Disponibles depuis septembre dans les bars d'Amiens, les protections anti-GHB rassurent gérants et étudiants : "Ça nous évite le danger"

Depuis plusieurs mois, les signalements de piqures, GHB et drogues en tout genre se multiplient dans les bars et établissements de nuit à Amiens. Alors que des enquêtes sont en cours, une distribution de protège-verres a eu lieu en septembre auprès des commerçants du centre-ville. Sont-ils utilisés ? Bilan.

Il est 22 heures. Le thermomètre affiche encore 15 degrés fin octobre place du Don à Amiens. Les terrasses sont remplies, les verres aussi. Mais pas de protections anti-drogue dessus. "Il est encore tôt et puis, je reste à côté de mon verre", souffle une étudiante.

Le 22 septembre 2022, l'UMIH 80, le syndicat des restaurateurs de la Somme, a distribué des protège-verres dans une vingtaine de bars et établissements de nuit. Ces dispositifs, lavables et réutilisables, permettent entre autres de se protéger contre le GHB, cette substance aussi surnommée la drogue du violeur. Au total, 5 000 capuchons ont été offerts aux commerçants amiénois. Un mois après, qu'en est-il ?

Si tous les jeunes rencontrés connaissent le dispositif, rares sont ceux qui se servent dans les bars amiénois. "La fac nous en propose gratuitement. Dans les bars, je ne savais pas", s'étonne Manon Blot, 19 ans. "J'ai des amis qui se sont fait droguer, ça fait un peu peur. Donc ça peut être utile", surenchérit son amie Elea Benet. Un peu plus loin, une autre étudiante qui entend la conversation réagit : "Je ne savais pas pour les bars. Il n'y a pas beaucoup de communication autour de ça. Si on ne le sait pas, on ne va pas aller en demander."

Le bouche à oreille en est donc, semble-t-il, à ses débuts. Toutefois, certains étudiants un peu plus âgés ou encore de jeunes actifs semblent davantage sensibilisés. Fanny Poisson, 25 ans, est étudiante infirmière : "Quand je suis arrivée à Amiens à la rentrée de septembre, on m'a donné une protection. Je ne l'ai pas encore utilisée."

Feinda Sidibé, 35 ans, y a, elle, eu recours : "On m’en a donné dans un bar. Je pense que ça peut être un bon outil de prévention par contre ce n'est pas hyper agréable à utiliser pour boire. Ça laisse un goût au niveau du liquide."

Expérience plutôt positive pour les gérants

Pour les gérants, les expériences divergent selon les établissements. Au Ad Hoc Café, l'initiative semble prendre. "En un mois, on a distribué la moitié des protections. Pour nous, c'était compliqué de prendre du temps pendant le service donc on les a mises en libre-service au bar. J’ai marqué dessus 'Protégez-vous, servez-vous mais surtout restez vigilant' ", raconte Mathilde Sevrette, la gérante.

"On n'a pas beaucoup de demandes mais les gens passent à côté du bar et se servent. Souvent, ce sont des personnes de 30 ou 40 ans qui prennent pour leur frère, leur sœur, leur enfant", ajoute-t-elle. Selon Mathilde Sevrette, il faudrait "accentuer le mouvement" : "On pourrait faire comme les distributeurs de préservatifs, ça pourrait être mis en place en distribution libre."

Au Street café, les retours sont aussi plutôt positifs. L'établissement avait commencé à distribuer de lui-même des capuchons dès 2020. "Les gens, surtout des femmes, sont venus nous voir en nous demandant ce que c'était et si c'était gratuit." Depuis, la mécanique fonctionne : "Comme on ferme à 2 heures du matin, les jeunes se servent vers 00h30,1 heure, juste avant d'aller en boîte de nuit. C'est vrai que le stock commence à diminuer", constate Anaïs Kaczmarek, responsable.

Juste en face, au Manneken Pis, l'initiative peine en revanche à décoller. "On les a mis à disposition des gens sur le bar. On les propose aussi aux gens en terrasse. Il n'y a pas beaucoup de demandes pourtant on fait beaucoup de communication sur les réseaux sociaux par rapport à ça. Ça part un petit peu mais pas beaucoup", explique Stephen Carré, le gérant du bar.

Les commerçants entendent poursuivent l'initiative. Une nouvelle distribution de protège-verres pourrait avoir lieu d'ici à la fin de l'année.