"M. Dupont-Moretti, on mérite mieux que du mépris" : les greffiers en grève dénoncent un manque de reconnaissance de la profession

"Les greffiers en colère" sont en grève ce lundi 3 juillet. Ils protestent contre un projet de revalorisation salariale et dénoncent le "mépris" dont leur profession fait, selon eux, l’objet depuis des années.

Ce lundi 3 juillet, les greffiers se mobilisent partout en France. Les quatre syndicats représentatifs au sein des services judiciaires ont déposé un préavis de grève pour protester contre un projet de nouvelle grille indiciaire qui va désavantager les greffiers, selon eux. 

Cette mobilisation a débuté lundi 26 juin de manière spontanée, hors syndicats, provoquée par un projet de revalorisation salariale qui désavantagerait les greffiers. L'intersyndicale, comprenant l'UNSA Services judiciaires, la CGT des chancelleries et services judiciaires, SDGF-FO (syndicat des greffiers de France) et la CFDT-Interco Justice, avait été reçue ce jour-là au ministère de la Justice sans obtenir de résultat. Elle avait estimé qu'aucune discussion sérieuse sur leurs revendications n'avait eu lieu et avait regretté dans un communiqué commun, un bilan "bien insuffisant et bien laborieux".

De son côté, le ministère de la Justice a "décidé d'établir un calendrier qui commence dès le 4 juillet par une réunion sur les conditions de reclassement", en rappelant que la rémunération des greffiers a augmenté de 12% en trois ans.

Une réponse qui n'a pas convaincu. Ce lundi 3 juillet, la quasi-totalité des greffiers sont en grève dans la région des Hauts-de-France. À Lille, plus d'une trentaine de greffiers se sont rassemblés sur les marches du Palais entonnant une chanson directement adressée au ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti.

Venus de Soissons, Compiègne et Laon, les grévistes ont choisi de se rassembler ensemble dans la ville préfectorale de l'Aisne : "on a essayé de se regrouper parce qu'on est des petites juridictions, l'impact est plus fort", justifie Cécile Martel, greffier au PJ de Compiègne. Une petite juridiction pour une même charge de travail : "on ne va pas se mentir, c'est du foutage de gueule, ajoute la jeune greffière. On a toujours fait notre travail dans la discrétion. Peu importe les difficultés qu'on a rencontrées. Cette grille, c'est la goutte d'eau."

"C’est une revalorisation qui n’en est pas une"

Comme ses collègues, elle dénonce un manque de reconnaissance pour un travail de plus en plus prenant. "Au quotidien, ce sont des heures d'audience jusqu'à des 22h. À la fin du mois, à Compiègne, si on dépasse douze heures supplémentaires, le 1er du mois d'après, tout est décrété. C'est cadeau pour la Justice. Ce sont des piles de dossiers partout. On manque de moyens et on manque forcément de personnel."

"On va perdre plusieurs années d’ancienneté alors qu’à côté de ça, on a des catégories comme les secrétaires administratifs, qui eux ont vu leur statut, leur revalorisation mise en place et nous, rien, déplore Michaël Dhordain, greffier principal au TJ de Laon. Prétendre une revalorisation alors qu'en fait, on va juste avoir 4 euros de plus par mois, ça, on n'en peut plus. On a des collègues qui, en faisant une projection de carrière par rapport à la grille actuelle, vont gagner moins en fin de carrière que ce qu’ils gagneraient avec la grille actuelle. C’est une revalorisation qui n’en est pas une. On se moque de nous."

Une opinion partagée par les greffiers d'Amiens. "M. Dupont-Moretti, on mérite mieux que du mépris" peut-on lire sur les pancartes. "Rappelons-nous ce qu'est un greffier, clame une gréviste au nom de ses confrères, puisque apparemment beaucoup l'ont oublié. Sa place est pourtant incontournable et essentielle dans la machine judiciaire. Il accueille les justiciables, les avocats, les partenaires institutionnels ou non, les services de police et de gendarmerie. Ils mettent en forme les dossiers et les décisions. Ils préparent les audiences, convoquent les partis et notifient les décisions. Ils tiennent les audiences, assistent les magistrats et authentifient les actes. Ils sont les garants de la procédure tout au long de son déroulement. Il s'ensuit que sans sa signature, les décisions, les jugements ou les arrêts n’auraient aucune valeur et aucun effet."

Une définition à laquelle la greffière rappelle qu'il "n’y a aucun autre exemple dans l’administration où un agent de catégorie B valide les actes d’un agent de catégorie A." Le greffier est un agent de la fonction publique de catégorie B, ce qui signifie un salaire plus bas que celui des magistrats, agents de catégorie A. Une nuance qui, selon les grévistes, empêcherait de reconnaître un greffier à sa juste valeur. 

"On a revalorisé les magistrats à juste titre puisqu'il y en avait besoin, reconnaît Marion Pasté, greffière au tribunal d'Amiens, mais augmenter la revalorisation des magistrats, augmenter le nombre de magistrats sans augmenter le nombre de personnels de greffe pour mettre à exécution leurs décisions, ça ne va pas. On est surchargé. Au bout d'un moment, tout le monde se met en arrêt. On tombe comme des mouches et on se retrouve avec une justice paralysée."

Audiences reportées

La plupart des audiences prévues ce lundi 3 juillet ont été reportées. À Lille, le procès Castelain est renvoyé au 12 février 2024.

À Compiègne, "aucun greffier ne travaille, annonce Cécile Martel. Ce sont les adjoints administratifs qui vont subir cette grève pour essayer de faire fonctionner un minimum la juridiction."

"Mais en fait, les audiences vont toutes faire l'objet de renvoi, affirme Michaël Dhordain, parce que sans nous, elles ne peuvent pas avoir lieu. Les adjoints administratifs, qui sont habilités, le sont pour zéro euro en plus. Ils font les fonctions de greffiers, mais à la fin du mois, ils n'ont rien en plus."