Prime de 1500 € aux soignants : le Nord et le Pas-de-Calais pénalisés ? Le gouvernement a finalement corrigé le tir

Après des premières annonces écartant les personnels soignants du Nord et du Pas-de-Calais de la prime de 1 500 euros annoncée par le Premier ministre le 15 avril dernier, Gérald Darmanin a finalement annoncé qu'ils toucheraient bien cette prime. 

Les soignants du Nord et du Pas-de-Calais vont-ils devoir se contenter d'une prime de 500 euros ?
Les soignants du Nord et du Pas-de-Calais vont-ils devoir se contenter d'une prime de 500 euros ? © FREDERIK GILTAY - FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS
Des premières annonces avaient laissé sous-entendre ce week-end que les personnels hospitaliers des départements du Nord et du Pas-de-Calais devraient se contenter d'une prime de 500 euros au lieu des 1 500 euros promis par le gouvernement pour les départements les plus touchés par l'épidémie.

Ces annonces ont amené de nombreuses réactions des politiques de la région mais aussi des premiers concernés, les soignants. Ce n'est que ce mardi 12 mai, en fin d'après-midi, que Gérald Darmanin a mis fin à la confusion par un tweet stipulant que "les personnels des établissements hospitaliers de tous les départements de la région Hauts-de-France pourront bien bénéficier de la prime de 1500 euros."
 


Une lettre des présidents du Nord, du Pas-de-Calais et de la région Hauts-de-France


Ce tweet vient répondre à la lettre adressée au ministre de la Santé, Olivier Véran, par les présidents des deux départements du Nord et du Pas-de-Calais ainsi que du président de la région Hauts-de-France ce 12 mai au matin. Ils ont décidé d'interpeller le gouvernement sur les premières annonces faites sur ce décret fixant les conditions d’attribution de la prime Covid aux établissements de santé et médico-sociaux. 

"Les départements du Nord et du Pas-de-Calais ne feraient pas partie de la liste des 33 départements les plus touchés par l'épidémie. Les personnels des établissements hospitaliers de ces deux départements ne seraient donc pas concernés par le versement d'une prime de 1 500 euros mais de 500 euros", commencent les trois présidents. 
 

"Cette différence de traitement entre les différents départements de la région Hauts-de-France est incompréhensible alors même que la solidarité intra-régionale a été essentielle dans la gestion de l'épidémie" dénoncent-ils. Ils s'appuient notamment sur les différents transferts de patients réalisés "du CHU d'Amiens vers le CHU de Lille, permettant de libérer des lits en service de réanimation."
 
La fameuse prime avait été annoncée le 15 avril dernier lors d'une conférence de presse. Le Premier ministre, Edouard Philippe saluait alors le travail des professionnels de santé :"Ils sont en première ligne toute la journée. Par leur professionnalisme, par leur courage, par leur dévouement, leur sens du devoir, l'hôpital tient, le système sanitaire tient alors même qu'il est soumis à une pression est considérable. Nous savons tous au fond ce que nous leur devons."
 
Pour les récompenser de leur investissement, il avait fait la promotion de cette nouvelle prime : "Nous verserons donc une prime exempte de tout prélèvement social de 1 500 euros à tous les personnels qui gèrent la crise du Covid-19 dans les hôpitaux des départements les plus touchés ainsi qu'aux personnels des services qui ont accueilli des patients Covid dans les départements moins touchés. Pour tous les personnels ne bénéficiant pas du taux maximal comme je viens de le décrire, nous verserons 500 euros."
 

"Aucun soignant n'a démérité, tout le monde a fait son maximum"


La rumeur enflant au cours de la journée a été reçue comme une bombe par les soignants. Jean Letoquart, délégué syndical CGT et infirmier anesthésiste au SMUR de Lens, contacté avant la confirmation de la prime de 1 500 euros pour les deux départements, était furieux : "Dans notre groupement hospitalier de Lens-Béthune, une partie du personnel soignant a fini en réanimation. Des collègues ont été en arrêt pendant quatre semaines, d'autres ont fait des heures supplémentaires sans ordre de réquisition."
 
Pour lui, cette décision était le reflet du mépris des institutions : "On est en zone rouge, les personnels soignants des Ehpad du Nord et du Pas-de-Calais ont reçu cette prime parce qu'on était dans cette zone. On a l'impression qu'ils changent les critères pour éviter que trop de monde puisse en bénéficier. Aujourd'hui, comme d'habitude, on se moque de nous. Malgré nos efforts et ceux qu'on va encore devoir fournir dans l'avenir, on apprend qu'on va se faire amputer de 1 000 euros.". 
 
Il rejette aussi l'idée énoncée par Olivier Véran que l'hôpital apporte les 1 000 euros manquants s'il estime que les personnels soignants les ont mérités : "L'hôpital de Lens doit déjà 65 millions d'euros à ses fournisseurs. Ce sont des bénévoles qui ont pris le chemin de l'usine pour fournir des surblouses à la place de l'Etat. Comment peut-on imaginer qu'ils vont être en capacité de nous apporter les 1 000 euros manquants ?"
 
Des difficultés financières soulignées aussi par la sénatrice du Pas-de-Calais, Cathy Poly-Apourceau, dans sa question au gouvernement : "La liberté laissée à l’article 7 aux établissements de pouvoir verser la prime de leur propre initiative témoigne soit d’une méconnaissance de la situation financière des hôpitaux et établissements médico-sociaux, soit d’une mesquinerie certaine. Les hôpitaux du Pas-de-Calais sont pour la plupart d’entre eux exsangues, je pense en particulier à la situation financière du GHT Lens-Béthune-Hénin qui devait déjà faire des économies pour la construction du futur hôpital de Lens."
 

Une "injustice absolue" pour Martine Aubry


Contactée par l'AFP, Martine Aubry, maire de Lille et présidente du Conseil d'administration du CHU de Lille s'est dit aussi "émue" de "cette possible différence de traitement" entre les personnels de soignants du Nord et du Pas-de-Calais et ceux des départements picards. 

"J'ai appelé directement Olivier Véran samedi et il m'a aussitôt assuré que le problème était réglé, en me remerciant d'avoir attiré son attention sur cette demande légitime", a-t-elle ajouté. Dans un tweet publié en fin de journée, elle précise qu'il aurait "tout de suite accepté."
 


Patrick Goldstein, chef du service des urgences au CHU de Lille et chef du SAMU 59, contenait lui, difficilement, son énervement : "J'ai découvert qu'il y avait quelqu'un qui avait osé penser que le Nord pouvait être exclu. Ce ne peut être qu'une erreur. C'est inentendable, inaudible, irrecevable. Il faut très vite corriger si on ne veut pas créer un problème social dans les établissements hospitaliers."

 
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