Fermeture d'un centre de santé, la maire d’Amiens alerte la justice : "ce serait le licenciement de 25 personnes et des patients qui ne pourraient plus se soigner"

Dans une lettre adressée au tribunal de commerce de Paris, et en particulier aux administratrices judiciaires de la Cosem, Brigitte Fouré et le maire de Saint-Etienne, alertent sur la "gravité des conséquences" des fermetures de ces centres de santé pour la population des deux villes.

"Nous, maires des communes d’Amiens et de Saint-Etienne, souhaitons attirer votre attention sur la gravité des conséquences de fermetures des centres Cosem dans nos villes, décisions, que, semble-t-il, vous êtes sur le point de prendre."

Un courrier, sous forme d’alerte, adressé au juge commissaire du tribunal de commerce de Paris, mais qui interpelle aussi le président de la République, Emmanuel Macron. "Ce sont surtout les deux administratrices judiciaires, nommées après la décision du tribunal de procéder au redressement judiciaire de l’association Cosem, que nous avons tenté de sensibiliser, car ce sont elles, en tant que substituts de la direction de l’entreprise, qui ont décidé de la fermeture des sites", explique Brigitte Fouré, maire d’Amiens.

Une affaire familiale de détournements de fonds publics

L’affaire de la Cosem, coordination des œuvres sociales, débute en mai 2023 avec l’ouverture d’une enquête du parquet de Paris sur la gestion de la structure associative. D’après nos confrères du Monde et de Radio France, l’enquête a été confiée à la brigade de répression de la délinquance économique, à la suite d’un signalement de lanceurs d’alerte, parmi lesquels des membres du comité de direction, la directrice des ressources humaines et le comité social et économique (CSE), mais aussi de la caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM).

D’après l’enquête de ces deux médias, Daniel Dimermanas, directeur général du Cosem depuis 2010, employait sa femme et ses enfants dans la structure et ses filiales. L’association de santé à caractère non lucratif, créée après la guerre, en 1945, est depuis financée par des fonds publics. L’enquête révèle que la famille "se verse des rémunérations importantes et multiplient les frais indus, entre séjours dans des hôtels de luxe, caviar et Uber, et jusqu’à des dizaines de milliers d’euros par an." La famille aurait également créé plusieurs sociétés satellites, dirigées par les enfants, auxquels le Cosem confie des tâches autrefois assurées au sein de la structure (fabrication de prothèses, télétransmission, formation…). "Des salariés du Cosem sont amenés à travailler pour ces structures prestataires, en toute illégalité." Des faits pouvant être qualifiés d'abus de confiance, de prise illégale d'intérêt, d'escroquerie à la sécurité sociale et de détournement de fonds publics.

25 salariés et des patients sur le carreau

Le Cosem, qui compte 17 centres en France, est présent en Île-de-France, à Rouen, Amiens, Caen, Lyon, Marseille, Orléans et Saint-Etienne. Sur son site internet, il affiche ses chiffres : deux millions de consultations médicales et dentaires par an, assurées par 700 praticiens.

Celui d’Amiens doit fermer ses portes samedi 17 février, à la suite de la décision du tribunal de commerce de Paris. Le centre de soins pluridisciplinaires, situé rue des Trois-Cailloux, emploie 25 salariés et a réalisé plus de 45 000 actes médicaux et dentaires en 2023, d’après la mairie, qui insiste, dans son courrier, sur la nécessité de son maintien dans la commune. "Malgré nos efforts inlassables, nos villes sont ce qu’il convient d’appeler des déserts médicaux… La pertinence et l’utilité de ces centres ne peut faire l’objet d’un débat tant les chiffres des consultations sont parlants. [Sans eux], les possibilités ne se résumeraient autrement qu’aux urgences déjà saturées."

En 2022, près de 80 000 médecins généralistes salariés ou libéraux exercent en France hexagonale, soit une densité de 123 praticiens pour 100 000 habitants. Dans les Hauts-de-France, la densité est de 118 praticiens pour 100 000 habitants, soit un chiffre inférieur à celui de la France. "C’est important d’éviter cette fermeture, car ce serait le licenciement de 25 personnes et des patients qui ne pourraient plus se faire soigner", ajoute Brigitte Fouré.

Après la décision du redressement judiciaire, fin mai, 14 offres de reprises de l’association nationale ont été enregistrées par le tribunal de commerce de Paris. Malgré ces propositions, la fermeture a été actée. La maire d’Amiens espère, par ce courrier, relancer l’étude de ces offres par les administratrices judiciaires et "de suspendre les fermetures annoncées".