Régionales : les listes Bertrand (LR) et de Saintignon (PS) vont-elles fusionner à l'issue du 1er tour ?

Attention, sujet tabou. A quelques jours du 1er tour, les listes LR et PS refusent d'évoquer l'idée d'une éventuelle fusion. Mais les rumeurs courent et les bruits de couloir montrent que l"hypothése est envisageable, possible, plausible. 

Xavier Bertrand (LR) et Pierre de Saintignon (PS) peuvent-ils fusionner leurs deux listes à l'issue du 1er tour pour tenter de battre Marine Le Pen au 2ème tour des élections régionales ? Officiellement, la réponse à la question est simple et claire : non. Mais dès qu'on aborde un peu plus en profondeur le sujet, tout devient plus complexe. Et l'hypothèse d'une fusion devient plausible. 

Pourquoi est-ce plausible ? 

Parce que tous les sondages le montrent, Marine Le Pen (FN) est donnée gagnante largement en cas de triangulaire au 2ème tour. Le dernier sondage en date (BVA-La Voix du Nord ce dimanche) lui donne 44% des voix contre 30% à Bertrand et 26 à de Saintignon. Seule l'hypothèse d'un duel Bertrand-Le Pen donne des résultats plus incertains dans tous les sondages. Marine Le Pen réaliserait entre 50 et 53%, Xavier Bertrand entre 47% et 50%. Dans 4 sondages sur 5 ayant testé ce duel, la tête de liste Front National l'emporte de peu. On est là dans la marge d'erreur des sondages. 
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Une certitude : selon ces sondages, l'hypothèse d'un duel est donc la seule qui pourrait aboutir à une défaite de Marine Le Pen. Le PS le sait, Les Républicains aussi mais le plus souvent, en public, la question est esquivée. 

Frédéric Cuvillier, tête de la liste PS (PRG MRC MEI) dans le Pas-de-Calais a par exemple lancé samedi dans le débat de La Voix est Libre (dans la vidéo ci-dessous de 8' à 12') : "Il y a un premier tour et nous devons laisser nos concitoyens choisir librement". Natacha Bouchart, tête de la liste LR dans le Pas-de-Calais esquive un tout petit peu moins : "C'est notre tête de liste qui décidera de ce qu'il faut faire à l'occasion du second tour".

Seuls le PC et la liste "Rassemblement avec EELV, se montrent catégoriques : "Il est évident que nous ne ferons pas d'alliance avec la droite", affirme Cathy Apourceau, tête de la liste L’humain d’abord - Front de gauche du Pas-de-Calais. "Ce qui est exclu, c'est une alliance avec la droite", renchérit Marine Tondelier (Le Rassemblement).

L'hypothèse d'une fusion des listes LR et PS est aussi plausible parce que le premier ministre lui-même l'a évoqué plusieurs fois. "Il y en a assez d'une forme de cynisme, d'hyprocrisie, de faire comme si cette question ne posait pas. Elle se posera au soir du premier tour pour chacun", a déclaré Manuel Valls le 11 novembre dernier, provoquant la colère des socialistes nordistes. "On est en train de faire campagne, si on pouvait nous laisser tranquille, ce serait bien et je le redis, comme je le pense profondément, si on voulait faire gagner le Front national, on ne s'y prendrait pas autrement", a alors répondu Martine Aubry (et en écho dans le tweet ci-dessous François Lamy).


Depuis, tout le monde nie ou refuse d'évoquer la question et multiplie les promesses aux électeurs : "Non, il n'en est pas question". "J’aurai la même liste et le même projet au premier et deuxième tours», a redit par exemple Xavier Bertrand ce week-end dans La Voix du Nord. 

En fin de semaine dernière, le président sortant du Conseil régional, Daniel Percheron, a aussi son mis son grain de sel dans ce débat en appelant à "une grande coalition" face au FN.

Pourquoi personne ne veut en parler ? 

L'idée d'évoquer une fusion, un retrait d'une candidature fait évidemment peur à gauche et à droite. La crainte d'accréditer le message martelé par le FN de l'existence d'un UMPS (ou LRPS), la peur de faire fuir les électeurs qui n'aiment pas les "bidouillages" politiques, l'envie pour chaque camp de jouer d'abord sa carte et espérer arriver deuxième. Toutes les raisons sont bonnes pour éviter le sujet. 

Mais officieusement, l'hypothèse est évoquée. Des discussions en privé entre membres de la liste PS et LR ont bien eu lieu. Et loin des caméras et des micros, certains reconnaissent même qu'ils y sont favorables. De nombreux élus des deux camps se connaissent ont déjà travaillé ensemble et ont constaté des convergences. L'idée d'un "accord de gouvernance", d'un partage des responsabilités pour éviter une victoire de Marine Le Pen ne les effraie pas. Mais tout le monde n'est pas sur cette ligne. La question divise. Certains candidats, notamment à droite, disent ouvertement leur hostilité à toute fusion.

 

 "La tambouille politicienne bat son plein, a lancé de son côté Jean-Richard Sulzer, n° 2 de la liste FN conduite par Marine Le Pen. On sait très bien que M.Cuvillier est en train de mitonner avec l'UDI une liste Létard-Cuvillier. Ne nous prenez pas pour des imbéciles. Tout le monde le sait." Une affirmation qu'aucun candidat n'a confirmé : une tentative d'intox de la part du Front National, pour brouiller les cartes ? 

La fusion, stratégie électorale efficace ?

Fusion ? Pas fusion ? Au soir du 1er tour, la question va en tout cas forcément se poser. Une donnée devra aussi être prise en compte : cette idée est-elle efficace électoralement ? En clair, Xavier Bertrand (ou une autre tête de liste LR) a-t-il plus de chances de battre Marine Le Pen avec l'appui du PS et la présence de socialistes sur sa liste ? Un front républicain fait-il gagner plus d'électeurs qu'une candidature Les Républicains qui y va seul et mise sur la discipline républicaine des électeurs de gauche ? Impossible de le dire. Mais un indice apparu ce week-end montre que la réponse est complexe.

BVA a demandé aux sondés, dans sa dernière enquête, ce qu'ils pensaient d'une liste Xavier Bertrand "soutenu par le PS". Résultat : dans cette hypothèse, Marine Le Pen l'emporterait avec 51% des voix (contre 52% avec Xavier Bertrand seul). 
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