Rio 2016 – Natation : les cinq secrets de Fantine Lesaffre

Fantine Lesaffre à l'entraînement. / © MaxPPP
Fantine Lesaffre à l'entraînement. / © MaxPPP

Les Jeux olympiques 2016 arrivent à grand pas. À cette occasion, la rédaction web de France 3 Nord Pas-de-Calais vous présente les sportifs qui défendront les couleurs nordistes à Rio. Aujourd’hui Fantine Lesaffre, élégante nageuse roubaisienne, battante et hargneuse.

Par Geoffrey Lopes

Nagez, nagez vite si vous le pouvez, jamais, jamais vous ne la rattraperez. Le regretté Guy Béart aurait pu chanter les exploits de Fantine Lesaffre. La roubaisienne s’est envolée fin juillet pour disputer les Jeux olympiques. D’ores et déjà médaillée d’argent de la ville de Roubaix, et triple vice-championne de France 2016 en grand Bassin, Fantine va s’élancer sur le 200 et le 400 mètres quatre nages.

Pour ses premiers jeux, il s’agira d’abord d’engranger de l’expérience : « elle vise la finale, elle dispose des capacités pour y arriver », assure son père Patrice. « Je la sens confiante et motivée. » Ses derniers mois, ses entraîneurs du pôle France de Mulhouse ont beaucoup insisté sur le papillon et le crawl, ses nages les moins fortes.

« Je ne me sens pas forcément plus forte mais je me trouve quand même plus sereine. Être plus à l’aise en papillon me permet de partir plus rapidement que par le passé pour enchaîner ensuite », expliquait Fantine à La Voix du Nord.

Dynastie Lesaffre

L’eau et les Lesaffre, c’est une histoire d’amour. Trois générations se sont offerts à la natation Française : les grands-parents Lucien et Danièle, leurs quatre fils et de multiples petits enfants dont Fantine Lesaffre. « On pourrait ajouter une quatrième génération : les arrières grands-parents s’en sortaient très bien », raconte Patrice. Toute la fratrie du maître nageur s’est jetée à l’eau « Bruno a participé aux jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Alain entraîne toujours les nageurs du club de Roubaix et Jean-Luc, mon autre frère, avait un excellent niveau avant un accident de la route qui l’a empêché d’aller plus loin. » C’est tout naturellement que Patrice apprend a ses enfants à nager et leur donne l’envie de se mesurer aux autres… Dans la piscine Danièle Lesaffre, leur grand-mère. « Mes dix enfants font du sport, je crois que c’est indispensable », ajoute Patrice.

© DAMIEN MEYER / AFP
© DAMIEN MEYER / AFP


Éclosion tardive

Si elle parvient à se mouvoir très jeune dans l’eau, Fantine Lesaffre ne goûte pas à la compétition avant ses 11 ans. En 2008, elle termine avant dernière du 200 mètres brasse de ses premiers championnats de France minime. « Je lui ai expliqué qu’il fallait qu’elle double sa ration quotidienne d’entraînement pour atteindre le niveau des autres. Elle a accepté de se plier aux exigences du sport et s’est entraînée deux fois par jour pour progresser. L’année d’après, elle s’est imposée. » Agile dans l’eau, Fantine reste encore frêle physiquement : « Elle compense son peu de puissance physique par une bonne technique de glisse et la coordination de ses mouvements. Elle pâtit de son début tardif en compétition et ne profite pas du même bagage que les autres. Nous avons fait notre possible au club natation de Roubaix, mais nous ne pouvions pas la tirer plus haut. Les pôles France encadrent des nageurs dès leur plus jeune âge. Fantine n’en profite que depuis ses 18 ans. »

Fantine Lesaffre et le Nord, je t’aime moi non plus

A l’image de la famille de Marc-Antoine Olivier, Patrice Lesaffre reste amer et tire à boulet rouge sur les installations de natation du Nord. « Dans la région il n’y a rien du tout. Aucune structure n’est capable de faire progresser des nageurs de très haut niveau. J’ai failli partir à Dunkerque mais on me l’a déconseillé. Rien ne nous convenait. A Roubaix elle s’entraînait avec les moyens du bord et un entraîneur détaché pour le club, en groupe et sans moyen financier. Ses résultats stagnaient. Désormais Mulhouse lui paye un logement, ses repas et lui aménage du temps pour ses études. Elle revient peu souvent, c’est plutôt la famille qui la visite en Alsace. »

Malgré tout le départ de Fantine n’a pas été un long fleuve tranquille : « je serais mieux chez moi avec ma famille qui me manque énormément », racontait-elle pour son équipementier Arena. « Sur le plan sportif, cet exil m'a permis de m'entraîner avec un groupe de mon niveau et de signer des podiums nationaux. Sur le plan personnel, cette séparation m'a permis de grandir, de mûrir et de devenir entièrement autonome. »

Victoire au 400m 4 nages en 2012

« Elle peut se prendre la tête pour un rien »

Si Fantine redoute les réveils matinaux à 5h30, elle s’accroche. Fan de musique, rêvant de survoler le grand canyon, elle avoue elle-même resté teigneuse. Son père confirme : « hargneuse, elle est parfois dure à vivre. ça pourrait lui jouer des tours. Elle se prend parfois la tête pour un rien et pique des colères. Elle a vraiment un gros caractère, ça doit venir de moi. Mais elle reste une fille charmante. Dans l’eau, elle veut gagner comme dans la vie et demeurer première. Elle se bat pour n’importe quoi et fait tout pour y arriver. Malgré les minimas très élevés imposés par la fédération française, elle n’a pas baissé les bras et a continué d’améliorer ses chronos. » L’eau la poursuit en dehors des bassins : Fantine prépare le brevet de maître nageur sauveteur et projette déjà d’entraîner.

Choisie pour faire la publicité d’Arena

Encore méconnue du grand public, Fantine Lesaffre fait pourtant l’objet d’une grande attention de son équipementier. En 2014, Arena lui a demandé de faire quelques photos pour promouvoir la marque. Avec ce slogan : « La plus belle pour aller gagner », Fantine s’est retrouvée un peu malgré elle sous le feu des projecteurs. « Je suis sportive et pas candidate à un concours de beauté », se lamentait-elle dans l’Alsace.

« Je n’aime pas faire l’objet des regards. Je suis mal à l’aise devant une caméra et, même en famille, je n’aime pas les photos. Guillaume Strohmeyer, mon entraîneur, m’a conseillé d’accepter pour soigner mon image. » À Rio, dès samedi 6 août, Guy Béart pourrait modifier les paroles de son illustre chansons : « Ma petite est comme l’eau vive, elle court comme un ruisseau que les médailles poursuivent ».

© MaxPPP
© MaxPPP


Les dates clés

10 novembre 1994 : naissance à Roubaix
2012 : départ pour le pôle France natation de Mulhouse
2013 : championne de France du 400 mètres 4 nages
2016 : triple vice championne de France du 200 mètres dos, du 200 et du 400 mètres 4 nages

Sur le même sujet

A Creil, la nature au centre de l’école à l’espace enfance Danielle Mitterrand

Les + Lus