Agriculteurs en colère. "La précarité du secteur est un problème européen", les déboires d'un éleveur belge

Ce samedi 27 janvier 2024, les agriculteurs belges ont rejoint la grogne qui a débuté en Europe depuis plus d'une semaine. Pour Dany Feutry, propriétaire d'un élevage bovin à Esquelmes en Belgique, les agriculteurs européens sont finalement "tous dans le même bateau".

Dans la ferme de Dany Feutry, deux veaux viennent de naître. L'agriculteur belge observe les nouveau-nés, allongés près de leur mère. Une scène attendrissante qui ne parvient pourtant pas à décocher un sourire sur le visage de l'éleveur, bloqué dans un air soucieux.

Dany fait partie de la 4e génération d'agriculteurs à avoir occupé cette ferme familiale, spécialisée dans l'élevage bovin à Esquelmes dans la vallée de l'Escaut. Quatre générations, mais toujours les mêmes tracas : précarité, importations étrangères, charges au prix exponentiel... Des soucis pour notre voisin belge qui résonnent exactement avec les problématiques qui ont conduit à la grogne des agriculteurs en France, débutée le 23 janvier 2024.

Allemagne, Belgique, France, Pologne, Roumanie... "Chaque pays fait ses propres revendications mais quand on y regarde c'est presque la même chose pour tout le monde", note l'éleveur, dont le fils - également agriculteur et associé de la ferme - s'est rendu à Bruxelles pour manifester ce lundi.

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Vivre pleinement de leur métier

"C'est un travail qu'on a choisi, qu'on fait avec passion. On ne se plaint pas de ce travail, loin de là", amène Dany Feutry avant de nuancer... "Mais plutôt des normes dictées par des personnes complètement déconnectées de l'agriculture, qui sont dans des bureaux, devant un ordinateur... Sauf qu'on travaille avec du vivant, on ne peut donc pas comprendre notre métier à distance."

On travaille avec du vivant, on ne peut donc pas comprendre notre métier à distance.

Dany Feutry, éleveur d'Esquelmes

Selon l'éleveur de l'Escaut, les normes dictées par l'Europe et le gouvernement ne permettront pas aux agriculteurs d'exploitations moyennes ou familiales de survivre ces prochaines années. En cause ? Le prix des produits qui n'augmentent pas lors de la vente, alors que les frais de production dépensés par les agriculteurs, eux, continuent de flamber.

Dany prend par exemple le cas de la viande : "Maintenant on vend nos bêtes abattues à environ 6 euros le kilo après les avoir élevées pendant 4 ou 5 ans." Mais élevage implique frais vétérinaires, frais de nourriture, pertes liées à des épidémies et autres contraintes financières. "Les frais touchés à l'arrivée ne permettent pas de compenser les frais engagés. Il manque plus ou moins un euro du kilo."

Avec moins de mille euros comme reste à vivre à la fin du mois, Dany Feutry explique ne pas vouloir "gagner des mille et des cents", mais simplement "avoir la satisfaction de vendre un produit correct et d'en vivre correctement. Sans demander l'aumône à travers la PAC."

On veut juste avoir la satisfaction de vendre un produit correct et d'en vivre correctement. Sans demander l'aumône à travers la PAC.

Dany Feutry

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Des problématiques généralisées

"En tant qu'agriculteur, on fait 40 heures par semaine... Mais de sommeil, pas de travail." Dany plaisante, mais nerveusement. Resté à la ferme pour s'occuper des bêtes, l'agriculteur soutient son fils et les manifestations françaises à distance. Débutées peu après le mouvement français, les manifestations des agriculteurs belges ont réellement pris leur élan au cours du week-end, ce samedi 27 janvier.

Une façon pour les professionnels belges de montrer qu'ils sont "tous dans le même bateau, que l'état du métier est un problème européen" et de donner du courage aux autres mouvements, pour qu'ils ne s'essoufflent pas.

En tant qu'agriculteur, on fait 40 heures par semaine... Mais de sommeil, pas de travail.

Dany Feutry

Viticulteurs, arboriculteurs, éleveurs, pépiniéristes... Tous les professionnels qui travaillent la terre de près ou de loin ont pris part au mouvement de grogne qui gonfle en Europe. "En France y'a eu de belles paroles, maintenant elles doivent être suivies par des actes. Et chez nous c'est la même chose", pointe l'agriculteur d'Esquelmes, soulignant que la manifestation actuelle n'a rien d'habituel. "J'ai connu pas mal des manifestations quand j'étais plus jeune, mais jamais de cette ampleur-là, ni de cette durée. Là il y a vraiment un malaise profond. Les gens sont au bout du rouleau."