Régionales : pourquoi une triangulaire Le Pen-Bertrand-De Saintignon au 2ème tour est improbable

A 3 au 2ème tour ? Peu probable. / © MAXPPP/MONTAGE FRANCE 3
A 3 au 2ème tour ? Peu probable. / © MAXPPP/MONTAGE FRANCE 3

Les sondages parlent d'une triangulaire Le Pen-Bertrand-De Saintignon au 2ème tour des élections régionales mais oublient tous de dire que le maintien des 2 rivaux principaux de la candidate FN est peu probable. 

Par EM

Les sondages se suivent et se ressemblent. Après une enquête IFOP/La Voix du Nord la semaine dernière, il y a eu Odoxa/Le Parisien-Aujourd'hui en France/BFMTV ce week-end. Dans les deux cas, Marine Le Pen arriverait nettement en tête du premier tour des élections régionales, le 6 décembre, en Nord-Pas-de-Calais/Picardie, devançant d'au moins 10 points ses rivaux, et l'emporterait largement au second. Dans le dernier sondage, au second tour (le 13 décembre), Mme Le Pen est créditée en triangulaire de 39% devant Xavier Bertrand (32%) et Pierre de Saintignon (29%), selon ce sondage.

Mais une donnée importante manque dans ces sondages : que se passerait-il en cas de duel Le Pen/Bertrand au 2ème tour ? Et si Pierre de Saintignon se retirait ? Aucun institut de sondage, ni média, n'a tenté de répondre à cette question, préférant titrer sur la possible victoire de Marine Le Pen et on peut trouver cela étrange. Car cette victoire est-elle vraiment envisageable ? L'histoire électorale récente tend à démontrer que non. 

Le "risque" FN et le PS

Lors des derniers scrutins nationaux ou locaux, le Parti socialiste a souvent, presque toujours, fait le choix de se retirer à l'issue du 1er tour quand le risque de voir gagner un candidat Front National était très élevé. Pas de triangulaire. C'était une règle, une consigne. Qui demandait une analyse fine des résultats du 1er tour : y-a-t-il un risque ? La gauche rassemblée au 2ème tour a-t-elle une chance de l'emporter ? Faut-il se résoudre à laisser la droite en duel avec le FN ? Les réponses à ces questions ont parfois donné lieu à de vifs débats mais le plus souvent, le candidat PS a fini par se retirer quand le Front National était en mesure de gagner. Une discipline qui a permis au Parti socialiste de limiter par exemple le nombre de conseillers départementaux FN en mars dernier. 

Le cas Marion Maréchal-Le Pen en 2012

Un exemple a marqué l'histoire électorale de ces dernières années. En juin 2012, lors des élections législatives la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen a obtenu 34,63% des voix devant le député UMP sortant Jean-Michel Ferrand (30,03%) et la candidate PS Catherine Arkilovitch (21,98%). "Nous avons demandé à notre candidate de retirer sa candidature, devant le risque d'élection du FN", avait immédiatement déclaré Martine Aubry, alors première secrétaire du PS. Mais Catherine Arkilovitch a refusé. Marion Maréchal-Le Pen a été élue (42,09%). La candidate PS a été exclue du parti. 

La situation dans le Nord Pas-de-Calais Picardie est-elle comparable ? Les scores se ressemblent en tout cas. Si les sondages se confirment au 1er tour, Pierre de Saintignon pourrait se voir confronté à un dilemme : se maintenir ou pas. Ce proche de Martine Aubry pourrait-il vraiment devenir la Catherine Arkilovitch du nord ? Personne ne peut le croire. Personne ne peut raisonnablement penser que le candidat PS pourrait prendre le risque de favoriser l'élection de Marine Le Pen au Conseil régional. Les sondages devraient donc logiquement "tester" un 2ème tour différent car il est probable, plausible, envisageable. 

La question se posera

Ce qui trouble le jeu actuel, c'est qu'évidemment, personne au PS ne peut annoncer un possible retrait à l'issue du 1er tour aujourd'hui au risque de plomber la campagne. Un ministre anonyme l'a évoqué la semaine dernière (il a même parlé de fusion), il s'est vite fait renvoyer à son ministère. Pierre de Saintignon, la tête de liste du PS, refuse d'envisager clairement un retrait. Lorsqu'on lui pose la question, il botte systématiquement en touche : "On ne joue pas le second tour avant d'avoir constaté notre combat au soir du 1er tour, disait-il la semaine dernière sur France 3 Nord Pas-de-Calais. La gauche étant majoritaire, la question du retrait s'adresse davantage à M.Bertrand. moi je sais que je saurai réunir toute la gauche, j'espère plus largement au 1er tour mais en tous les cas au second tour."

Et un retrait de Xavier Bertrand ?

Comme lui, en attendant, Jean-Christophe Cambadélis, le secrétaire national du PS qui propose un référendum aux forces de gauche, et Manuel Valls, Premier ministre, ont décidé d'utiliser les sondages menaçants pour appeler à l'union de la gauche. "Au moment où dans une région, un sondage en tout cas l'indique, il y a plus qu'un risque que l'extrême droite et Marine Le Pen l'emportent, il faudrait en rester à nos petites cuisines, ne pas être à la hauteur des responsabilités, ne pas se rassembler ?", a lancé le Premier ministre lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale. Objectif : créer une union de la gauche dès le 1er tour et donc espérer pouvoir passer devant Xavier Bertrand. Les sondages peuvent laisser penser qu'une éventuelle liste PS+EELV+FDG pourrait dépasser au 1er tour la liste menée par Xavier Bertrand. 

La gauche 2ème derrière Le Pen, c'est alors la droite qui devrait se poser la question d'un éventuel retrait. Pour l'instant, l'hypothèse parait plus improbable au vu de la dispersion à gauche mais... Que ferait Xavier Bertrand dans un tel cas de figure ? Aucune réponse claire et officielle pour l'instant. 

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