes unis. Dans la foulée, elle souhaiterait recréer une manufacture à Desvres, comme il y en avait tant au XIX ème siècle, en employant une dizaine de personnes. Une structure qui serait lieu de fabrication, de formation et de transmission.

Marion Leporcq a fait un rêve : relancer un savoir-faire pour remettre le nom de Desvres sur la carte des grandes faïenceries françaises. Elle est en passe de le réaliser.