Après la mort de son grand-père, elle porte plainte pour homicide involontaire contre l'Ehpad Marie Marthe d'Amiens

Une avocate de Toulouse a décidé de porter plainte contre l'Ehpad Marie Marthe d'Amiens pour homicide involontaire après le décès de son grand-père durant l'épidémie de Covid-19. Elle reproche à l'établissement notamment son manque de transparence.

La maison de retraite Marie Marthe à Amiens où le grand-père d'Aurélie Joly est décédé le 8 avril 2020
La maison de retraite Marie Marthe à Amiens où le grand-père d'Aurélie Joly est décédé le 8 avril 2020 © FTV
Le 8 avril dernier, Aurélie Joly apprend soudainement le décès de son grand-père âgé de 91 ans et résident de l'Ehpad Marie Marthe à Amiens. "Cela a été très brutal, surtout pour ma grand-mère", âgée de 89 ans et habitant à Longueau près d'Amiens. 

Durant les 15 jours précédant le décès, la famille essayait tant bien que mal d'avoir des nouvelles. "Au début, on nous a dit qu'il avait de la température. 3-4 jours avant son décès, une toux grasse. Puis des difficultés à respirer. Mais à aucun moment on nous a parlé de Covid."

Aurélie Joly n'aura jamais le diagnostic. "Ma mère a eu un pressentiment, et à force de questions, elle a su que le Covid circulait à l'intérieur de l'établissement, explique-t-elle. Mais on n'a pas pu avoir un médecin au téléphone. Celui que mon grand-père avait l'habitude de voir était contaminé."
 

"Les gestes barrières n'ont pas été respectés"

Si son grand-père n'a pas pu être testé, Aurélie Joly considère aujourd'hui que la direction de l'Ehpad n'a pas été rigoureuse dans la gestion de la crise. L'avocate, qui habite à Toulouse, a donc décidé de porter plainte contre la direction de l'établissement pour des faits d’homicide involontaire, de mise en danger de la vie d’autrui, et de non assistance à personne en danger. La plainte sera transmise par son avocat au procureur de la République d’Amiens dans les prochains jours.

"Je considère premièrement que les gestes barrières n'ont pas été respectés, sachant que le 28 février le ministre de la Santé avait annoncé qu'il fallait mettre en place certaines mesures de précaution, indique-t-elle. L'Ehpad a décidé de fermer ses portes le 6 mars, puis de confiner les résidents une fois que l'un d'entre eux était malade. Pour moi, c'est trop tardif surtout avec une population aussi vulnérable."

Pourtant d'autres témoignages de familles indiquent le contraire, qu'aucune erreur de gestion n'a été constatée. "Il y avait des masques et du gel hydroalcoolique pour les visiteurs. Tout le personnel nous disait qu'il était content d'avoir des masques, des gants et des surblouses : tout avait été commandé préventivement", témoigne Dominique qui avait pu aller rendre visite à sa mère le 4 mars. 

Ce que confirme Véronique dont le grand-père de 94 ans est décédé à la maison de retraite le 28 mars : "tous les soignants avaient des gants, des masques et le matériel de protection nécessaire."
 
"Si tout a été respecté, il faut qu'on m'explique pourquoi le Covid a circulé, et pourquoi dans d'autres établissements, comme à Longueau, tout s'est bien passé, s'interroge Aurélie Joly. Qu'est-ce qu'il fait que d'un Ehpad à l'autre dans la même région qui est très touchée, le virus circule et pas dans un autre. Il y a beaucoup de points d'interrogation !"

"Le virus malheureusement, ne se voit pas. Il a pu être amené par des visiteurs ou par des soignants. Il s'est abattu sur la résidence, c'est la faute à pas de chance, c'est tout", rétorque Eugène Morel, ancien médecin réanimateur du CHU d'Amiens, interviewé par France Bleu et dont le père est décédé à Marie Marthe.

L'avocate reproche aussi à l'établissement son manque de transparence. "On ne demandait pas une exclusivité, mais ma grand-mère aurait pu peut-être lui dire au revoir, idem si on avait pu discuter avec un médecin et si on avait su qu'il était suspecté du Covid, on aurait peut être pu prendre une décision, faire en sorte qu'il soit hospitalisé, personne ne nous a dit ce qu'il se passait, mon grand-père est mort tout seul dans sa chambre."
 

"Je demanderai un euro symbolique"

Avec cette action en justice, Aurélie Joly espère avoir des réponses. "Nous, on ne veut pas d'argent, on veut juste comprendre ce qu'il s'est passé. Si on va jusqu'au tribunal correctionnel, je demanderai un euro symbolique. Je veux agir pour la mémoire de mon grand-père et surtout éviter que cela ne se reproduise", affirme-t-elle.

L'avocate est d'ailleurs en train de créer un collectif réunissant des familles dans la même situation qu'elle. "Il y a eu une gestion de la crise lamentable, même si je sais qu'elle est arrivée vite, je crois que l'on a mis tous beaucoup de temps à accepter ce qu'il se passait, mais bon là on parle de personnes vulnérables, on sait qu'à partir du moment où elles ont le Covid, elles partent."

Et de conclure : "il faut qu'on prenne conscience de certaines choses et que l'on respecte un peu plus nos aînés. Cela ne les dérange pas de prendre 2500-3000 euros par mois et à côté de ça on laisse dépérir des personnes âgées, je trouve que c'est une fin de vie qui n'est pas digne et c'est le cas dans beaucoup d'Ehpad.
 
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