Séquestration à Goodyear : 2 ans de prison requis contre les ex-salariés

Deux ans d'emprisonnement ont été requis hier contre huit anciens salariés de Goodyear pour la séquestration de deux cadres de l'entreprise durant 30 heures. Les anciens Goodyear nient toute préméditation.

Deux ans d'emprisonnement ont été requis mardi contre huit anciens salariés de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord pour la séquestration durant 30 heures en 2014 de deux cadres, réfutant toute préméditation de leur geste.

Poursuivis devant le tribunal correctionnel d'Amiens pour "séquestration et violences en réunion", le procureur a requis contre chacun d'entre eux une peine de deux ans d'emprisonnement : un an "ferme aménageable" et un an de sursis.

Retenus dans les locaux

"On ne peut pas tolérer dans un Etat de droit, même dans un tel contexte social difficile, que vous vous rendiez justice vous-même", a expliqué le procureur d'Amiens Nicolas Souffrin. Entre le 6 et le 7 janvier 2014, le directeur des ressources humaines ainsi que le directeur de la production avaient été retenus dans les locaux de l'usine de pneumatiques que plusieurs dizaines de salariés avaient occupée avant de les laisser partir, sans violence.

"Un coup de colère"

A la barre, tous les prévenus ont évoqué "un coup de colère" face à une direction qui "n'apportait aucune réponse" à la "détresse sociale" dans laquelle se trouvaient les salariés de cette entreprise de 1.143 salariés, fermée quelques jours après. "Si des gens étaient préparés à une telle action, les deux cadres de Goodyear n'auraient pas donné un rendez-vous dans une salle bondée de salariés déjà très remontés", a estimé l'avocat des prévenus, Fiodor Rilov. Dans sa longue plaidoirie, il a estimé qu'aucune charge n'était suffisante "pour accuser de manière nominative de sa participation active chacun des prévenus".

"Management pathogène"

Au contraire même, selon lui, parmi les huit poursuivis, les sept salariés encartés à la CGT -dont cinq occupaient une fonction d'élu dans l'entreprise- ont permis "d'éviter une tragédie" : "leur présence avait pour objectif d'arriver à un résultat totalement contraire en empêchant toute violence, forcément contreproductive". 

"Si c'était à refaire, je n'hésiterai pas car mon rôle d'élu syndical était d'assurer du mieux possible la sécurité de ces deux personnes (de la direction)"
, a estimé Mickaël Wamen, l'ancien leader de la CGT à Goodyear, précisant que "ce jour là, il n'y avait personne pour négocier avec nous, à part une foule en colère, en détresse".

Parmi les nombreux témoins qui se succédaient à la barre, une inspectrice du travail est venue expliquer le "management pathogène" de la direction de Goodyear qui, selon elle, n'avait pas suffisamment prévu un éventuel débordement, pourtant "prévisible""Nous avions alerté la direction après un rapport sur l'état de santé moral et physique des salariés lié à leur sous-occupation délibérée sur la chaîne de travail", a avancé Martine Devillers, selon laquelle "l'entreprise n'a pas su prendre les mesures pour éviter les risques constatés".

14 suicides en moins de deux ans

"Le CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, ndlr) a comptabilisé 14 suicides en moins de deux ans", a également souligné Maître Rilov. Le procès s'est déroulé sans plaignant : Goodyear avait en effet retiré sa plainte en application de l'accord de fin de conflit signé avec les syndicats fin janvier 2014, tout comme les deux cadres concernés, qui se sont désistés après avoir déposé plainte à titre individuel dans un premier temps.

Le jugement a été mis en délibéré au 12 janvier 2016.
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