Jacques Rançon condamné à 30 ans de prison par la cour d'assises d'Amiens pour le viol et le meurtre d'Isabelle Mesnage

Jugé par la cour d'assises de la Somme, Jacques Rançon a été reconnu coupable du viol et du meurtre d'Isabelle Mesnage en 1986 près d'Amiens. Les jurés ont suivi les réquisitions du parquet en le condamnant à 30 ans de réclusion criminelle. Il avait clamé son innocence tout au long du procès. 

Jacques Rançon, avant l'ouverture de son procès devant la cour d'assises d'Amiens pour le viol et le meurtre d'Isabelle Mesnage.
Jacques Rançon, avant l'ouverture de son procès devant la cour d'assises d'Amiens pour le viol et le meurtre d'Isabelle Mesnage. © Aurélien Barège / FTV

Le verdict est tombé : Jacques Rançon est reconnu coupable du viol et du meurtre d'Isabelle Mesnage, en 1986 près d'Amiens. Les jurés ont suivi les réquisitions de l'avocate générale en le condamnant à 30 ans de réclusion criminelle, avec une peine de sûreté de 20 ans. Tout au long du procès, qui a duré une journée de plus que prévu, Jacques Rançon a clamé son innocence. 

"C'est pas moi qui ai commis ce crime"

Lors de l'ouverture de son procès, cet ancien cariste de 61 ans s'est présenté mardi 8 juin devant la cour d'assises de la Somme en chemise en blanche et pantalon noir, la barbe rasée, ses cheveux gris en arrière. Contrairement au procès de Perpignan où il a été condamné à la réclusion à perpétuité pour les viols et meurtres de deux jeunes femmes en 1997 et 1998, Jacques Rançon parle. Il réaffirme qu'il n'est pas l'auteur des faits qui lui sont reprochés. Après la lecture de son casier judiciaire, il répète : "oui j'ai fait tout ça, mais pas à Isabelle Mesnage."

Jacques Rançon dans le box des accusés avant le début de l'audience devant la cour d'assises de la Somme mardi 8 juin 2021
Jacques Rançon dans le box des accusés avant le début de l'audience devant la cour d'assises de la Somme mardi 8 juin 2021 © Clément Barbet / FTV

Pourtant en juin 2019, Jacques Rançon avouait le meurtre de la Samarienne, en donnant "des détails qu’on n’avait pas et que seul le tueur pouvait connaître", précise l’avocate des parties civiles, Me Corinne Herrmann. En octobre de la même année, il se rétracte expliquant qu'il a reçu des pressions des enquêteurs. 

Lors du premier jour du procès, les juges s'intéressent à l'enfance de l'accusé, dans un baraquement à Hailles, un village de la Somme. Il vivait avec sa mère qui le battait, son père et sa demi-sœur. La présidente du tribunal le questionne sur les agressions sexuelles pour lesquelles il a été condamné et sur les crimes qu'il a commis à Perpignan. "J'en sais rien pourquoi j'en suis arrivé là", répond-il. 

L'homme de 61 ans bénéficie d'un suivi psychiatrique et psychologique : "je fais ça pour avoir des calmants, des cachets pour dormir, pas pour réfléchir aux faits précédents", rétorque-t-il. Tout au long de l'audience, il clamera son innocence : "c'est pas moi qui ai commis ce crime."

Isabelle, "une fille indépendante"

Le deuxième jour du procès, les témoignages se succèdent à la barre de la cour d'assises pour évoquer cette fois la personnalité de la victime. Isabelle Mesnage, une jeune informaticienne de 20 ans, avait été retrouvée morte, le 3 juillet 1986, dans un bois de Cachy, près de Villers-Bretonneux dans la Somme.

Selon ses proches, Isabelle était une fille indépendante, au caractère bien trempé, qui aimait la liberté, la randonnée. "C'est pour ça qu'elle était sur ce chemin ce jour-là", indique son frère Philippe. Très sportive, elle aimait le tennis. Quelques heures avant sa disparition, elle venait de perdre un match. "Peut-être qu'elle avait envie de se changer les idées", ajoute son frère. 

Son amie, Marie-Dominique Lenotte évoque l'apparence physique de son amie, son côté garçon manqué. "Avec son vélo de course au départ, je l'ai prise pour un garçon", confie-t-elle. À la barre, elle raconte ses souvenirs. Ensemble, elles faisaient partie de la même association des jeunesses catholiques. Trois ans après la mort de son amie, elle se marie avec le frère d'Isabelle. "J'ai énormément de regret de ne pas l'avoir connu en tant que belle-soeur, on aurait pu vivre des choses extraordinaires ensemble. Toute notre vie, on a dû apprendre à vivre avec ce traumatisme. J'espère qu'aujourd'hui, la justice pourra être rendue."

L'enquête et ses défaillances

Que s'est-il donc passé ce 3 juillet 1986 ? Le premier enquêteur à se présenter à la barre est le colonel de gendarmerie Jean-Denis Coch. C'est lui qui dirige l'enquête à l'époque. Il évoque ce mois de juillet caniculaire. Un agriculteur vient de retrouver un sac à dos. Les gendarmes se déplacent sur ce chemin, "qu'il faut bien connaître", où règne une odeur de putréfaction. "On a fait transporter le corps à l'hôpital nord, l'autopsie a été retardée, car il n'y avait pas de médecin, explique-t-il. Les moyens humains étaient limités par la période estivale, ça rendait le travail plus difficile."

Le colonel revient sur les lenteurs prises par l'enquête, les erreurs, les imprécisions, les pistes non étudiées. Une mèche de cheveux et un objet appartenant à la victime seront même retrouvés sur la scène du crime un mois plus tard sans que les enquêteurs ne soient pas alertés. 

Pour Me Gérald Brivet-Galaup, avocat de la défense, ces erreurs ne doivent pas faire de Jacques Rançon un coupable idéal. "Aujourd'hui, la condamnation de Jacques Rançon viendrait donc effacer ces difficultés et la messe serait dite. Ce monsieur, qui est un excellent fonctionnaire de police certainement, a noté qu'il avait le sentiment d'un travail inachevé il y a 30 ans. S'il a une conscience qui le travaille parce que cela n'a pas été bien fait, cela ne doit pas se faire au détriment de Jacques Rançon", affirme-t-il. 

Les pièces du dossier concernant le meurtre d'Isabelle Mesnage présentées devant la cour
Les pièces du dossier concernant le meurtre d'Isabelle Mesnage présentées devant la cour © FTV

C'est ensuite au tour de Serge Eeckout, directeur d'enquête à l'époque, de s'exprimer. Il a suivi le dossier lors de sa réouverture en 2018. Il évoque les similitudes entre les sévices subis par l'une des victimes de Perpignan et ceux retrouvés sur le corps d'Isabelle Mesnage. Une théorie présentée également par le Docteur Marie Decourcelle. Dans un rapport, élément clé de la mise en examen de Jacques Rançon, elle compare le dossier de 1986 à celui de Moktaria Chaïb tuée à Perpignan. Selon elle, les blessures peuvent être le résultat du même mode opératoire. 

Serge Eeckout aussi d'une piste non étudiée : lorsqu'en 1992, Nathalie Boulongne se fait agresser par Jacques Rançon."Pour nous la principale erreur, c'est quand Madame Boulongne va, quelques années après, être violée et enlevée à quelques centaines de mètres du lieu de la disparition d'Isabelle Mesnage et on ne va pas s'interroger sur la possible participation de Jacques Rançon dans l'affaire d'Isabelle Mesnage. C'est peut-être là que se trouve l'erreur essentielle", estime Me Didier Seban, avocat des parties civiles. 

Me Didier Seban, avocat des parties civiles lors du procès de Jacques Rançon devant la cour d'assises de la Somme
Me Didier Seban, avocat des parties civiles lors du procès de Jacques Rançon devant la cour d'assises de la Somme © Valentin Pasquier / FTV

Un lieu que l'accusé connaissait bien visiblement. "On est allé promener le chien une fois là-bas, confie Carole Demarcy, son ancienne compagne et mère de son premier enfant en désignant l'endroit où le corps d'Isabelle Mesnage a été retrouvé. C'est là qu'il a garé la voiture."

Une autre victime témoigne : "je me suis dit que j'allais mourir"

Lors du troisième jour du procès, l'une des victimes de l'accusé témoigne. Virginie Schmit se souvient de son agression dans la nuit du 22 au 23 août 1999 place René Goblet à Amiens. Elle revenait d'une soirée lorsqu'elle croise la route de Jacques Rançon. "Je recherchais un peu de tranquillité, après une dispute avec mon conjoint de l'époque. Je fumais une cigarette sur ce banc, raconte-t-elle. Il m'en a demandé une, je lui ai répondu favorablement mais je ne voulais pas parler. Il m'attrape alors, je me retrouve au sol dans l'herbe. Il commence à m'étrangler. Je me suis dit que j'allais mourir."

La jeune femme le laisse alors toucher sa poitrine. "C'est peut-être pour ça qu'il me laisse partir", souligne-t-elle. L'accusé ne nie pas les faits. "C'est grave ce que j'ai fait, je n'ai rien d'autre à dire. Je n'aurais pas dû faire ça." Comble du sordide, quelques mois après les faits qu'il est incarcéré à la suite de l'agression, la jeune femme raconte que Jacques Rançon a réussi à obtenir son adresse personnelle et lui a envoyé une carte pour lui souhaiter ses meilleurs vœux pour l'an 2000... 

Ce comportement, ces agressions, ces crimes, ses amis de l'époque n'en reviennent pas. "C'était un homme timide, gentil, serviable, un gros nounours, décrit Denis Parquet avec qui il se retrouvait tous les samedis. Il n'osait jamais aller voir les filles." Son frère Christophe Parquet confirme. "Il n'était pas dragueur au bal. Je n'ai pas de souvenir comme quoi il était violent ou agressif."

"J'espérais rencontrer une fille qui faisait du stop, pour lui faire l'amour"

Le lendemain, c'est Jacques Rançon lui-même qui s'exprime à la barre, pendant plus de quatre heures heures. Visiblement fatigué, il a répondu aux questions de la présidente de la cour par des phrases courtes. On l'interroge sur ses habitudes au moment des faits. À l'époque, il est pourtant en couple avec Carole Demarcy, la mère de son premier enfant, mais il confirme ses balades, ses sorties en voiture pour s'échapper du cocon familial. "C'était au petit bonheur la chance, explique-t-il. J'espérais rencontrer une fille qui faisait du stop, pour lui faire l'amour.

Face à la partie civile, il clame toujours son innocence, et perd même son calme pour la première fois. "Pour mademoiselle Mesnage, c'est pas moi, je vous dirais pas que c'est moi, alors calmez-vous !", a-t-il déclaré. 

Pas de quoi convaincre Anne-Laure Sandretto, l'avocate générale, convaincue de sa culpabilité. Les jurés ont suivi ses réquisitions en condamnant Jacques Rançon à une peine de 30 ans de réclusion criminelle, assortie à 20 ans de peine de sûreté. Il dispose de dix jours pour faire appel. 

 

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