Colère des agriculteurs. La Coordination rurale reçue par le préfet de la Somme : "on a été entendus"

Le préfet de la Somme a reçu les représentants de la Coordination rurale ce mercredi 31 janvier pour faire état de leurs difficultés, alors que l'action des agriculteurs perdure depuis plus d'une semaine.

Une cinquantaine de tracteurs étaient présents ce mercredi 31 janvier, pour une opération escargot sur un rond-point situé entre Amiens et Poulainville. Les agriculteurs vêtus de bonnets jaunes, couleur du syndicat de la Coordination rurale, sont venus de toute la région, de l'Oise jusqu'aux Flandres. Ils ont ensuite manifesté aux abords de la préfecture d'Amiens, autour de 10h.

Une rencontre qui a lieu après les déclarations du Premier ministre qui a annoncé la semaine dernière : "les préfets vont réunir les agriculteurs et leurs représentants pour regarder ce que l'on peut simplifier".

La Coordination rurale est née en 1991 d'une opposition à la réforme de la PAC (politique agricole commune) et c'est toujours aux politiques européennes que s'opposent ces militants. "D'un pays à l'autre, on n'a pas les mêmes problématiques. Nous, on veut une politique adaptée à la France", explique Damien Mortier, producteur de pommes de terre. Face à la concurrence de l'Ukraine qui n'a pas autant de normes que la France ou à l'Espagne, où les salaires sont plus bas, les agriculteurs ne pensent pas pouvoir s'en sortir.

Aujourd'hui, ils sont là pour se mobiliser sans grands espoirs de changement, convaincus que les décisions ne se prennent pas en France : "À Bruxelles, Macron va juste décaler un peu les choses, mais au final, c'est Bruxelles qui décide", affirme Christophe Bleuzé, agriculteur dans le Nord. 

Les paysans veulent aussi revenir sur l'obligation de 4% de jachère pour obtenir les aides de la PAC. Regis Dubois, président de la Coordination rurale des Hauts-de-France, est catégorique : "On veut une suppression de la jachère obligatoire". Damien Mortier est plus mesuré : "Je ne demande pas une suppression totale, mais au moins que ce soit adapté aux surfaces. Les parcelles à plat, on en a besoin, mais les terres en pentes devraient être utilisées pour ça."

Pour rappel, la jachère, c'est une terre labourable qu'on laisse temporairement au repos sans lui faire porter de récolte. Elle sert de zone refuge pour la biodiversité et permet de préserver la terre des effets des pesticides. À long terme, elle permet à la terre de conserver les ressources nécessaires pour produire efficacement. 

Des contraintes administratives trop lourdes 

Une autre revendication revient souvent et celle-là est commune aux trois principaux syndicats : l'allègement des démarches administratives. "Vous vous rendez compte qu'il faut cocher une case pour dire qu'on accepte de recevoir l'aide financière de la PAC. Mais qui dirait non à de l'argent ?". Un autre membre du syndicat ajoute : "Moi, j'ai dû inscrire 48 fois mon nom sur un seul document pour avoir mes aides."

Outre le côté chronophage, les agriculteurs se plaignent aussi de la complexité des démarches en ligne. "À la limite, pour les jeunes, ça va, mais pour les vieux qui prennent le train en marche, ce n’est pas possible. Ça me prend 50% de mon temps et certains sont obligés de payer des gens très cher pour faire l'administratif", explique Benoit Defoort, polyagriculteur dans le Nord. 

Les paysans se plaignent aussi d'un manque de clarté dans les consignes et d'une répression trop sévère : "L'État ne sait pas différencier un cours d'eau d'un fossé, mais il sait nous mettre des amendes. Les différents organismes n'ont pas les mêmes cartes. Pour certains, dans mon champ, il y a des cours d'eau, d'autres voient des fossés et parfois ce sont des endroits où je n'ai jamais vu une goutte d'eau en 20 ans", explique Christophe Bleuzé. "Quand ils jugent qu'on a fait quelque chose de mal, les gens de l'OFB (office français de la biodiversité) arrivent armés et ils nous amènent à la gendarmerie. On n'est pas des criminels !", ajoute-t-il, excédé. 

Les lourdeurs de l'administration agricole ont été abordées par le Premier ministre dans une allocution à l'Assemblée nationale, mardi 30 janvier. Il promet des simplifications administratives. Pour Maxime Colar, organisateur de l'action, "ce sont des mesurettes et on les a déjà entendues."

"Ça fait 20 ans qu'on a le même problème"

À 11h, six des représentants ont été reçus par le préfet. Ils se sont entretenus pendant près d'une heure avant de ressortir sous les applaudissements des syndiqués qui attendaient devant la porte. "On a été entendus. Ils étaient subjugués de savoir tout ce que l'on subit. Ils n'en avaient pas conscience.", raconte Sophie Linaerts, présidente de la confédération rurale de l'Oise. "On a un préfet qui veut vraiment s'impliquer", ajoute un membre.

Leur mobilisation ne s'arrête pas aux portes de la préfecture faute de solutions immédiates. "Qu'ils ne viennent pas nous dire qu'ils ne peuvent pas tout faire en quatre jours. Ça fait 20 ans qu'on a le même problème", signale un membre de la Coordination rurale. Une opération escargot a eu lieu ce mercredi après-midi dans les rues d'Amiens et une partie de la délégation rejoindra Paris dans la soirée.

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