Lubrizol : “On est en train de nous faire crever”, estiment les agriculteurs de la Somme

Les agriculteurs ont déversé du lait sur le barrage de policiers à défaut de pouvoir atteindre la préfecture samedi 12 octobre 2019 / © Mathieu Maillet / FTV
Les agriculteurs ont déversé du lait sur le barrage de policiers à défaut de pouvoir atteindre la préfecture samedi 12 octobre 2019 / © Mathieu Maillet / FTV

Les agriculteurs ont exprimé leur colère ce samedi matin en déversant 15 000 litres de lait à quelques mètres de la préfecture de la Somme. Après l'incendie de l'usine Lubrizol, alors que les analyses réalisées sur le lait sont réglementaires, la reprise de la collecte n'est toujours pas autorisée.

Par Eline Erzilbengoa

Les agriculteurs de la Somme, touchés par l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen le 26 septembre dernier, ont tenu à faire part de leur incompréhension ce samedi matin. En guise de symbole, ils ont déversé 15 000 litres de lait à quelques mètres de la préfecture à Amiens. Stoppés par les forces de police, ils n'ont pas pu approcher davantage le bâtiment. 

"Nous avons voulu réaliser une opération choc car dans l'indifférence de tout le monde, les agriculteurs jettent leur lait, aujourd'hui cela devient beaucoup trop difficile pour eux", confie Denis Bully, président de la FDSEA Somme.
 


Pas de reprise avant l'avis de l'ANSES

Alors que le ministre de l'Agriculture annonçait vendredi que les analyses effectuées sur le lait, après l'incendie de l'usine Lubrizol, étaient conformes à la réglementation et sans traces de contamination, la reprise de la collecte n'a pas été autorisée. 

"Ce soir, contrairement aux annonces faites par le ministre, il semble que les services de l'Etat ne peuvent modifier les arrêtés préfectoraux et permettre la reprise de la collecte de lait avant que l'ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire et de l'alimentation) n'ait publié son avis", indiquait l'interprofession laitière vendredi soir. 

Mais le temps presse pour les agriculteurs qui ne peuvent pas attendre un jour de plus dans ces conditions. "On est en train de nous faire crever, les politiques ne savent pas comment se passe la vraie vie, c'est le ventre mou de notre société et malheureusement notre administration attend leurs ordres", lance Hervé Drouvin, éleveur à Airaines. "Faites dormir des agriculteurs qui jettent leur production, économiquement et psychologiquement, c'est insupportable", poursuit-il. 
 

Quid des indemnisations ? 

En ce qui concerne les indemnisations, celles-ci ne pourront être débloquées qu'après la levée des restrictions. Au total, 312 producteurs laitiers sont concernés dont 109 dans la Somme.
 

Les agriculteurs craignent également des répercussions à long terme notamment pour leur image : "L'image de marque de nos produits de l'agro-alimentaire français est en train de décliner, on n'avait pas besoin de cet événement-là pour enfoncer d'avantage l'agriculture des Hauts-de-France", déplore Denis Bully.
 

Réponse de la préfecture

La préfète de la Somme qui "entend et comprend la colère et les demandes des exploitants agricoles" a obtenu que l'ANSES se réunisse ce samedi afin de répondre au plus vite aux agriculteurs.

Une cellule de crise agricole a été mise en place le 10 octobre. Les premières estimations des pertes et surcoûts subis par les exploitants sont en train d'être analysés. Une seconde cellule sera organisée mardi 15 octobre.
 
Sans réponse des autorités, les agriculteurs ont fait savoir qu'ils continueraient à maintenir la pression.
 

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