Un mammouth géant s'installe au musée de Picardie pour une grande exposition sur la Préhistoire

À partir du mois de mars, le musée de Picardie à Amiens proposera sa première grande exposition sur la Préhistoire. Les visiteurs pourront y découvrir la reproduction d'un squelette de mammouth laineux, des animaux empaillés sortis spécialement des réserves du musée, mais aussi des statuettes encore jamais dévoilées au grand public.

C'est un invité de marque, mais qui prend un peu de place. Un mammouth laineux de trois mètres, ou plutôt la reproduction de son squelette, a élu résidence au musée de Picardie, à Amiens. Il est arrivé du muséum d'histoire naturelle de Lille en pièces détachées, c'est plus simple pour le transport.

Il est en fait le jumeau factice du mammouth de Liakhov, un mammouth retrouvé en Sibérie il y a plus de 100 ans. "C'est un mammouth très ancien dans l'histoire des découvertes de mammouths, il est issu du dégel du permafrost, explique Agathe Jagerschmidt-Seguin, conservatrice des collections archéologiques, des Antiques et de l'histoire naturelle au musée de Picardie. C'est un mammouth laineux, le tout dernier représentant de l'espèce."

Une matinée de montage

Cette reproduction a été fabriquée en 2002 afin de permettre aux curieux du monde entier de découvrir le mammouth de Liakhov. "Son premier voyage a été en Nouvelle-Calédonie. Il a été aussi en Australie, il a été partout en France, en Suisse aussi..., précise Jacques Thiney, taxidermiste-conservateur qui s'occupe chaque fois du montage et du démontage de la bête.

Il l'a fait plus d'une vingtaine de fois, et ce n'est pas toujours facile. "Je suis toujours un peu fébrile", admet-il. Après avoir été dépoussiéré et légèrement retouché par une restauratrice de sculpture du musée, le mammouth est délicatement monté pièce par pièce, en équipe. Une opération qui a pris une matinée. À l'issue, Jacques Thiney se dit soulagé. "Il y a eu des passages difficiles, notamment avec les défenses, ce n'est pas évident du tout. À chaque fois, c'est un challenge. Ça dépend aussi des gens qui sont avec vous, si ce sont des gens vraiment positifs, et là, c'était le cas."

Ce majestueux mammouth sera l'une des pièces maitresses de l'exposition temporaire dédiée à la Préhistoire, placée de manière à accueillir les visiteurs. "Il fallait faire quelque chose de spectaculaire, mais ce n'est pas faire du spectaculaire juste pour faire du spectaculaire. Il fait naître un questionnement. On accueille dans l'exposition le visiteur par ce mammouth et on lui dit immédiatement, 'interrogez-vous sur vos clichés sur la Préhistoire', précise Agathe Jagerschmidt-Seguin. Moi la première, quand on me dit Préhistoire, je pense mammouth. Et en travaillant avec les archéologues, j'ai eu conscience que les derniers mammouths disparaissent en même temps que se construisent les pyramides d'Égypte. Il y a comme un petit décalage ! Je me suis dit que c'était ça aussi qu'il fallait raconter aux gens."

Des animaux empaillés

Mais l'exposition réserve d'autres surprises avec notamment des animaux empaillés. "On a créé tout un cortège qui doit évoquer les faunes que les hommes préhistoriques ont pu rencontrer, détaille Agathe Jagerschmidt-Seguin en dévoilant un ours brun naturalisé. C'est un ancien pensionnaire du zoo, décédé dans les années 60, et qui a été naturalisé immédiatement après."

Chat sauvage, lynx, renard, oiseaux... Plusieurs espèces seront représentées. Un auroch en résine a également été conçu pour l'occasion. "Nous l'avons commandé pour l'exposition, et ensuite, il ira au jardin zoologique de Saint-Acheul, où il accueillera le visiteur. C'est vraiment un animal emblématique de la Préhistoire", poursuit la conservatrice.

"La Préhistoire est née dans la Somme, et elle continue d'y vivre"

Agathe Jagerschmidt-Seguin, conservatrice au Musée de Picardie

Il reste encore beaucoup de travail pour les équipes du musée, qui s'attelleront pendant plusieurs semaines à l'installation de l'exposition. Elle dévoilera des objets encore jamais montrés au grand public, notamment une série de statuettes féminines découvertes en même temps que la Vénus de Renancourt. "J'aimerais bien que les gens, en sortant de l'exposition, se soient construit un nouvel imaginaire sur la Préhistoire, qui soit peut-être un peu plus juste, en tout cas à l'aune de ce que l'on sait aujourd'hui. Et surtout, un imaginaire à base d'images de la Somme. La Préhistoire est née dans la Somme, et elle continue d'y vivre." L'exposition ouvrira le 23 mars et durera sept mois