Pas-de-Calais : une épicerie installée dans un EHPAD pour sortir les résidents de l’isolement

Avec la crise sanitaire, les personnes âgées ont été plus que jamais isolées. La direction de l’EHPAD les Epriaux (Fruges) a installé une boutique à l’intérieur de la résidence. En plus d’être un lieu de rencontres, cette épicerie présente un vrai intérêt thérapeutique.

Comme chaque vendredi, la file d’attente s’allonge dans le couloir principal des Epriaux, un EHPAD de Fruges (Pas-de-Calais). Depuis un an, la boutique mise en place par l’équipe soignante a conquis les résidents. Munis de leur liste de courses, ils viennent y chercher des sodas, des gâteaux, des produits d’hygiène ou des magazines : l’offre est large, et adaptée aux besoins des clients. "Nous sommes très à l’écoute, précise Stéphane Horville, animateur-coordinateur. Chaque semaine, ils ont la possibilité de nous dire ce dont ils ont besoin. On passe commande, et la semaine d’après, c’est dans les rayons."

Un geste solidaire pendant la crise

Au début de la crise sanitaire, impossible pour les résidents d’aller faire ses courses ; les contacts avec l’extérieur étaient très limités. "Le confinement terminé, c’était toujours très compliqué pour eux d’obtenir rapidement ce qu’ils voulaient.  Quand leurs proches leur apportaient des choses de l’extérieur, il y avait un sas de désinfection, ça prenait plusieurs jours…" explique Gilles Castelein, le directeur de l’établissement. Très rapidement, les équipes d’animation se sont portées volontaires pour mettre en place une épicerie. Tout y est vendu à prix coûtant : l’objectif n’est pas de dégager des bénéfices, mais de rendre service aux personnes âgées.

Sur les 110 résidents des Epriaux, une cinquantaine sont devenus des clients fidèles. Pour eux, les animateurs font du sur-mesure. "On les connaît bien, donc on peut mieux les accompagner. Certains perdent un peu la mémoire, ou ont besoin d’aide pour s’y retrouver dans les rayons, ou pour payer. D’autres ont des problèmes de santé : diabète, hypertension avec régime sans sel… Pour eux, il faut proposer des produits adaptés." A 66 ans, Alain Parmentier est client depuis le premier jour : "C’est bien, parce que ça dépanne. Avant, je devais appeler ma fille à chaque fois, pour qu’elle fasse des courses pour moi, ça prenait plus de temps. C’est plus pratique pour tout le monde."

"Ça nous permet de créer du lien social"

Si elle est un outil pour améliorer la vie des résidents, la boutique est aussi et surtout un moyen de leur faire oublier le quotidien. Pendant le confinement, les résidents ont passé plusieurs semaines isolés dans leur chambre. Une épreuve difficile, à la fois physiquement et psychologiquement. Pour l’équipe soignante, l’épicerie est un outil thérapeutique. Exercices de mémoire dans les rayons, calcul mental à la caisse... Stimulées, ces personnes âgées s’ouvrent plus aux autres, et sortent de leur isolement.

"C’est un rendez-vous qu’ils ne manqueraient pour rien au monde, se réjouit Stéphane Horville. Ça nous permet de créer du lien social, qu’il y ait de l’échange, comme on le ferait dans un supermarché à l’extérieur. Un goût de normalité, qui séduit Roger Lejosne, 74 ans. En fauteuil roulant, il n’a plus l’occasion de sortir de l’établissement. "Ça fait du bien de discuter avec des personnes aussi aimables. Je viens toutes les semaines, et ça me rend très heureux."

Si l’épicerie était une expérimentation au début, la direction voudrait aujourd’hui la rendre permanente. Mais sans budget alloué, difficile de se projeter. "Si certains veulent nous rejoindre un jour par semaine pour être bénévoles, ça nous aiderait beaucoup", confie le directeur. Des dons permettraient quant à eux d’aménager une salle d’attente, ou d’acheter des chariots de course. Un moyen de rendre cette petite épicerie encore plus réaliste.

Pour contacter l’établissement, retrouvez-les sur leur page Facebook ici, ou au 03.21.47.17.77.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
solidarité société personnes âgées famille