Coronavirus- Patricia, psychologue: “Le confinement, c’est comme un deuil, il faut accepter de perdre notre vie d’avant”

Lundi 16 mars, Emmanuel Macron a annoncé un confinement général pour au moins 15 jours afin de lutter contre la propagation du Covid-19. / © Franck Dubray/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
Lundi 16 mars, Emmanuel Macron a annoncé un confinement général pour au moins 15 jours afin de lutter contre la propagation du Covid-19. / © Franck Dubray/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

Pendant au moins quinze jours, les Français doivent rester confinés chez eux et limiter leurs déplacements à l’essentiel. Psychologue dans la Somme, Patricia Delattre nous donne quelques conseils pour relativiser et éviter de sombrer dans la dépression.
 

Par MCP

Du jour au lendemain, fini les bars, les restaurants, les soirées entre copains ou les sorties en famille. Le temps d’un discours, c’est tout un mode de vie qui s’effondre comme un château de cartes. Depuis les annonces d’Emmanuel Macron lundi 16 mars, une nouvelle épidémie commence à se répandre parmi la population : le blues du confinement.
 
"Pour l’instant ça va, mais sur du long terme, je me dis que ça risque d’être compliqué de garder le moral". Après seulement 4 jours de confinement, Aurélie commence déjà à redouter les semaines à venir. Cette quadragénaire amiénoise était habituée à côtoyer du monde toute la journée, entre son travail, ses cours de sports, et ses sorties avec des amis. "J’arrive à m’occuper mais le plus dur, c’est de ne plus avoir de contact physique avec d’autres personnes. Je suis seule chez moi et c’est très difficile d’être privé de sa liberté".

Patricia Delattre, psychologue clinicienne à Salouël, associe même ce confinement à un deuil. "Il faut accepter le fait qu’on a perdu notre vie d’avant, précise la spécialiste. Comme pour la perte d’un être cher, on va passer par différents stades comme le déni, puis la colère où l’on va décider de braver l’interdiction de sortir. Puis on accepte la situation et on se résigne à ne plus voir les choses comme avant."  
 

Angoisses et tensions


Si pour la plupart des gens, ce confinement ne fait que débuter, d’autres commencent déjà à avoir une certaine expérience en la matière. Ludovic, sa femme et ses deux enfants sont confinés chez eux depuis déjà trois semaines. Habitante de Crépy-en-Valois, l’un des premiers clusters du pays, la famille Hardy a rapidement trouvé ses marques pour débuter le travail à distance et l’éducation des enfants à la maison.
 
Ludovic, Carole et leurs deux enfants Lucas et Nathan sont confinés à leur domicile depuis 3 semaines. / © L. Hardy
Ludovic, Carole et leurs deux enfants Lucas et Nathan sont confinés à leur domicile depuis 3 semaines. / © L. Hardy

Mais après plus de 18 jours de confinement, la situation commence à devenir compliquée. "Le plus difficile, c’est de faire cohabiter les activités de chacun, reconnaît Ludovic. On doit travailler mais ce n’est pas évident avec les enfants qui font du bruit". 

Pour l’instant, la famille arrive à maintenir l’équilibre à la maison mais les premières tensions commencent déjà à se faire sentir. "On commence tous à être vraiment agacés de cette situation, il y a de l’énervement, commente le père de famille. Si on doit rester confinés un mois de plus, ça risque d’être compliqué psychologiquement".    

Pourquoi avons-nous l’impression de devenir fous ?


Pour la psychologue, ces tensions sont tout à fait normales. "Il faut prendre conscience que c’est une situation inédite, qui mobilise nos ressources car nous devons puiser au fond de nous-mêmes pour vivre dans les meilleures conditions. Forcément, nous perdons nos repères et cela induit du stress."

Sur les réseaux sociaux, certains n'hésitent pas à exprimer le poids de la solitude avec des publications humoristiques pour dédramatiser la situation. 
 
 

Patricia Delattre pointe aussi du doigt cette ambivalence à laquelle nous sommes confrontés tous les jours et qui peut être source d’angoisse. "D’un côté on a besoin d’être informés, de l’autre on ne veut pas car c’est alarmant. L’ambivalence est normale, et si on accepte d’être un peu chahuté, on va mieux vivre les choses."
 

Lutter contre le coup de blues


Sur le plan mental, la psychologue conseille de garder un ancrage dans la réalité pour éviter de sombrer dans la dépression. Concrètement, l’idée est de se fixer des rituels pour retrouver des repères. "Je conseille d’écrire le récit de nos journées dans un petit carnet, explique Patricia Delattre. Expliquer le temps qu’on a consacré à chacune de nos activités permet de lutter contre les idées anxieuses et montre qu’on a toujours notre libre arbitre. On peut aussi évaluer si notre comportement est adapté ou si on part à la dérive."
 
Par exemple, si votre récit du jour ne liste que les heures passées sur les réseaux sociaux, c’est qu’il est temps de se trouver d’autres activités pour passer le temps. Aurélie, elle, s’occupe de sa maison : "J’ai nettoyé ma cour et les gouttières, je fais du télétravail, je lis et je fais un peu de sport" résume l’Amiénoise.

Du côté de la famille isarienne, on lit, on fait des jeux de sociétés ou on regarde la télévision. "On a un jardin heureusement, ajoute Ludovic Hardy. Ça permet aux jumeaux de sortir prendre l’air."
 

Prendre soin de son corps


Un corps sain dans un esprit sain : l’adage populaire prend tout son sens en temps de crise. "Prendre soin de soi permet de ne pas laisser place à la peur, explique la psychologue. Il faut bien dormir car le sommeil préserve de la dépression et augmente les défenses immunitaires. Il faut aussi bien manger, s’hydrater et bouger. Évidemment, il faut éviter l’alcool car cela multiplie l’anxiété et le risque dépressif.
 
Exit donc le petit remontant de fin de journée. À la place, Patricia Delattre encourage les personnes confinées à instaurer un autre rituel : l’appel à un ami. "Chaque jour, à la même heure, appelez un ami ou un proche. C’est important d’avoir encore des repères malgré la peur et d’avoir un moment qu’on attend avec impatience."
 

Rester positif


Malgré cette crise sanitaire inédite, qui peut faire l’objet d’un traumatisme pour certains, l’objectif est de se forcer à voir les bons côtés des choses. Plus facile à dire qu’à faire, évidemment. "Mais l’être humain a une énorme capacité de résilience, renchérit Patricia Delattre. Il y a une beauté cachée dans chaque évènement éprouvant et sentir cette solidarité nationale préserve la psyché."

Effectivement, un tour rapide sur les réseaux sociaux témoigne de cette union sacrée qui semble transcender les frontières.
 
 


Dans la famille Hardy, on essaye aussi de rester positif. "Ça nous permet de nous rendre compte qu’on peut consommer moins sans être malheureux", précise Ludovic. Il pense déjà à ce qu’il fera dès la fin du confinement : "Un restaurant en famille ou un barbecue avec les copains !". Pour Aurélie, le premier réflexe sera de rendre visite à ses parents et à ses amis proches. Patricia, elle, est persuadée que la période de reconstruction qui nous attend sera dynamique et solidaire.

Mais pour retrouver ce mode de vie épicurien qui nous est si cher, nous n’avons qu’une règle un peu étrange à suivre : faire front ensemble, mais séparément.  


Un petit dernier pour la route : 

 

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