Au terme d’âpres sessions de négociation, la députée européenne écologiste Karima Delli a pris la tête du large rassemblement de tous les partis de gauche pour les élections régionales dans les Hauts-de-France, sous la bannière "Pour le climat, pour l’emploi".
C’était mal engagé, et pourtant elle l'a fait, félicitée par les représentants des différents partis de gauche - tous des hommes - réunis ce vendredi 26 mars au théâtre de la Verrière, dans le quartier de Wazemmes à Lille.
Conférence de presse de lancement de la campagne des #Regionales2021 #HautsDeFrance : « Pour le climat, pour l’emploi : @KarimaDelli ».
— Marine Tondelier (@marinetondelier) March 26, 2021
Beaucoup d’espoir suscité par cette aventure qui commence avec @Ugobernalicis @Fabien_Rssl @PatrickKanner @Benjam1Lucas @prg59 @eelvNPdC pic.twitter.com/cKm3MRjMT5
Lors du lancement officiel de la campagne de la gauche réunie pour les élections régionales dans les Hauts-de-France sous la bannière "Pour le climat, pour l’emploi", tous les anciens adversaires de la député écologiste ont vanté les qualités de leur nouvelle tête de liste. Le sénateur PS Patrick Kanner la qualifie de "personnalité exceptionnelle", lorsque Jérôme Matuszewski, représentant du Parti radical de gauche peint le portrait d’"une femme attachée à l’universalisme et à la laïcité".
Karima Delli, sur les traces de Marie-Christine Blandin ?
"Est-ce que les anciens grands partis sont à même d’accepter avec humilité de faire un groupe commun mené par une jeune écologiste ?" Cette question, posée par l’ex-présidente de l’ex-région Nord-Pas-de-Calais Marie-Christine Blandin lorsque nous l’avions interviewée en octobre 2020, a donc trouvé une réponse.
Après des heures de négociation et de rebondissements, l’écologiste Karima Delli a été désignée cheffe de file du large rassemblement des partis de gauche pour les élections régionales de juin prochain dans les Hauts-de-France, une première à l’échelle nationale. Les Verts, le Parti Socialiste, le Parti Communiste et la France insoumise unis dès le premier tour, pour éviter de revivre le scénario d’il y a six ans. "Nous ne laisserons pas l’histoire de 2015 se répéter, prévient Karima Delli. Nous étions aux portes du conseil régional, désormais nous sommes unis pour gagner".
C’est fait ! Nous, Europe Écologie Les Verts, France Insoumise, Parti Socialiste et Parti Communiste Français, faisons union pour les élections #Régionales2021 des 13 et 20 juin prochains, dans les #HautsdeFrance. #UniEsNousGagnons pic.twitter.com/SPptNSi6a5
— Karima Delli (@KarimaDelli) March 11, 2021
Le grandes lignes du programme commun ont été présentées il y a quelques jours : l'écologie y est bien présente évidemment, mais également la justice sociale avec l’instauration d’un revenu de solidarité, la gratuité des transports régionaux ou encore un soutien massif à la culture et la jeunesse. Un programme de gauche, donc.
La députée européenne de 42 ans espère marcher dans les pas de sa mentor Marie-Christine Blandin, prremière femme présidente de la région Nord Pas-de-Calais de 1992 à 1998 élue grâce à un large rassemblement des forces de gauche. "L’élection de Karima à la tête de la région serait un beau clin d’oeil", sourit l’ex-présidente de région, elle aussi écologiste affirmée.
Hasard d’une rencontre
Née à Roubaix, Karima Delli a passé son enfance dans les quartiers populaires de Tourcoing, entourée de ses douze frères et sœurs. Après des études de commerce, elle intègre Sciences Po Lille et axe son travail de recherche sur la place des femmes en politique. Lors d’un stage au Sénat, elle rencontre celle qui deviendra son mentor. Nous sommes en 2004.
Karima Delli devient alors l’assistante parlementaire de la sénatrice écologiste Marie-Christine Blandin. "Je l’ai embauchée très jeune (Karima Delli avait 25 ans, ndlr), se souvient l’ex-sénatrice EELV du Nord. Le hasard a fait que mon attaché de l’époque est tombé amoureux d’une Brésilienne. Le poste était donc libre et il m’a semblé intéressant de donner sa chance à une jeune femme qui sortait de sa formation".
"J’ai eu à mes côtés quelqu’un qui a une telle énergie, une bonne humeur sans faille et qui ose même quand ça peut sembler impossible parfois. Ce courage là en politique, c’est rare".
Une décision décriée par certains cadres du parti de l’époque, estimant que la sénatrice prenait un risque. "Je n’ai rien écouté, et j’ai bien fait, affirme Marie-Christine Blandin. J’ai eu à mes côtés quelqu’un qui a une telle énergie, une bonne humeur sans faille et qui ose même quand ça peut sembler impossible parfois. Ce courage là en politique, c’est rare."
"Intelligence collective"
Membre d’Europe écologie-Les Verts depuis 2005, la Tourquennoise attend patiemment son tour pour se lancer dans l’arène politique. Les élections européennes de 2009 approchent et le parti lui donne sa chance. Quatrième sur la liste Europe écologie menée par Daniel Cohn-Bendit en Île-de-France, elle obtient son ticket et fait son entrée comme benjamine au parlement de Bruxelles à 30 ans.
Le @gouvernementFR ne respecte pas ses engagements de la #ConventionCitoyenne sur la publicité, la responsabilité climatique des grandes entreprises… La France et les #HautsDeFrance doivent être à la hauteur des enjeux #climatemploi @MEL_Lille pic.twitter.com/soI7cSNcbx
— Karima Delli (@KarimaDelli) March 28, 2021
Une fois élue, Karima Delli transpose ses combats militants dans l’hémicycle, tantôt pour dénoncer la flambée des prix des loyers ou pour instaurer un revenu maximal autorisé pour les plus riches. La justice sociale devient le socle de son engagement, sans toutefois oublier l’écologie. En janvier 2017, elle devient la première femme présidente de la très stratégique commission des Transports et du Tourisme au Parlement européen, faisant de la mobilité verte son cheval de bataille en remettant notamment sur le devant de la scène l’intérêt écologique et économique des trains de nuit.
Une expérience que Karima Delli espère mettre à profit du rassemblement de la gauche dans les Hauts-de-France. "Je suis présidente de la commission transport au parlement européen, tous les jours je me bats pour dégager des majorités sures avec des forces politiques qui sont en opposition voir antagonistes", explique-t-elle. Une manière de justifier la méthode qu’elle compte mettre en place avec les partis de gauche pour élaborer un programme commun : "l’intelligence collective". Avec un seul objectif : barrer la route au président sortant Xavier Bertrand et au Rassemblement National.