Élections européennes. "C'est une ville qui m'a forgé politiquement" : Léon Deffontaines choisit Amiens pour le premier meeting de la liste communiste

Le communiste Léon Deffontaines, tête de la liste du PCF et des alliés pour les élections européennes, a choisi Amiens, sa ville natale, pour son premier grand meeting. Il y a parlé, entre autres, de l'impact des politiques européennes sur l'industrie, se présentant comme une alternative au libéralisme.

Le choix du lieu n'est pas un hasard. Pour son premier grand meeting, Léon Deffontaines a choisi Mégacité, à Amiens, ville où il est né et a grandi. "C'est un symbole personnel, parce que c'est là que j'ai grandi, c'est une ville qui m'a façonné, qui m'a forgé politiquement, confie le candidat de 27 ans, invité dans le 19/20 de France 3 Picardie quelques minutes avant son meeting. Mais c'est aussi un symbole politique, car la Somme est un département qui a beaucoup à apprendre à nos responsables politiques, parce qu'il a connu avant tout le monde les politiques libérales européennes désastreuses, qui a connu les mises en concurrence des travailleurs, notamment avec la fermeture de Goodyear."

"Chaque délocalisation est un coup de poignard"

C'est d'ailleurs sur l'histoire industrielle et sociale de la Picardie qu'il s'est appuyé, dans son discours, pour faire passer ses idées. "Amiens a toujours été le cœur vif de notre industrie. Depuis 40 ans, chaque traité de libre-échange, chaque délocalisation, est un coup de poignard, et nous le savons, quand le cœur s’éteint, c’est tout le corps qui s’arrête. Alors, permettez-moi ce soir d'avoir une pensée, un souvenir, pour le licenciement des 1143 salariés de l’usine Goodyear, au 113 salariés de Continental à Compiègne, aux 120 salariés du groupe Whirlpool, et tant d'autres", a-t-il déclaré.

Plus actuel, il évoque sur notre antenne la situation de l'usine Metex Noovistago d'Amiens Nord, récemment placée en redressement judiciaire. "C'est symptomatique d'une Europe qui nous mène droit dans le mur", estime-t-il. D'après la direction de cette entreprise, qui fabrique de la lysine, un acide aminé utilisé dans l'alimentation animale, c'est le prix du sucre et la concurrence chinoise qui a provoqué ses difficultés financières. Léon Deffontaines prend justement cet exemple pour formuler ses propositions au niveau européen. Rétablissement de quotas sur le sucre, augmentation des droits de douanes pour contrer la concurrence chinoise, régulation du prix de l'électricité... "Ce sont trois sujets européens que je souhaite prendre à bras-le-corps", assure-t-il. 

Une concurrence rude à gauche

Fabien Roussel, dont il était porte-parole pendant la campagne présidentielle 2022, était également présent à Mégacité pour le soutenir. Mais l'Amiénois ne représentera pas seulement le parti communiste pendant cette campagne, car il est aujourd'hui à la tête d'une liste rassemblant sous la même bannière le PCF, la Gauche républicaine et socialiste (GRS), les Radicaux de gauche et l'Engagement, mouvement fondé par Arnaud Montebourg en 2021.

"Ce soir, ce meeting ici à Amiens, marque l'acte fondateur d'un nouveau rassemblement de la gauche, la gauche unie pour le monde du travail. Ce rassemblement de la gauche commence ici et compte bien s'inscrire dans le paysage politique et notamment européen", a clamé Léon Deffontaines devant ses sympathisants. 

S'il se réclame d'une "gauche unie", plusieurs listes de gauche sont en concurrence dans cette élection, comme celles du Parti socialiste menée par Raphaël Glucksmann, celle de la France insoumise menée par Manon Aubry ou encore celle d'Europe-Écologie-Les Verts avec Marie Toussaint à sa tête. 

Le libéralisme dans le viseur 

Il a également évoqué longuement la ratification du traité de Lisbonne en 2007 qui s'est faite malgré la victoire du "non" au référendum sur le traité constitutionnel deux ans plus tôt, en 2005. À l'époque, l'événement avait été vécu par une trahison pour les partisans du non. "L'Europe s'est construite sur une fraude démocratique parce qu'elle n'a pas respecté le choix des peuples, estime-t-il. En 2005, les Français ont dit qu'ils voulaient une Europe, mais pas cette Europe-là." Il accuse notamment "la droite et les socialistes de Mr Glucksmann", l'un de ses principaux concurrents à gauche, tête de la liste socialiste. "Ils nous ont piétiné, ils nous ont méprisé, (...) et pour quel résultat ? De l'austérité et des accords de libre-échange en pagaille", fustige-t-il. 

Il attaque fermement les politiques libérales et déclare vouloir "porter nos colères vis-à-cis de cette Europe libérale et construire une autre Europe, agir pour l'emploi, pour la production, pour les services publics."

Encore huit semaines de campagne

Des arguments qui semblent avoir fait mouche auprès de son auditoire. "Léon Deffontaines incarne l'espoir d'une nouvelle gauche qui peut redonner de l'espoir aux Français, nous faire espérer de repousser l'extrême-droite et tous ces libéraux qui sont en train de détruire l'Europe, détruire nos services publics", assure un jeune militant. Un autre, plus âgé, assure que le discours du candidat communiste lui ont "réchauffé le cœur" : "il défend des objectifs pour lesquels je combats depuis longtemps, comme l'augmentation des salaires, la défense des services publics, l’égalité hommes femmes, en finir avec l'Europe ultra-libérale…"

Il reste désormais huit semaines à Léon Deffontaines pour tenter de convaincre au-delà des militants communistes jusqu'au vote du 9 juin. D'après le dernier sondage d'Harris interactive, réalisé auprès d'un échantillon d'un peu plus de 2 200 personnes, sa liste récolte pour le moment 3 % d'intentions de vote. Ses principaux concurrents à gauche ont une longueur d'avance : l'étude d'opinion rapport 9 % d'intentions de votes pour la liste insoumise et 12 % pour la liste socialiste. De l'autre côté de l'échiquier politique, il y aurait 17 % d'intentions de vote pour la liste présidentielle, 7 % pour les Républicains et 30 % pour la liste du Rassemblement national conduite par Jordan Bardella. Mais lors des élections européennes, l'adversaire le plus tenace reste l'abstention. En 2019, taux de participation atteignait péniblement 50 %, et à peine 42,5 % en 2014.

Avec Anthony Halpern / FTV