Les mariniers bloqués par la montée des eaux, les "oubliés" des inondations

Des bateliers venus de toute la moitié nord de la France pour se rendre à Dunkerque sont actuellement bloqués à cause du niveau de l'eau. Le coût de cette immobilisation est colossal.

Les yeux dans le vague, Luc, marinier Belge, fixe au loin l’écluse de Cuinchy. Il est bloqué depuis plus de deux semaines ici, à proximité de La Bassée.

"Je n’ai jamais vu ça et je fais ce métier depuis plus de trente ans", explique ce batelier âgé de 55 ans, aux commandes d’une péniche de 110 mètres de long.

Parti de Thionville avec une cargaison de 2030 tonnes de minerai de fer en début de mois et censé arriver à Dunkerque mi-novembre, il ne peut plus avancer car le niveau de l’eau est trop haut suite aux inondations. "Je perds plus de 1000 euros par jour d’immobilisation. Je ne sais même pas quand je pourrai repartir et c’est impossible de savoir si sur place nous pourrons vider correctement et repartir.", se désole-t-il.

"Un manque d'information" déplorent les bateliers

Heureusement, la marchandise ne craint pas d’être enfermée plus longtemps que prévu, mais Luc ne se fait pas d’illusions "Une telle situation aurait pu être évitée. Nous n’aurons aucune aide, aucune indemnisation, rien !  En effet, le bateau n’a aucun dommage et cette brusque montée des eaux est en quelque sorte un "cas de force majeur" ne rentrant pas dans les conditions prévues par les assurances pour indemniser les mariniers. Une soixantaine serait bloquée sur le canal menant à Dunkerque.

"Nous serons obligé de puiser dans notre trésorerie pour nous en sortir"

Kevin, batelier

Même désarroi à quelques dizaines des mètres pour Kevin et sa compagne Paloma. Le jeune couple est lui aussi bloqué depuis près de deux semaines sans pouvoir passer ni faire marche arrière. "Nous n’avons quasiment aucune information" déplore-t-il. "Nous perdons près de 1000 euros par jours, nous serons obligés de puiser dans notre trésorerie pour nous en sortir et du coup nous ne pourrons pas procéder à certains travaux d’entretien".

Partis de la région de Douai en début de mois avec 1250 tonnes de blé à bord, le couple était censé rejoindre Dunkerque il y a plus de dix jours. "Nous sommes dans l’attente, nous avons contacté Voies Navigables de France et a priori nous ne toucherons pas d’indemnisation."

 

"Nous n'avons pas la main sur les indemnisations"

Olivier Matrat, directeur territorial adjoint VNF

C’est ce que confirme l’établissement public par la voix de son directeur territorial adjoint, Olivier Matrat

"Nous n’avons pas la main sur les indemnisations" explique-t-il

Mais nous mettons en œuvre tout ce que nous pouvons, par exemple l’exonération de péage pour les bateliers qui empruntent le canal.

Le directeur territorial répond aussi aux critiques émises sur l’anticipation d’une telle situation. "Nous sommes en cellule de crise depuis le 30 octobre, nous avons déjà pris des mesures à cette date pour faire face à cette situation. Il s’agit ici d’une crue millénale, un phénomène exceptionnel qui n’est censé se produire que tous les mille ans."

Pour rappel, le canal allant jusqu’à Dunkerque sert à transporter jusqu’à trois millions de tonnes de marchandises chaque année. Près d’un tiers de ce qui est transporté dans le Nord Pas-de-Calais » chaque année.

 

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