Stéphanie, ancienne gilet jaune à Ressons-sur-Matz : “c'était une belle histoire”

Stéphanie était gilet jaune à Ressons-sur-Matz, à Arsy puis au Bois de Lihus dans l'Oise. Un an plus tard, elle se mobilise autrement. / © FTV
Stéphanie était gilet jaune à Ressons-sur-Matz, à Arsy puis au Bois de Lihus dans l'Oise. Un an plus tard, elle se mobilise autrement. / © FTV

Il y a un an, au premier jour du mouvement des gilets jaunes, Stéphanie s'est installée avec des centaines d'autres sur le point de blocage du peage de Ressons-sur-Matz sur l'A1 dans l'Oise. Après des mois de manifestation et de mobilisation jour et nuit, elle est passée à une autre forme de lutte.

Par Jennifer Alberts


"On a commencé avec ma tonnelle !". La voix est grave mais douce. On entend le sourire et la pointe de nostalgie derrière les mots. Au téléphone, quand Stéphanie, 44 ans, parle des gilets jaunes de Ressons-sur-Matz dans l'Oise, elle évoque "une grande famille"


Des campements de fortune 


"Mon dernier emploi d'assistante d'adulte handicapé s'est terminé le 16 novembre. Le lendemain, c'était l'appel à la mobilisation. Je suis allée directement à Ressons", explique cette mère de trois garçons majeurs. Et Stéphanie ira tous les jours rejoindre ses camarades de lutte. 
 
Stéphanie, gilet jaune au péage d'Arsy dans l'Oise


A Ressons-sur-Matz, les gilets jaunes s'installent d'abord au péage sur l'autoroute A1. Ils se relaient 24h sur 24 pour occuper le terrain. Certains dorment sur place. C'est le cas de Stéphanie. Elle vit à Rethondes, à 30 kilomètres du lieu de mobilisation. Un village de fortune sort de terre pour héberger ceux qui ne rentrent pas chez eux. 

A un moment, je ne pouvais plus faire des allers-retours tous les jours. Alors j'ai dormi sur place. Pendant 18 jours !

Puis ils se déplacent au péage d'Arsy. Ils seront délogés deux mois plus tard. Et c'est à 4 kilomètres du premier campement que les gilets jaunes de Ressons reconstruisent leur point de rassemblement. Au Bois de Lihus. Des cabanes sont montées sur une ancienne station service avec l'accord du groupe Total, propriétaire du terrain. 

Une autre forme de lutte


Stéphanie ne verra pas ce nouveau campement être détruit par les autorités le 26 juin dernier : suites à des problèmes de santé, elle participe à sa dernière manifestation le 16 mars. "Les autres, je les ai faites avec le coeur". 

Stéphanie n'a pas repris depuis. "Je ne manifeste plus parce que mon corps ne suit pas pour le moment. Mais ce n'est pas parce que je trouvais que le mouvement devenait inutile. Quand on était au péage, personne n'était fâché de nos actions. Les gens nous souriaient et nous soutenaient. On voyait qu'on faisait plaisir, explique-t-elle. Ca n'a pas été facile d'arrêter les manifs. Si je pouvais, j'y retournerais. C'était une sacrée histoire. C’était une belle histoire."
 


Stéphanie a trouvé une autre forme de lutte. "J'avais déjà l’idée de me mobiliser autrement mais ça ne pouvait pas prendre place dans un système de manifestation, raconte-t-elle. Je voulais avoir une action plus locale et faire des choses plus pérennes". Alors, avec une quinzaine d'autres gilets jaunes, elle a crée Actions Réactions Oise, un collectif qui organise "de bonnes actions pour protéger notre planète et partager les astuces pour consommer moins et mieux!!" comme le précise la présentation du groupe sur Facebook.


Actions citoyennes


Composé de gilets jaunes de la première heure "qui ne pouvaient plus manifester tous les samedis" mais aussi de personnes qui n'ont jamais pris part au mouvement, Actions Réactions Oise veut montrer "comment avec de petits gestes et de bonnes idées collectives, nous pouvons consommer différemment grâce au partage et à l'entraide". Avec toujours le même objectif que la mobilisation des gilets jaunes : "changer les choses en profondeur, explique Stéphanie. Mais là, c'est sur le plan de la consommation : on privilégie l'échange, le don, la récup, les choses qu'on fait soi-même."

On veut montrer qu’on peut consommer sainement sans avoir forcément beaucoup d’argent.


Organiser des maraudes pour aider les sans-abris, nettoyer la nature pour dénoncer la pollution ordinaire, faire des ateliers pour apprendre à recycler et à donner une seconde vie aux objets. Le groupe ne manque pas d'idées. Une autre façon de créer une communauté où le lien social est l'une des valeurs fondamentales. 

Stéphanie, qui n'a pas tourvé de nouvel emploi, est toujours en contact avec les gilets jaunes qui manifestent encore : "c’est une grande famille. Et comme dans une famille, y a des hauts et des bas, des gens qui s’entendent moins bien. Mais c’est une aventure humaine incroyable. Il y en a encore des gilets jaunes, vous savez !! Faut pas croire !  Mais les gens ont peur de manifester à cause de la violence policière ou des menaces de justice. Quand on est allés à Paris, on a vu à quel point c’était dangereux. Mais ce n’est pas une raison pour lâcher. On ne lâche rien mais on fait ça autrement"                               



 

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