Coronavirus : à Amiens, le casse-tête des déménagements au temps du confinement

95% des entreprises de déménagement se sont mises au chômage partiel depuis le début du confinement (image d'illustration). / © CLAUDE PRIGENT/ MAXPPP
95% des entreprises de déménagement se sont mises au chômage partiel depuis le début du confinement (image d'illustration). / © CLAUDE PRIGENT/ MAXPPP

Avec l’arrivée des beaux jours, beaucoup de Picards avaient prévu de déménager ces prochaines semaines. Mais à cause de la crise sanitaire et du confinement, les démarches se compliquent et les consignes officielles ne sont pas toujours claires. On fait le point.
 

Par MCP

Alain Berthe a passé d’innombrables coups de téléphone pour obtenir une réponse simple : pouvait-il aider sa fille à déménager le 19 mars, deux jours après la mise en place du confinement général ? "Non", lui répond la préfecture de l'Oise. "Oui", contredit celle des Hauts-de-France. "Bien sûr que non", infirme une gendarmerie. "Oui, c'est possible", confirme une autre.

"C’était le flou total ! Si eux n’ont pas les réponses, comment voulez-vous qu’on sache ce qui est autorisé ou non ?" Cet habitant de Montdidier, dans la Somme, a finalement décidé d’aider sa fille de 20 ans à déménager de Beaumont-sur-Oise à Laigneville. "Son bail arrivait à expiration le 22 mars, on n’avait pas le choix, explique Alain. Elle avait déjà les clés de son nouveau logement".

Sur la route du retour, le père de famille se fait contrôler par les gendarmes. "J’ai dû argumenter pendant un moment parce qu’au début, ils voulaient me verbaliser".

Alain avait-il le droit d’aider sa fille à déménager ? La réponse est oui mais les déménagements sont limités aux besoins les plus stricts, comme en cas de fin du bail ou si un préavis a déjà été déposé. Contactée par téléphone, la préfecture de la Somme nous précise toutefois qu’il vaut mieux se renseigner pour savoir s’il existe des restrictions locales spécifiques.
 

Comment justifier ce déplacement ?

Si un déménagement ne peut être reporté, la préfecture indique que le particulier concerné doit se munir d’une attestation sur l’honneur, expliquant le motif de déplacement. Il convient aussi d’y noter la date ainsi que les adresses de départ et de destination. "Ce n’est pas obligatoire, mais c’est bien aussi d’avoir son bail sur soi pour prouver qu’il arrive à expiration" nous précise-t-on à la préfecture. Sur l’attestation, il faut également écrire le nom des personnes qui aident à déménager.
 

Certaines sources officielles, comme la préfète du Puy-de-Dôme, parlent de cinq personnes maximum pour porter les cartons. "Nous n’avons pas confirmation de ce chiffre mais de toute façon, il faut faire preuve de discernement concernant le nombre de personnes présentes, précise la préfecture de la Somme. Il faut également respecter les gestes barrières et la distanciation sociale d’un mètre".
 

Une situation pas si simple

Si dans les faits, les sources officielles semblent se mettre d’accord sur l’autorisation des déménagements dans des situations urgentes, sur le terrain les choses ne sont pas aussi simples. S’il s’agit de quelques cartons à bouger entre deux villes proches, comme c’était le cas pour Alain et sa fille, la situation peut se régler sans trop de peine.

Mais comment s’organiser lorsque l’on doit s’installer à l’autre bout du pays ? Sur le site du gouvernement consacré aux informations sur le coronavirus, il est bien stipulé que les particuliers ont le droit de faire appel à une entreprise de déménagement. Or, 95% des entreprises spécialisées se sont mises au chômage partiel.
 

Déménager sans déménageurs 

Thierry Gros, président national de la chambre syndicale des déménagements, a même encouragé les entreprises à cesser leur activité. "On ne peut pas cautionner cette autorisation à déménager les gens, explique-t-il. Il nous est impossible de respecter les gestes barrières et les distances ! Imaginez lorsque l’on porte une gazinière à deux ! On demande aux livreurs de laisser les colis devant la porte mais nous, on doit continuer à rentrer chez les gens ? C’est un non-sens total !"
 

Aujourd’hui, Thierry Gros attend une réponse claire du gouvernement. "Je souhaite que les déménagements soient interdits, sauf pour des cas sanitaires graves. On sait que le virus peut rester plusieurs heures sur une surface et on nous autorise encore à le déplacer partout sur le territoire. C’est de l’inconscience".

En revanche, il assure que dès le confinement levé, toutes les entreprises spécialisées mettront les bouchées doubles pour assurer les déménagements reportés : "on sera présent, on recrutera, on demandera des dérogations pour travailler plus".
 

On va arriver à des situations ubuesques


Avec la fermeture provisoire mais soudaine de la majorité des entreprises de déménagement, de nombreux particuliers se sont retrouvés avec leurs meubles bloqués dans des entrepôts. Pour éviter ce type de désagrément, le président de la chambre syndicale des déménagements encourage chaque personne tentée de déménager d’avertir son bailleur, banque ou futur employeur que le déménagement est impossible.

Parfois, les choses s’arrangent à l’amiable. "Un de mes clients a vendu sa maison à Toulouse pour s’installer à Amiens, explique Annie Hu, propriétaire d’une agence immobilière dans la capitale picarde. Mais aucun déménageur n’a voulu aller jusqu’à Amiens. Il devait donner les clés au nouveau propriétaire au moment du confinement mais il a pu s’arranger pour rester un peu plus".   
 

Le bail peut être prolongé 

Pour les locataires qui avaient donné leur préavis, il est possible de rester dans le logement jusqu’à la fin du confinement si le propriétaire donne son accord. Dans ce cas, il convient de signer avec lui une "convention d’occupation précaire" pour contractualiser cet accord temporaire. "Mais ça se joue seulement sur la bonne volonté, ajoute l’agent immobilier, qui a également fermé son agence le temps du confinement. On va arriver à des situations ubuesques si on n’a pas une médiation de bonne foi entre les gens".

En revanche, comme l’explique le gouvernement sur son site dédié au coronavirus, le loyer est toujours dû. Même si le locataire a déjà signé un nouveau contrat de location dans un autre logement. Il est donc possible d’avoir deux loyers à payer en même temps si le déménagement est impossible. "Vous pouvez vous mettre d’accord avec le propriétaire pour reporter la date de début de location, peut-on lire sur le site officiel. Si vous n'arrivez pas à trouver un accord amiable, vous pouvez vous tourner vers [...] les conseillers juristes des Agences départementales (ADIL) qui vous accompagneront et vous aideront à trouver des solutions".
 

Débrouille et solidarité

Florine Dhuyvetterre a bien failli se retrouver dans cette situation. Avec un bail expirant le 6 avril et de nouveaux locataires arrivant le lendemain, cette infirmière amiénoise devait absolument quitter la maison qu’elle louait dans le sud-est d’Amiens. Mais le déménagement n’a pas été facile à organiser : "Je voulais louer un camion pour déménager mais on m’a annoncé que toutes les locations étaient annulées", raconte la jeune femme de 34 ans. À ce problème s’ajoute la crainte de devoir payer deux loyers en même temps. "Ça n’aurait pas été possible car j’ai aussi des frais d’agence à payer pour le nouveau logement, ainsi que la caution. C’était un stress en plus !"

Finalement, Florine a trouvé un plan B : elle pourra déménager le 4 avril grâce à un ami qui a accepté de lui prêter un utilitaire. Mais elle reconnaît que les consignes officielles sont difficiles à trouver et que même les agences immobilières ont du mal à répondre aux questions.  

Les états des lieux d'entrée et de sortie sont eux aussi autorisés sous réserve du respect des gestes barrières et de la distanciation sociale. "J'ai déjà prévu d'aller chez des locataires pour un état des lieux, conclut Annie Hu, l'agent immobilier. Mais les locataires attendront dehors pendant que je prendrais des photos". 
 

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