Le poisson d’avril, victime du coronavirus dans les Hauts-de-France ?

En raison de l'actualité chargée du moment, la tradition du 1er avril devrait, en partie, tomber à l'eau. / © REENA ROSE SIBAYAN/MAXPPP
En raison de l'actualité chargée du moment, la tradition du 1er avril devrait, en partie, tomber à l'eau. / © REENA ROSE SIBAYAN/MAXPPP

Peut-on rire de tout et en tout temps ? La question se pose aujourd’hui dans les rédactions des Hauts-de-France, à la veille du 1er avril. Le coronavirus pourrait avoir raison de la publication d'articles décalés, tradition de la presse française.

Par @pgcreignou

Au Courrier Picard, il n’y a pas eu débat. L’article "décalé" du 1er avril ne sera pas publié demain dans les colonnes du journal. Aucune ligne n’en sera écrite. Mickaël Tassart, rédacteur en chef du quotidien picard : "Cette année, on ne voyait pas… Ce sera probablement la première fois que l’on sacrifie la tradition d'un article poisson d'avril".

"Pour être tout à fait franc, nous n’en avons même pas parlé ce matin en conférence de rédaction". Au Parisien, Julien Barbare en convient, l’actualité chargée des derniers mois a complètement occulté ce rendez-vous d’humour de la presse. Le virus étant là, dans un département touché depuis le début de l’épidémie, le temps n’est pas à la farce, ce sera sans eux en 2020.

En revanche, le coronavirus n'aura pas raison de la coutume à Nord Littoral : "Nous n'avons jamais manqué un 1er avril", signale son directeur général, David Guévart. Il y aura bien matière à sourire, ou à chercher le poisson. De même dans la Semaine du Boulonnais. Sans en dévoiler le contenu, il s'agira au maximum de se détacher de l'actualité liée au virus.

À l’Union, pas de ligne imposée par la direction, "libre aux différentes éditions locales de s’y mettre", explique Philippe Robin, chef d’édition dans le nord de l’Aisne. "Il y aura peut-être un ‘poisson’ dans l’édition de la Marne, mais pas chez nous. ‘On ne peut pas rire de tout avec tout le monde’ disait l’humoriste, le problème, c’est qu’on ne sait pas encore faire de l’humour ciblé…" En clair, ce n’est vraiment pas le moment.
 

Un poisson revisité


"Nos lecteurs fidèles sont attachés à ce rendez-vous annuel", précise le rédacteur en chef du Courrier Picard. Demain, le poisson prendra la tournure d'un jeu, avec des titres anciens, et des titres inventés, aux lecteurs de démêler le vrai du faux. Mickaël Tassart et sa rédaction tenaient tout de même à "laisser une trace de cette tradition, même sous une autre forme". 

Même formule à l’Aisne Nouvelle, un jeu bien identifié plutôt qu’un article : "le contexte est évidemment particulier, rappelle Samir Heddar, il faut s'adapter." Mais, le rédacteur en chef du titre axonais s’attend à des réactions : "ce jour-là, tout le monde est plus vigilant quand il ouvre son journal, les lecteurs se posent la question particulièrement le 1er avril de ce qui est vrai ou de ce qui ne l'est pas". Pas de raison que cette vieille habitude disparaisse, pour Samir Heddar : "Nous verrons bien les commentaires sur les réseaux sociaux, nous aurons sans aucun doute des gens qui vont voir dans une information très sérieuse notre poisson d’avril".


Un poisson déjà mis à mal


D’abord, pour des questions d’inspiration… À l’Aisne Nouvelle, déjà auparavant, le poisson n’était pas un menu imposé. "Si nous en tenons un bon, nous le publions, si les idées ne sont pas là, que rien de rigolo n’émerge, nous n’y allons pas". Pour Samir Heddar, rien d’obligatoire. "À moins d’une idée lumineuse, énorme, je n’y suis pas toujours favorable, confesse Philippe Robin de l'Union. La parole du journaliste doit être sérieuse, dans un moment où nous sommes attendus". 


Car le poisson plaît aussi moins ces dernières années, avec la montée en puissance sur les réseaux sociaux des "fake news". Les titres de presse hésitent d’avantage à publier des informations volontairement déformées. C’est le cas des sites web de France 3, qui s'étaient retirés de la course à la blague d'avril en 2019, craignant les dégâts sur l’opinion.
 


Une considération prise en compte par d’autres. L’an dernier, le Courrier Picard avait opté pour la pêche aux gros. Brigitte et Emmanuel Macron participant à la course Jules Verne à Amiens. "Il fallait une info trop grosse pour être vraie, décrypte Mickaël Tassart, qui puisse être rapidement repérée comme un contenu 1er avril".

C'est d'ailleurs le conseil de tous ces professionnels de la presse, pour ceux qui se risqueraient au poisson d'avril dans cette période : il vaut mieux opter pour la pêche au gros.

 

Sur le même sujet

Les + Lus