L'Etat, Bertrand et Ruffin à Amiens : on en sait plus sur le fiasco de la reprise Whirlpool/WN

A la sortie de la réunion de crise organisée par l'Etat à Amiens avec les élus locaux et le repreneur du site Whirlpool, nous en savons plus sur la situation inquiétante de WN, qui concerne plus de 180 salariés.

Par Mickael Guiho

Le dossier Whirlpool Amiens a toujours été éminement politique et l'actualité continue de s'accélérer. Au lendemain du placement en redressement judiciaire de la société WN de Nicolas Decayeux, qui avait repris le site il y a un an avec le soutien de l'Etat et des élus locaux, le gouvernement annonce "une reprise prévue pour le 21 juin".

Ce délai - très court - aurait été fixé par l'administrateur judiciaire. L'urgence s'explique : les salaires du mois de juin ne seraient pas encore garantis.
 

L'Etat veut de nouveaux repreneurs


"On doit trouver des candidats à la reprise du site", a déclaré la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances Agnès Pannier-Runacher, à l'issue d'une "réunion de travail" à Amiens.

Alors qu'hier, l'avocat de WN considérait qu'"on a six mois (...) pour travailler sur le redressement de l'entreprise", le gouvernement pense que Nicolas Decayeux ne s'en sortira pas seul : l'appel à candidature "peut aussi concerner ceux qui sont aujourd'hui présents sur le site. C'est simplement porter un ou plusieurs projets qui, mis ensemble, permettent de donner une pérénité au site."

Une stratégie confirmée par Xavier Bertrand, selon qui Nicolas Decayeux serait "prêt à ne pas être le seul maitre à bord".
 
Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances. / © Clément Jean-Pierre / FTV
Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances. / © Clément Jean-Pierre / FTV
 

Xavier Bertrand : sans rallonge de l'Etat, "ça ne peut pas marcher"


Le président de la région Hauts-de-France le martèle : "Nous, on y croit". "Il y a un projet avec l'entreprise Ageco", révèle Xavier Bertrand. Un projet pour lequel la région "va verser une avance d'un million d'euros, plus la formation", parce qu'il serait à même d'assurer du travail pour "des dizaines" de personnes.

"Sauf qu'on n'a pas le temps", enchaine Xavier Bertrand. L'Etat avait promis 4 millions d'euros d'aide à la reprise. Il en a donné 2,5 et attend des garanties pour verser le reste. Aujourd'hui, WN est en cessation de paiement. Alors le président de région lui demande de débloquer au moins "une partie", sans quoi "ça ne peut pas marcher".
"On a besoin d'un coup de main de l'Etat"
Réaction du président de la région Hauts-de-France à la suite de la réunion de crise sur la situation de WN le 4 juin 2019. - France 3 Picardie

"L'absent" Whirlpool et le flou sur les Shopping Box

Et de se tourner vers Whirlpool, "qui est en train de se barrer sur la pointe des pieds, en faisant un chèque de temps en temps." On a tendance à l'oublier, mais le géant américain est toujours propriétaire des bâtiments, ce qui ne faciliterait pas le développement de WN. "On a besoin que les bâtiments soient cédés comme prévu et remis en état", déclare Xavier Bertrand. "Whirlpool a dit qu'il allait le faire, bah allez ! Vite !"

Interrogé sur le projet de Shopping Box (les casiers réfrigérés connectés que WN compte vendre), Xavier Bertrand pose des questions : "Est-ce que le contrat avec quelqu'un de la grande distribution se fait, oui ou non ? Est-ce que (WN) a la bonne introduction, le bon niveau de rendez-vous ? On a besoin d'y voir clair." Nicolas Decayeux ne semble donc pas avoir apporté de réponses précises sur ce sujet.
 
Nicolas Decayeux, lors de la réunion de crise. / © Clément Jean-Pierre / FTV
Nicolas Decayeux, lors de la réunion de crise. / © Clément Jean-Pierre / FTV
 

François Ruffin : cette reprise était "un coup politique pour acheter la paix sociale"


Plus de 180 salariés travaillent actuellement chez WN, dont 160 ex-Whirlpool. Au moment de la reprise, Nicolas Decayeux était allé jusqu'à évoquer le nombre de "277 salariés à terme". Un projet "pas tenable et là ça craque", analyse le député (LFI) de la Somme François Ruffin. A l'origine, l'industriel picard était en effet bien moins ambitieux.

"C'est l'Etat qui a imposé à monsieur Decayeux de passer de 40 à 200 salariés, pour acheter la paix sociale", lâche l'Insoumis à la sortie de la réunion de travail. "Si aujourd’hui l’entreprise est en difficulté, c’est parce qu’une start-up normalement ça commence petit. Il y a eu un coup politique qui a été fait, une visite sur le site qui relevait de la communication politique", poursuit l'élu, en référence aux déplacements d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle et 5 mois plus tard.
"Un coup politique pour acheter la paix sociale"
Le député (LFI) de la Somme, François Ruffin réagit à la suite de la réunion de crise sur la situation de WN le 4 juin 2019. - France 3 Picardie

La "bonne foi" de Nicolas Decayeux

François Ruffin défend d'ailleurs la "bonne foi" de l'industriel Nicolas Decayeux, malgré son "déni de réalité" : "Il a été pris par une polémique qui le dépassait. On lui demandait de reprendre tout le monde, on faisait venir toutes les caméras du pays, c’était un truc en grande pompe... Je pense qu’il s’est senti emprisonné."

Fiodor Rilov, avocat des ex-salariés Whirlpool, a plus de réserves quant au rôle des uns et des autres. Présent sur le parking WN cet après-midi pour parler aux salariés, il affirme "Whirlpool, WN, mais aussi Bercy et l'Etat (...) auront à nous répondre" pour "faire la lumière sur ce qui s'est passé".

Selon ses calculs, sur 10 millions d'euros d'aides, WN a dû en dépenser 4,5 dans les salaires. Il souhaite savoir comment a été dépensé le reste de l'argent, puisque la société est aujourd'hui en cessation de paiement. Si le redressement judiciaire permet de garantir les salaires de mai, rien n'est encore acquis pour les mois suivants.

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