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Prison de Vendin-le-Vieil : récit d'une prise d'otage au dénouement heureux

Un détenu "particulièrement dangereux" et placé en isolement, Fabrice Boromée, 34 ans, a retenu en otage pendant trois heures, mercredi, avant de se rendre, le directeur adjoint de la toute nouvelle prison de Vendin-le-Vieil, près de Lens.

11h : rendez-vous avec le directeur

Vers 11H00, le détenu, d'origine guadeloupéenne et qui a collectionné les peines pour "vols" et "violences", notamment en Guadeloupe, est parvenu à s'emparer du numéro 2 de l'établissement, Fabrice Bels, sous la menace d'un couteau. Celui-ci "n'a subi aucune violence physique" et "a immédiatement été pris en charge", a affirmé la direction de l'administration pénitentiaire après le dénouement. Le preneur d'otage devait être "placé en garde à vue", a-t-elle précisé.

La prise d'otage se serait produite, selon la préfecture du Pas-de-Calais, dans la salle des audiences de cette maison centrale, un établissement de haute sécurité ouvert seulement depuis le printemps dernier et qui héberge des détenus à hauts risques. Le directeur adjoint et le détenu s'y étaient retrouvés pour "un entretien", selon le procureur de Béthune Philippe Peyroux.


Couteau artisanal

Le prisonnier a menacé le directeur-adjoint "à l'aide d'un couteau de cantine qui avait été aiguisé et dont le manche avait été augmenté avec du scotch", a précisé le procureur.

Fabrice Boromée, qui "n'est pas libérable avant 2033" selon le procureur Philippe Peyroux, y était incarcéré depuis le mois de mai, a précisé un responsable du syndicat FO, Julien Martin. "Je devais le voir le 16 septembre pour mettre en place avec le directeur la possibilité d'une sortie de l'isolement", a déclaré Me Benoît David, avocat du preneur d'otage.


Un détenu 'très manipulateur' au lourd passif

A son arrivée, a rapporté M. Martin, les agents chargés de sa surveillance avaient reçu "des équipements de protection" compte-tenu de sa dangerosité. Mais ceux-ci leur avaient été "retirés il y a un mois", selon ce témoignage en raison de "son comportement" sans violences. Le syndicaliste a parlé d'un homme "très manipulateur".

Emprisonné depuis février 2010, Fabrice Boromée avait "fréquenté 83 établissements pénitentiaires", selon la présidente du tribunal qui l'avait condamné à Alençon (Orne) en janvier 2014. Un mois plus tôt, en compagnie d'un complice, il avait kidnappé un jeune gardien à la prison de Condé-sur-Sarthe, à côté de cette ville. Ces faits lui avaient valu huit ans de prison.


La revendication : être transféré en Guadeloupe

Des membres du Raid s'étaient rendus à Vendin-le-Vieil, se préparant à intervenir pour faire libérer l'otage. "Manifestement, sa revendication est son transfert en Guadeloupe", a affirmé Me David.

Selon l'avocat, ce détenu "n'est jamais passé par une cour d'assises". "Il n'est sans doute pas assez entendu par le ministère de la Justice, qui ne réalise pas qu'incarcérer quelqu'un à 10.000 km de chez lui peut générer des situations de tension". Il y a trois ans, il n'avait pas été autorisé à assister aux obsèques de son père, a-t-il rapporté.


14h20: le détenu se rend

Le directeur adjoint de la prison de Vendin-le-Vieil a été libéré et est "sain et sauf", tandis que le preneur d'otage s'est rendu, a indiqué la direction du centre pénitentiaire. "A 14h20 la prise d'otage du directeur adjoint du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil s'est achevée. Elle avait commencé à 11 heures. Le directeur adjoint n'a subi aucune violence physique. Il a immédiatement été pris en charge", a-t-elle précisé. "Le preneur d'otage s'est rendu et va être placé en garde à vue", a-t-elle ajouté.

Fabrice Boromée va être transféré dans un autre centre, selon le procureur. Il pourrait s'agir de la maison centrale de Poissy dans les Yvelines, selon une source syndicale.


La centrale de Vendin-le-Vieil, une prison pour détenus dangereux

La prison de Vendin-le-Vieil est un centre très récent, dont la construction s'est achevée en septembre 2014. Il abrite actuellement 51 détenus, pour une capacité d'environ 250 détenus, et n'est pas en sous-effectifs (212 personnels de surveillance selon l'administration pénitentiaire centrale).

Le centre dispose de "dispositifs de sûreté très perfectionnés", selon un site officiel. Cette prise d'otage est "le premier incident de ce type depuis l'ouverture de la prison", selon un syndicaliste de l'Unsa, Laurent Scassellati.
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