"J'ai vu des scènes de chaos cette nuit" : écoles prises pour cible, commerces incendiés et pillés à Amiens après la mort de Nahel à Nanterre

Alors que des heurts ont éclaté dans plusieurs villes de France, pour la deuxième nuit consécutive, la ville d'Amiens a été le théâtre de violences dans trois quartiers. Plusieurs dizaines de feux de voitures ont été recensés et 7 personnes ont été interpellées.

La tension n'est pas redescendue à Amiens. Des violences ont encore éclaté dans trois quartiers de la ville : Étouvie, Amiens Nord et La Salamandre. 

La préfecture de la Somme recense plusieurs dizaines de feux de voitures. 140 agents des forces de l'ordre ont été engagés dans la nuit de jeudi 29 à vendredi 30 juin et ainsi que 130 pompiers du SDIS.

Les premiers heurts ont éclaté dans la soirée, notamment dans le quartier d'Étouvie qui a subi le plus de dégâts. Plusieurs voitures ont été incendiées au milieu de la route, avenue de la Commune de Paris, pour faire barrage aux forces de police. "Il y a eu beaucoup de bruits de pétards, des personnes sont descendues pour sauver et bouger leurs voitures", relate un habitant du quartier.

Premier adjoint sécurité mairie d'Amiens, Hubert de Jenlis était d'astreinte cette nuit. "Je suis resté jusqu'à 4h du matin devant un mur d'images au centre de supervision de l'urbain de la ville, cela permet de se coordonner avec les forces de l'ordre et les pompiers, explique-t-il. Ce que j'ai observé, ce sont de très jeunes gens cagoulés prêts à mettre la ville à sac, j'ai vu des scènes de chaos cette nuit."

"Ce ne sont pas des révoltes de quartier parce que c'est complètement déconnecté par rapport à la mort de ce jeune homme (ndlr, de Nahel à Nanterre), poursuit Hubert de Jenlis. Ces jeunes cagoulés dressent des barricades, incendient des véhicules et pillent les commerces. Ils sont très mobiles, ils s'éparpillent quand les forces de l'ordre arrivent et ils se regroupent ensuite, mais ils ne vont pas au contact."

"On a été pillé, volé, on est révolté"

Dans le quartier d'Amiens Nord, le tabac du Colvert a été vandalisé. "On a été pillé, volé, on est révolté, ça fait deux ans que l'on est là, ça pénalise tout le quartier, nous confie Agnès Haleine, cogérante du tabac. Nous, on y est pour rien."

Dans le quartier du colvert, la route est barrée à partir de la place du marché, la carcasse d'un semi-remorque est toujours présente ce vendredi matin. "Vers 3h du matin, ils ont arrêté un camion, ils ont fait descendre le chauffeur et ils l'ont incendié", raconte Hubert de Jenlis.

Des commerces ont aussi été pillés dans le quartier Sud-Est, rue de Cagny. Le supermarché Spar a été dévalisé puis incendié. Un tabac a été aussi vandalisé. "Ils sont allés dans une salle de stockage de colis et ils ont tout pillé", rapporte le premier adjoint sécurité de la mairie.

Plusieurs jeunes ont essayé de rentrer dans la prison, située avenue de la Défense Passive. Des voitures ont été incendiées juste devant. "J’ai eu très très peur cette nuit, les flammes montaient, on avait peur que ça arrive jusqu’à la maison, on ne comprend pas. On comprend la colère, mais pas qu’on s’attaque à nous, ça n’a pas de sens, je suis très choquée", nous confie une résidente en pleurs.

"S’en prendre à des écoles, c’est traumatisant pour les enfants"

Des établissements scolaires ont également été pris pour cibles. Dans le quartier Saint-Ladre, la toiture de l'école maternelle Michel-Ange a été incendiée. "On est écœuré, on ne comprend pas qu’on puisse s’attaquer à une école, on devait faire la fête de l'école... On ne sait même pas si on reverra nos élèves", déplore une institutrice devant le bâtiment en partie détruit.

"C’est un désastre, c’est affligeant, s’en prendre à des écoles, c’est traumatisant pour les enfants", ajoute Patrice Nicole inspecteur éducation nationale. "C’est notre école, celle de ma femme quand elle était petite, de nos enfants. On fait partie du quartier nord, mais on a cet esprit de village, comment voulez-vous que l'on explique ça à un enfant de 4 ans ?", se désole un parent d’élève.

Même constat du côté du quartier d'Amiens Sud-Est, rue de Cagny c'est l'école Jacques-Prévert qui a été vandalisée. Les constatations sont en cours dans l'établissement qui reste fermé ce vendredi 30 juin.

"Quel est le sens quand on brûle une école, un centre pour jeunes ? Quel est le symbole quand on crame une salle de boxe ? Les premières victimes, ce sont les habitants, c'est scandaleux", affirme Hubert de Jenlis.

"La mairie va tout faire pour mettre en place des solutions alternatives et réorganiser les services de la ville, notamment le service d'état civil", promet-il.

Dans le reste de la région, des violences ont eu lieu également dans l'Aisne et dans l'Oise ainsi que dans le Nord et le Pas-de-Calais.