WN (ex-Whirlpool Amiens) en redressement judiciaire : “Pas d'impact sur l'emploi à court terme” (avocat)

Me Daniel Gaubour, avocat de WN. / © Nicolas Corselle / FTV
Me Daniel Gaubour, avocat de WN. / © Nicolas Corselle / FTV

L'avocat de WN, le repreneur du site Whirlpool d'Amiens (Somme) placé aujourd'hui en redressement judiciaire, assure que les 186 salariés n'ont pas à s'inquiéter pour le moment :"On verra quelles pistes sont envisageables dans les mois qui viennent."

Par Mickael Guiho

Nicolas Decayeux préfère garder le silence. Alors que sa reprise du site Whirlpool d'Amiens a du plomb dans l'aile et que le tribunal de commerce d'Amiens vient de placer WN en redressement judiciaire, c'est l'avocat de la société, Me Daniel Gaubour, qui répond à la presse : "(Nicolas Decayeux) est combatif. Il l'a toujours été. Et il a toujours été proche de ses salariés."

Au terme d'une audience à huis clos et d'un court délibéré, la justice a donc accepté la demande de redressement judicaire formulée par le repreneur du site Whirlpool d'Amiens, en l'assortissant d'une période d'observation jusqu'au 6 décembre, conformément aux réquisitions de procureur de la République. Un administrateur judiciaire et un juge commissaire ont été désignés.
 
Nicolas Decayeux, après l'annonce du redressement judiciaire. / © Nicolas Corselle / FTV
Nicolas Decayeux, après l'annonce du redressement judiciaire. / © Nicolas Corselle / FTV
 

"On a donné des pistes au tribunal"


"On a six mois qui s'ouvrent à nous aujourd'hui pour travailler sur le redressement de l'entreprise", se réjouit Me Gaubour (même si la période n'est pas garantie, cf. encadré ci-dessous). "On a donné des pistes au tribunal, mais c'est des choses qu'on va arrêter dans les jours qui viennent avec (...) l'administrateur."

"L'activité, les charges", "les produits", les rapports avec "certains créanciers" : tout sera analysé et repensé. Et l'emploi ? "Il n'y a pas d'impact sur l'emploi à court terme", assure d'abord Me Gaubour. La procédure de redressement permet de garantir le versement des salaires. Mais ces deux mots, "court terme", interrogent. "On verra quelles pistes sont envisageables dans les mois qui viennent", répond seulement l'avocat.
 

Sur les Shopping Box : "pas de problématique de contrefaçon"


Interrogé sur l'information France 3 de poursuites judiciaires engagées par le groupe Decayeux (dirigé par les frères de Nicolas Decayeux) contre WN, Me Gaubour assure qu'il n'y a "aucune problématique de brevet ou de contrefaçon". Un jugement en référé a bien été rendu à l'automne, mais WN l'aurait remporté : "La famille Decayeux a été déboutée", affirme-t-il.

La Shopping Box - casiers réfrigérés connectés que WN souhaite vendre - n'aurait "radicalement rien à voir avec les produits commercialisés par le groupe Decayeux", notamment les casiers connectés My Colisbox. Selon nos informations pourtant, après ce référé apparement perdu, le groupe Decayeux envisagerait toujours un jugement au fond.
 
WN peut-il encore compter sur ses Shopping Box ?
 

WN a "plusieurs cordes à son arc"


Ce potentiel obstacle judiciaire mis à part, WN dit avoir toutes les raisons de miser encore sur ses casiers connectés réfrigérés. Me Gobour indique que l'audit indépendant commandé par le gouvernement sur l'état de la société "reconnait que ces produits sont pertinents et qu'il y a un réel marché", dans la grande distribution essentiellement. Alors pourquoi aucune Shopping Box n'a encore été vendue ? "Le temps de latence entre l'identification du besoin et la prise de commande est peut-être un peu plus long que ce qui était imaginé", répond l'avocat.

WN ne compte pas pour autant se recentrer entièrement sur ce produit phare. La société rappelle qu'elle a "d'autres activités" - actuellement la fabrication d'ascenseurs pour l'entreprise SSA -. "C'est plusieurs cordes à son arc sur lesquelles on va travailler".
 

Ministre et élus réunis demain à Amiens


Dans un communiqué, Brigitte Fourré (maire d'Amiens) et Alain Gest (président d'Amiens Métropole) "prennent acte" du placement en redressement judiciaire et mettent la pression sur Nicolas Decayeux : "la période de redressement accordée doit impérativement être mise à profit par WN pour concrétiser, dans les meilleurs délais, des contrats dans les domaines d’activité jugés les plus porteurs par l’audit commandé par les services de l’Etat."

Les deux élus se disent prêts "à s'engager aux côtés de l'Etat et de la Région pour contribuer à tout ce qui pourrait conduire à diversifier la ré-industrialisation du site et permettre l’emploi des salariés de WN qui ne doivent pas rester au bord du chemin". "Un premier rendez-vous avec un cabinet mandaté par l’Etat a lieu ce jour", indique le communiqué.
 
Demain mardi, le gouvernement dépêchera l'un de ses membres à Amiens. Agnès Pannier-Renacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances. Son cabinet annonce qu'elle tiendra une "réunion de travail" avec des représentants des salariés WN et les élus du territoire, "au sujet de la situation de l'entreprise et de l'avenir industriel du site". Le président de région Xavier Bertrand pourrait s'y rendre, après avoir fait le déplacement (et évité notre caméra) à l'usine WN cet après-midi.
 


La semaine dernière, la préfecture de la Somme n'hésitait pas à évoquer, déjà, "la priorité (...) de reclasser sur le site ou dans le bassin d’emploi d’Amiens les salariés de WN."
 

Précisions juridiques

Depuis l'ouverture du redressement judiciaire, deux individus ont un rôle essentiel à jouer dans l'avenir de WN.
 

  • L'administrateur judiciaire. Il co-dirige désormais l'entreprise avec Nicolas Decayeux. Il a le pouvoir de prononcer des licenciements économiques. Sa mission est de protéger l'entreprise, et non son dirigeant, qu'il peut d'ailleurs faire écarter totalement voire poursuivre (s'il s'avère que l'intéressé a commis une faute).
     
  • Le procureur de la République. Il dispose d'un droit d'investigation pour comprendre comment la société en est arrivée à la cessation de paiement. Il a également le pouvoir d'entamer des poursuites pénales contre le repreneur, s'il s'avère qu'une faute de cet ordre a été commise. 
     

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