Coronavirus : "On voit le tsunami arriver et on sait qu'on va se le prendre dans la gueule", un interne dans la Somme

Dans une vidéo postée sur sa page Facebook, un interne en médecine dans un hôpitaln de la Somme alerte sur la vitesse avec laquelle le coronavirus se répand dans la population des Hauts-de-France.

 

Yves Devisse, agent de sécurité au CHU d'Amiens, est décédé du Covid-19 le mardi 7 avril vers 5 heures du matin.
Yves Devisse, agent de sécurité au CHU d'Amiens, est décédé du Covid-19 le mardi 7 avril vers 5 heures du matin. © F. Devisse
La vidéo fait un peu plus de 8 minutes 30. 8 minutes 30 pendant lesquelles Antoine Martin, interne en médecine dans un "petit hôpital de la Somme" fait une mise au point sur le coronavirus et sur la situation à venir.
Le ton est posé et le propos, didactique : "j'ai un message à vous faire passer. Parce que je pense qu'on a un gros problème dans la manière dont on gère cette crise sanitaire en France et que je me sens obligé de vous en parler".

Antoine Martin commence par alerter sur le fait que le coronavirus "est très facilement transmissible. Il est très facilement contagieux".  L'interne en médecine détaille comment ce virus se transmet et comment éviter de l'attraper en rappelant les gestes barrières.
 

"J'ai vu ce que ça fait sur les poumons"

L'urgentiste explique que le coronavirus est dangereux parce qu'il est "invisible : il est tellement invisible qu'on peut l'avoir sans en avoir les symptômes. Donc ce n'est pas parce que vous n'avez pas de symptômes que vous n'avez pas le coronavirus. Ce n'est pas parce que vous côtoyez des gens qui n'ont pas de symptômes que vous n'avez pas le coronavirus. C'est pour ca que la mesure essentielle, c'est le confinement. Il est essentiel que vous restiez chez vous."
 
 
Et d'insister sur le fait que le coronavirus "est mortel. Moi, j'ai vu des cas de coronavirus dans mon hôpital, aux urgences, en réanimation. J'ai vu ce que ça faisait y compris sur des gens de 20 ans. J'ai vu les images de scanner thoraciques. J'ai vu ce que ça faisait sur les poumons. On sait qu'il va y avoir beaucoup de morts."

On ne sait même pas ce que ça va donner chez ceux qui vont guérir parce que les poumons est-ce qu'ils vont complètement guérir ? Est-ce que ça va laisser des séquelles ? On ne sait pas.


Antoine Martin explique comment l'hôpital dans lequel il est interne s'est organisé pour gérer les patients atteints du coronavirus. Tout a été dédoublé : un circuit pour les malades du covid-19 avec des urgences et un service de réanimation dédiés et un circuit pour les autres malades.
 

Une vague énorme à venir

"Ici, on n'est pas encore à saturation mais on sent que ça monte et que ça ne va pas s'arrêter de sitôt. Et on aura beau pousser les murs de l'hôpital, on aura beau faire de la place, on aura beau s'organiser, on ne pourra pas hospitaliser un dixième de la population en même temps. Tout va dépendre de vous. On voit le tsunami arriver et on sait qu'on va se le prendre dans la gueule. Et on aura beau construire la digue la plus haute possible, tout va dépendre de la taille de la vague. Et la taille de la vague, elle va dépendre de vous".
 
Antoine Martin exhorte ainsi les Français à respecter le confinement. "On ne vous demande pas de comprendre pourquoi. On vous demande de vous confiner. Laissez-nous vous dire que nous, on sait ce que ça va donner, on sait à quel point c'est grave, on sait ce qu'il faut faire : il faut vous confiner".
 

La désinvolture des Français

Indigné par les gens dans les parcs, par les urbains qui ont quitté leur ville pour aller se confiner en province "où ils viennent surcharger mes urgences ou celles d'un hôpital qui n'est déjà pas dimensionné pour gérer cette crise sanitaire et qui l'est encore moins avec une population supplémentaire", Antoine Martin se sent "en tant que soignant, insulté. C'est comme si on nous disait "démerdez-vous, gérez cette crise, sauvez nos vies mais ne nous empêchez pas de vivre comme on a envie de vivre".
 

Cette arrogance, elle est peut-être un peu française mais elle est dangereuse. Elle est mortelle.


Et de conclure : "vous aurez beau nous applaudir tous les soirs, on se sentira insultés tout pareil. Bien sûr, ça fait chaud au coeur, on se dit qu'on est soutenus. Mais de toute façon, on sait qu'on sera là parce que c'est notre déontologie, c'est notre vocation. On répondra présents. Comme un pompier qui va au milieu d'un incendie ou un policier au milieu d'un attentat. On sera là, en plein milieu de cette crise. Mais ça ne dépend pas de nous mais de vous : restez chez vous".
 
 
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