Stage obligatoire en seconde, la galère des élèves : "j’ai été obligée de sortir de la région pour en trouver un"

Cette année, fin juin, tous les élèves de seconde doivent avoir décroché un stage d’observation en seulement six mois. En Picardie, parmi les 15 300 élèves de seconde, beaucoup n’ont encore rien trouvé à deux mois de la fin de l’année scolaire. Une plateforme est mise à leur disposition pour les aider dans leur recherche.

Comme de nombreux lycéens, à deux mois du début du stage de seconde, Erin n’a toujours pas trouvé d’entreprise. Élève de seconde générale au lycée de la Hotoie, à Amiens, elle n’a pourtant pas chômé. Depuis le mois décembre, elle recherche un stage dans le secteur de la santé. Un vrai défi pour cette lycéenne de 15 ans qui a déjà déposé une vingtaine de candidatures. "Dès que les professeurs nous ont parlé de ce stage, je suis allée dans les pharmacies et chez certains médecins à Flixecourt et aux alentours. Mais c’est compliqué dans la santé. Tous ont refusé en me disant que j’étais trop jeune et qu’avec le secret médical, ce n’est possible de faire un stage. J’ai essayé l’hôpital d’Amiens aussi et six opticiens. Aujourd’hui, je m’apprête à démarcher des pharmacies à Amiens, après les cours." Comme Erin, ils sont nombreux à ne pas encore avoir décroché leur stage d’observation en entreprise.

Un nouveau stage et un délai très court

Cette année, les élèves de seconde inaugurent un nouveau dispositif mis en place par le gouvernement Attal : le stage d’observation en entreprise. Annoncé au bulletin officiel le 26 novembre 2023, ce stage de deux semaines sur une date fixe, du 17 au 28 juin 2024, doit être effectué par tous les élèves de classe de seconde générale et technologique scolarisés dans les établissements scolaires publics et privés sous contrat. Ce stage est présenté par le ministère de l’Éducation nationale comme un outil supplémentaire pour "approfondir la découverte des métiers et préparer l’orientation." Une occasion pour ces jeunes lycéens de faire connaissance avec le monde du travail, mais aussi de commencer à construire un projet professionnel. L’objectif est aussi de limiter l’absentéisme des élèves de seconde en fin d’année, qui se retrouvent souvent sans professeurs, occupés à l’organisation des épreuves du baccalauréat.

À ces dates, on est en concurrence avec les étudiants en fac d’art. J’ai été obligé de sortir de la région pour trouver un stage.

Sasha, élève de seconde art et design au lycée Branly, à Amiens

Depuis l’annonce de cette nouvelle mesure, fin novembre, les académies ont dû activer la communication aux familles. Six mois pour trouver un stage, un délai très court. Certains élèves ont fait appel aux réseaux de leurs parents. Sasha, élève de seconde en art et design au lycée Branly, à Amiens, a, elle aussi, commencé ses recherches dès le mois de décembre. Elle visait un stage en cohérence avec sa filière. "J’ai déposé ma lettre de motivation et mon CV au Musée de Picardie, à la Briqueterie, à la maison Jules Verne et j’ai appelé tous les artisans d’art à Amiens. Ils ont décliné ma demande. Ils ne prenaient pas stagiaires ou ils n’avaient déjà plus de place. À ces dates, on est en concurrence avec les étudiants en fac d’art. J’ai été obligée de sortir de la région pour trouver un stage."

Un luthier de Lille a finalement accepté sa candidature pour la première semaine. La deuxième semaine, elle effectuera son stage au musée Masséna, à Nice. Sans l’aide de sa mère, Sasha n’aurait pas pu trouver un stage dans la culture. "Même en dehors de la région, ça a été difficile. Le Louvre-Lens ne prenait pas de stagiaire de seconde. Chez les restaurateurs de tableaux, ils ne prennent pas de stagiaires. Je pensais que ce serait plus simple", s’étonne Marie, la mère de l’adolescente. "J’ai dû activer mon réseau personnel et familial pour lui trouver ce stage et surtout l’hébergement. Et ce n’est pas gratuit. Au total, entre l’essence pour aller à Lille, la carte de métro, le billet d’avion pour Nice, il y en a pour 450 €", témoigne-t-elle.

Une plateforme de recrutement

Pour les jeunes qui ne bénéficient pas d’un tel réseau familial, il reste la plateforme numérique "Un jeune, une solution", mis en place par le gouvernement. Elle permet de mettre en relation les professionnels et les candidats au stage.

Le délai est très court et malheureusement, on ne pourra pas répondre à toutes les demandes.

Fabien Bertheloot, référent académique stage de seconde au rectorat d’Amiens.

Chaque académie publie les offres de stages dans sa région. "Nous mobilisons tous nos réseaux d’entreprises publiques, privées, dans les administrations, les associations. Pour l’instant, on n’en est qu’au début. La moitié des offres provient du rectorat d’Amiens. Nous souhaitons offrir un stage à ceux qui n’ont pas la possibilité d’en trouver par eux-mêmes. On vise à réduire les inégalités, c’est notre vocation. On espère que les entreprises vont répondre à notre appel, mais nous sommes bien conscients que le délai est très court et malheureusement, on ne pourra pas répondre à toutes les demandes", justifie Fabien Bertheloot, référent académique stage de seconde au rectorat d’Amiens.

L’académie compte 3 801 élèves de seconde dans l’Aisne, 7 121 dans l’Oise et 4 337 dans la Somme. En tout, 15 295 élèves doivent trouver un stage à la même date, sans compter les demandes faites par les étudiants en bac pro, CAP, prépas et fin de master. Un challenge pour tous ces jeunes lycéens.

Nous avons encore 200 offres à l’études avant publication et d’autres vont encore arriver au mois de mai.

Fabien Bertheloot, référent académique stage de seconde au rectorat d’Amiens

L’académie d’Amiens a déposé plus de 800 offres sur la plateforme depuis le 26 mars dernier, date du lancement de l’outil. 1 000 candidatures ont été déposées par les élèves et une centaine de stages a été validée. Questionnés sur le sujet, les élèves que nous avons rencontrés sont unanimes : la plateforme n’offre pas de stages suffisamment diversifiés. Il s’agit, dans la plupart des cas, de postes dans le tertiaire et l’enseignement. Mais, d’après Fabien Bertheloot, la plateforme devrait bientôt s’étoffer. "Nous avons encore 200 offres à l'étude avant publication et d’autres vont encore arriver au mois de mai. Bientôt, nous aurons des stages dans le social, la santé, le bâtiment, le commerce, la distribution, l’environnement, la culture et l’art. Nous allons demander à la région de mobiliser leurs partenaires. Il va y avoir une montée en puissance des propositions de stage. Pour les élèves qui recherchent, il faut se rendre chaque jour sur la plateforme 'Un jeune, une solution', car les offres sont renouvelées régulièrement."

Une participation active des lycées

Certains établissements ont pris les devants. Le lycée Thuillier, à la cité scolaire d’Amiens, a fait appel aux bonnes volontés des parents qui disposeraient de stages dans leurs entreprises. Celles-ci sont invitées à se faire connaître jusqu’au 21 avril. Ces futurs partenaires seront ensuite conviés à un job-dating avec les élèves qui le souhaitent.

La difficulté est que nous avons un taux élevé d’élèves de milieux défavorisés qui n’ont pas de réseau personnel.

Dominique Haraut, proviseur du lycée Léonard de Vinci.

D’autres établissements, comme le lycée Léonard de Vinci, à Soissons, n’ont pas attendu la convention de stage officielle, qui a été envoyée très tard aux établissements. "Nous avons fabriqué notre propre contrat de stage en partant du modèle de la convention pour les élèves de 3e et nous l’avons distribué dès le début du mois de février", explique Dominique Haraut, proviseur du lycée Léonard de Vinci.

Mi-avril, seuls 30 % des élèves avaient rendu leur convention signée sur 148 élèves de seconde. "Nous proposons des stages également au lycée, dans l’accueil, la maintenance, la restauration. Nous avons lancé une opération séduction auprès des entreprises du territoire et nous essayons de contacter des associations. La difficulté est que nous avons un taux élevé d’élèves de milieux défavorisés qui n’ont pas de réseau personnel. Et beaucoup ne répondent pas à nos propositions. Après les vacances de Pâques, nous ferons un bilan des élèves qui effectueront le SNU", ajoute le proviseur.

Le SNU (service national universel) est une option possible pour être dispensé de stage d’observation. Les élèves qui n’auront pas trouvé de stage avant le mois de juin devront se rendre en cours jusqu’à la fin de l’année scolaire.