Quatre sauveteurs du naufrage de migrants le plus meurtrier de la Manche honorés ce 15 août à Calais

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Écrit par Ophélie Masure .

En novembre dernier, ils ont vécu l'horreur. Un naufrage de migrants avait fait 27 morts. Avec d'autres marins, les sauveteurs de la SNSM ont participé au repêchage des corps. Un hommage leur a été rendu en ce 15 août.

A Calais, aucun marin n'a oublié le 24 novembre dernier. Une date de sinistre mémoire. Ce jour-là, 27 corps avaient été repêchés au large. Des migrants qui tentaient la traversée vers l'Angleterre. La mer ne les avait pas laissés passer.

Le premier sauvetage d'Arnaud

Alertés par le CROSS du Cap Gris-Nez, plusieurs bateaux ont afflué sur la zone pour tenter de secourir les naufragés. Parmi eux, le bateau des sauveteurs de la SNSM de Calais. Les quatre hommes à bord découvrent alors la désolation. Ils récupèrent six corps à la mer dont celui d'une femme.

C'était le premier sauvetage d'Arnaud. "Je suis canotier. Je m'occupe des tâches sur le pont. Le ramassage des corps en fait partie", nous raconte-t-il. "C'était assez impressionnant de voir un naufrage de masse. Quand on s'engage, on sait que ça peut arriver. On redoutait ça, on était prêts". Et il ajoute un peu moins sûr de lui : "Enfin… On est prêt sans l'être. On n'oubliera jamais". Le jeune sauveteur a décidé d'aller de l'avant. Il n'empêche… cette journée de récompense lui fait chaud au cœur, il le reconnaît.

"On n'a pas de public quand on sauve les gens"

Bernard Barron est président de l'antenne calaisienne de la SNSM. Il nous explique l'importance de ce 15 août pour les marins en général. "Le 15 août est le jour où l'on fête religieusement Marie. C'est aussi le jour où l'on fête tous les marins, les vivants comme les morts. A Calais, notre canot de sauvetage s'appelle le Notre-Dame-du-Risban. C'est un hommage permanent fait à la Sainte-Vierge".

Ce 15 août est surtout l'occasion d'un hommage aux sauveteurs qui se sont particulièrement distingués. "Une fierté, une tradition", poursuit Bernard Barron. "Notre terrain de jeu, c'est souvent la nuit à 3 heures du matin par force 8 ou 9. On n'a pas de public quand on sauve des gens. On rentre au port parfois choqué, parfois fatigué. Nos familles sont dans l'angoisse, mais on n'a personne pour nous applaudir. La mer n'est pas une arène".

Transmettre un savoir-faire

Le temps d'une journée, les voici donc dans la lumière. Charles Devos, le patron du canot de sauvetage de Calais, arbore fièrement les distinctions qu'il a reçues pendant toutes ces années d'engagement. Elles sont parfaitement ordonnées. "Un homme organisé", s'amuse Jean-Marc Puissesseau, l'ancien président des ports de Calais et de Boulogne.

Agé de 65 ans, Charles Devos se sent fier. "Nous ne cherchons pas les médailles, mais ça fait plaisir. Il faut aimer la mer, il faut aimer les bateaux". Il évoque l'immense responsabilité qu'il a sur les épaules à chaque sortie en mer. 

Il devra bientôt passer la main. Il cherche désormais un successeur pour reprendre la direction du Notre-Dame-du-Risban. "J'ai encore envie de sauver des gens. J'ai surtout envie de donner mon savoir-faire aux jeunes". Une tradition qui ne meurt jamais.

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