Deux ans après le début de la naissance des Gilets jaunes, "le mouvement n’est pas mort"

Le 17 novembre 2018 marquait la naissance du mouvement des "Gilets jaunes". Après deux ans de manifestations et de ronds-points bloqués la mobilisation a nettement diminué. Selon Mélanie Ngoye-Gaham et Miguel Niewiadomski, des progrès ont été faits, même si la pandémie creuse les inégalités.

En novembre 2018 naissait le mouvement des gilets jaunes.
En novembre 2018 naissait le mouvement des gilets jaunes. © FTV
"Dès le premier jour, le 17 novembre 2018, je me suis engagé avec les gilets jaunes. J'ai vu sur les réseaux sociaux, je n'y croyais pas trop, mais je suis allé au rond-point de Flixecourt. Et en fait je suis resté," raconte Miguel Niewiadomski. Deux ans plus tard, Miguel est élu au conseil municipal de Picquigny dans la Somme. 
 
Miguel,"gilet jaune" de rond-point de la première heure.
Miguel,"gilet jaune" de rond-point de la première heure. © Miguel Niewiadomski

"Je me suis présenté parce qu’aucun maire n’a fait appel aux gilets jaunes alors qu’on a beaucoup d’idées et qu'on a fait des efforts pour proposer. Je suis toujours gilet jaune, mais j’ai fait une liste en tant que citoyen, pour aider les gens," explique-t-il. Sur sa liste, il y avait trois autres Gilets jaunes. 

Mélanie Ngoye-Gaham, elle, a rejoint le mouvement en décembre 2018, à l'appel du collectif Adama Traoré. "Je n'ai jamais tenu un rond-point, parce que je suis mère de famille et salariée, donc je les admirais mais je pouvais pas rester aussi longtemps. Moi, je suis une gilet jaune de manif," raconte-t-elle. 

"Je ne me suis pas engagée en politique parce que je ne crois pas à la cinquième république. Mais que des gens se soient présentés, tant que c'est avec listes citoyennes, avec des valeurs gilets jaunes, pour se battre contre toute forme d’inégalité, et contre racisme je n'y vois pas d'inconvénient," explique Mélanie. Elle continue de militer avec les réfractaires du 80, principalement en ligne en raison du confinement. 
 
Mélanie se définit elle-même comme une "gilet jaune de manif".
Mélanie se définit elle-même comme une "gilet jaune de manif". © Mélanie Ngoye-Gaham

Une chose est sûre pour Mélanie comme pour Miguel, ils se sentent toujours autant "Gilets jaunes". 
 

"On a été un petit peu entendus"

En dressant le bilan de ces deux années de mobilisation, Miguel retient des avancées. "On a été un petit peu entendus, on a obtenu les 10 milliards que Macron a promis, on a montré qu’on était plus forts qu’un parti politique ou qu’un syndicat," énumère-t-il. 

Mélanie fait le même constat. "La revalorisation de la prime d’activité de 100 euros, le gel de la taxe carbone, ce n'est pas rien, dit-elle. Et puis je retiens la fraternité, cette solidarité retrouvée, beaucoup d’actes citoyens, des gens lambdas qui ont combattu à leur petit niveau ensemble."

Mais pour tous les deux, il reste beaucoup de progrès à faire. "C'est une goutte d'eau dans un océan" pour Mélanie, "nettement insuffisant" pour Miguel. 

Un second souffle après la pandémie

"Le mouvement n’est pas mort, il est un peu éteint, ce qui s’explique par la longueur du mouvement, la peur de la police notamment," décrit Mélanie. Elle-même avait été matraquée par la police lors d'une manifestation dans la capitale en avril 2019 et blessée aux cervicales. Sa plainte a été classée sans suite par le parquet de Paris. 

Les réunions n'ont plus lieu en raison de la crise sanitaire. Mais la pandémie et les difficultés économiques engendrées pourraient apporter un nouveau souffle au mouvement selon les deux Gilets jaunes.

"Cette crise empire les inégalités. Même les restaurateurs et petits commerçants vont devenir Gilets jaunes. Au début, ils crachaient sur nous. Ils changent leur fusil d’épaule maintenant," affirme Miguel.

"En 2021, les gens vont vouloir sortir dans la rue encore plus. Moi, je ne suis jamais vraiment rentrée," raconte Mélanie. 

Si c'était à refaire, Mélanie et Miguel le referaient sans hésiter. Ils partagent la même volonté de continuer à militer. 
 

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