"Quand le sport va reprendre, on va avoir besoin de grands événements" : et si Paris-Roubaix avait lieu cet automne ?

La magie opèrera même si la "reine des classiques", qui aurait dû avoir lieu ce dimanche si le virus ne l'avait pas mise en quarantaine, est organisée en fin de saison, estime Marc Madiot.
Ce dimanche, sur la tranchée d'Arenberg
Ce dimanche, sur la tranchée d'Arenberg © MATTHIEU RAPPEZ
Paris-Roubaix à une autre date ? C'est une hypothèse. Et le monde du cyclisme aimerait s'y accrocher. Double vainqueur de l'épreuve en 1985 et 1991, le Mayennais Marc Madiot, qui dirige l'équipe Groupama-FDJ est privé ce printemps de sa course fétiche. De la poussière qui aurait accompagné la course en cette période ensoleillée, de l'adrénaline qui saisit tous les participants, de l'excitation qui culmine au long de la journée jusqu'à l'apothéose
de l'arrivée au bout des six heures de course. 

"Le vélodrome de Roubaix, c'est triste à mourir en temps ordinaire. Mais, le jour de la course, ça devient magique", explique Marc Madiot, qui a rejoint le site en solitaire à chacune de ses victoires. "C'est la même chose pour l'arrivée de Milan-Sanremo sur la via Roma, qui est une rue banale d'habitude. Ce n'est pas pour rien que ce sont des monuments, des courses immuables".
 
Immuables ? Cette année au moins, la date change puisque la volonté générale, de la fédération internationale (UCI) aux organisateurs (ASO), est de trouver une place pour les "monuments" dans le calendrier qui doit être refait pour la sortie de crise. Sans doute en septembre ou octobre.  "Le contexte a changer, l'ambiance aussi et l'équation sera nouvelle pour les coureurs", analyse Madiot. "Mais je n'ai aucune inquiétude sur son succès: la magie
continuera à opérer."

 

Quand le sport va reprendre, on va avoir besoin de grands événements. On aura tous de l'appétit !


"Roubaix n'est pas une course dans les standards du vélo, elle n'est pas calibrée dans les ordinateurs", célébrait-il dans sa biographie "Parlons vélo". "Tu ne peux pas partir sur cette course en étant fleur bleue. (...) C'est spécial, hors du temps. C'est au couteau que cela se passe, c'est l'arène, ce sont les tranchées, c'est du corps à corps".
 
Aujourd'hui, l'actuel président de la Ligue nationale de cyclisme, qui a un secteur pavé à son nom avant Orchies, estime: "Les cartes seront redistribuées. On va sortir d'une routine que maîtrisent les équipes armées pour cette course, avec des points de repère connus, les courses qui précèdent Paris-Roubaix, la montée en pression. Ce sera différent."

Le facteur météo reste par définition aléatoire, même si les dernières éditions de la course jadis surnommée "la Pascale" (une appellation qui aurait été justifiée cette année) ont eu lieu par un temps clément. Pour trouver trace d'un Paris-Roubaix de pluie et de boue, un cliché qui participe à la légende de l'épreuve, il faut remonter à... 2002.

Pour les autres éléments, l'incertitude est aussi de mise. "Pour la première fois, les coureurs auront sans doute un grand tour dans les jambes avant de se présenter au départ", relève Madiot. Avec quelles conséquences, surtout si la montée en puissance se fait à travers d'autres courses ?

"Je suis très curieux d'observer tout cela, ce sera intéressant de voir comment les coureurs vont relever le challenge", savoure le Français, conscient que les équipes les moins bien loties pourraient tirer profit de ce chamboulement. Pour le "M. Paris-Roubaix français", à égalité avec Gilbert Duclos-Lassalle lui aussi deux fois lauréat en 1992 et 1993, une annulation n'est pas souhaitable, bien au contraire: "Quand le sport va reprendre, on va avoir besoin de grands événements. On aura tous de l'appétit !"  
 
    
    
 
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