Régionales 2021 Hauts-de-France : Laurent Pietraszewski, le marcheur des supermarchés

Laurent Pietraszewski, le secrétaire d'État chargé des retraites et de la santé au travail, est le candidat de la majorité présidentielle à l'élection régionale des Hauts-de-France. Portrait de cet ambitieux, qui a fait carrière à Auchan. 

Le Nordiste Laurent Pietraszewski, actuel secrétaire d'État en charge des retraites et de la santé au travail.
Le Nordiste Laurent Pietraszewski, actuel secrétaire d'État en charge des retraites et de la santé au travail. © MARTIN BUREAU / AFP

Que diable allait-il faire dans cette galère ? Il n’y a que des coups à prendre dans cette élection régionale pour Laurent Pietraszewski, la tête de liste de La République En Marche dans les Hauts-de-France. Il cumule plusieurs handicaps. Défendre les couleurs de la majorité dans une élection intermédiaire, rarement favorable au pouvoir en place. Etre porteur d’une réforme impopulaire. Ne disposer quasiment d’aucun réseau d’élus et de militants. Que cherche le ministre nordiste chargé des retraites et de la santé au travail ?

Ne pas douter. Jamais. Le 9 mars au soir, en direct dans le journal de France 3 Nord-Pas de Calais, Laurent Pietraszewski affirme sans sourciller qu’il arrivera en tête du premier tour de l’élection régionale, dans les Hauts-de-France. Devant la droite, l’extrême-droite et la gauche. Rien que ça. Tout le monde en rigole encore. Un conseiller régional sortant, proche de Xavier Bertrand, promet – si ça arrive – de courir les 42 kilomètres de la prochaine Route du Louvre.

Moins sarcastique, un cadre lillois de La République en Marche pense que son ministre aurait dû faire preuve de franchise et reconnaitre que cette élection s’annonçait difficile pour son camp. "Il n’y a pas de honte à l’admettre. Au contraire. Partir de loin, c’est motivant. Tenter l’impossible, c’est excitant. Ca incite les militants et sympathisants à redoubler d’efforts. C’est contre-productif d’affirmer qu’on va virer en tête." Un sondage IFOP pour Europe 1, en novembre dernier, n’accordait que 9% d’intentions de vote à la liste LREM dans les Hauts-de-France…

Mais il est comme ça Laurent Pietraszewski : un optimiste. 54 ans, marié, deux filles. Enfance à Lambersart dans une famille de trois enfants. Fils de commerçants et commerçant dans l’âme. Ce spécialiste des ressources humaines a réussi une belle carrière dans le privé. Il est tout neuf en politique mais son ascension a été fulgurante. Premier engagement en 2016, auprès d’Emmanuel Macron. Première élection en 2017 et victoire dans la 11ème circonscription du Nord. Secrétaire d’Etat en 2019. Pas de temps perdu. De quoi effectivement se sentir en confiance. 

Prononcez « Piétra-chev-ski »

Laurent Pietraszewski – comme son nom l’indique – est un homme du Nord. Ce patronyme, impossible à prononcer et à orthographier correctement, raconte une page importante de l’histoire de cette ancienne terre de charbon. Au sortir de la Première Guerre mondiale, des centaines de milliers de travailleurs polonais sont embauchés dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais. Un siècle plus tard, on estime qu’un demi-million d’habitants des Hauts-de-France peuvent revendiquer une origine polonaise. 

Pour que ma grand-mère ne soit pas déclarée fille-mère, c’est un membre de la communauté polonaise, un certain Pietraszewski, qui reconnait mon papa et lui donne son nom.

Laurent Pietraszewski

Ce n’est pas le charbon, mais la guerre qui amène les grands-parents paternels de Laurent Pietraszewski en France. Quand le jeune couple – qui a rejoint la Résistance - devient parents en 1941, le grand-père ne peut reconnaitre son fils nouveau-né, le père du futur ministre. Trop dangereux. "Et donc, pour que ma grand-mère ne soit pas déclarée fille-mère, c’est un membre de la communauté polonaise, un certain Pietraszewski, qui reconnait mon papa et lui donne son nom" raconte celui, qui, une fois devenu député, deviendra vice-président du Groupe d’Amitié France-Pologne à l’Assemblée Nationale. "Moi, je ne m’offusque pas quand on écorche ou écrit mal mon nom, j’ai l’habitude. Pas mon père ! Il était très exigeant sur cette question, par respect pour cette histoire."

L’autre grande affaire de la famille, c’est le commerce. Les parents de Laurent Pietraszewski tenaient un atelier de restauration de meubles, dans le Vieux-Lille. Sa mère, maitre vernisseur et ébéniste, était très engagée : présidente de l’association des commerçants, juge au tribunal de commerce. "Ce monde du commerce, je le connais parfaitement."

L’affaire du petit pain

Du commerce, Laurent Pietraszewski va en faire à grande échelle. Chez Auchan. Il entame d’abord une carrière de professeur mais rate le CAPES. Il entre donc chez les Mulliez, en 1990, muni d’un DEA d’économie industrielle et de ressources humaines obtenu à l’Université de Lille. Il y restera 27 ans, jusqu’à son élection à l’Assemblée nationale. Durant une dizaine d’années, il est d’abord DRH dans différents magasins, dont ceux de Roncq et Béthune. Puis il intègre le siège où il devient responsable de la gestion des carrières, du recrutement et de l’évaluation professionnelle des 46.000 salariés des hypermarchés Auchan. 

Ce parcours dans une enseigne nordiste, Laurent Pietraszewski veut en faire un atout dans cette campagne des élections régionales, face à des candidats comme Xavier Bertrand ou Sébastien Chenu qu’il qualifie de "professionnels de la politique". Lui aime rappeler qu’il est fier d’avoir partagé le quotidien des hôtesses de caisse à Roncq et Béthune. 

A 20 ans, je suis allé à une réunion du PRG ; j’y suis resté dix minutes. Plus tard, j’ai assisté à une réunion du Modem ; j’y suis resté un quart d’heure.

Laurent Pietraszewski

Raté. Le journal L’Humanité ressort de ses archives une toute autre histoire, celle d’une hôtesse de caisse justement, déléguée CFDT, que Laurent Pietraszewski avait mis à pied pour un motif futile. Elle avait donné un pain au chocolat un peu trop cuit à une employée de la galerie marchande. C’était en 2002 à Béthune. La police avait été appelée. Garde à vue au commissariat. Gros bazar. "Ca été d’une violence sans nom, se souvient Guy Laplatine, alors délégué régional CFDT. Vous voyez le traumatisme que cela a été pour ma collègue qui est partie entre deux flics pour une histoire de petit pain. Cela a été d’une violence sans nom." Finalement, la fautive ne sera pas licenciée. Ouf. L’affaire du petit pain, 15 ans plus tard, aurait pu mettre le député dans le pétrin.

En 2019, devenant secrétaire d’Etat et donc obligé de déclarer ses revenus et patrimoine auprès de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, Laurent Pietraszewski devra également s’expliquer sur les 71 872 euros reçus à l’automne de la même année par Auchan-France. "Immoral" crient ses collègues députés de l’opposition. "Indemnités pour licenciement économique" répondra l’intéressé.

Le coup de foudre

Et puis arrive Macron. On est le mercredi 6 avril 2016. Ce jour-là, le ministre de l’Economie de François Hollande lance un nouveau parti : En Marche. Ni à droite ni à gauche. Ce jour-là, Laurent Pietraszewski est chez lui et il est immédiatement séduit par le culot de ce jeune banquier d’affaires de 38 ans. "Je me dis : ce mec raconte autre chose", se souvient l’ancien DRH d’Auchan, qui jusqu’alors, avait eu la prudence de ne jamais faire de politique et n’avait jamais été encarté. "A 20 ans, je suis allé à une réunion du PRG ; j’y suis resté dix minutes. Plus tard, j’ai assisté à une réunion du Modem ; j’y suis resté un quart d’heure." Il vote PS ou François Bayrou sans beaucoup d’enthousiasme. Son seul engagement, il est auprès d’une association, Force Femmes, qui aide des femmes de plus de 45 ans à reconstruire leur avenir professionnel. 

Mais là, coup de foudre. Laurent Pietraszewski s’inscrit sur la plateforme d’En Marche. Et dans la foulée, comme il habite La Chapelle d’Armentières, il offre ses compétences d’organisateur pour fédérer les comités du jeune mouvement dans son secteur. Il se distingue en rassemblant des personnalités de gauche et droite. Il donne du temps et de l’énergie. 

Tout va alors très vite. Totalement inconnu mais profitant de la vague En Marche qui suit l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée, il est élu député du Nord dans la circonscription de Lille-Lomme-Armentières, face à une candidate du Front National et avec la bénédiction du député PS sortant. Il devient rapporteur du projet de loi pour la réforme du code du travail, le premier gros chantier du quinquennat. Puis député-référent pour la réforme des retraites. Puis secrétaire d’Etat chargé de cette réforme des retraites au départ de Jean-Paul Delevoye. Chargé ensuite – et en plus – de la santé au travail, en pleine crise sanitaire.

Classé "ministre techno", Laurent Pietraszewski va donc devoir séduire dans cette campagne des élections régionales. Il va devoir descendre dans l’arène, dans un contexte économique et politique difficile. Ses adversaires sont de redoutables débateurs. "Je sais ce qui m’attend" dit-il. Pour l’aider, la tête de liste de La République En Marche s’est offert les services d’un illustre énarque. Gaspard Gantzer. Pas moins. L’homme qui était le conseiller en communication de François Hollande à l’Elysée. L’homme qui a dit que les gilets jaunes étaient des "cons". L’homme qui a écrit un livre : La politique est un sport de combat. Super rassurant.

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