"J'ai la boule au ventre" : factures d’électricité, l’heure de vérité pour les petites entreprises

Jusqu'ici préservés, des artisans et petites entreprises se voient finalement appliquer, depuis fin février, les nouveaux tarifs d’EDF, assortis d’un rattrapage. La CPME des Hauts-de-France les enjoint à réclamer l’amortisseur-électricité du gouvernement, mais il ne compensera pas ces assommantes factures.

Les craintes d’hier se réveillent brutalement. Fin 2022, les petits professionnels, boulangers en tête, criaient à la faillite : EDF répercutait l’envolée des prix du marché de l’électricité sur leurs contrats. Début 2023, le sujet était tombé sous silence, car le fournisseur avait appuyé sur pause : les anciens tarifs s’appliquaient toujours, dans l’attente d’instructions de l’Etat. Mais à l’approche du printemps, le président de la CPME des Hauts-de-France est régulièrement interpellé par les petits patrons : "C’est maintenant que ça arrive."

Les hausses sont appliquées. Même s’il y avait un moratoire, c’est rattrapé. Ce qui me fout le plus la trouille, c’est que les chefs d’entreprises se réveillent maintenant : beaucoup n’ont pas encore demandé les aides auxquelles ils sont éligibles, alors qu’il faut le faire avant le 31 mars.

Emmanuel Cohardy, président de la CPME des Hauts-de-France

Le gouvernement propose à certaines entreprises de prendre en charge 20% de leur facture : c’est l’amortisseur-électricité. Comme le bouclier tarifaire, cette aide doit être appliquée directement par le fournisseur, après vérification d’attestations soumises par le client professionnel. En ce moment, EDF applique enfin cette mesure… et avec elle, la hausse tarifaire, avec effet rétroactif au 1er janvier.

Le dispositif est si complexe qu’on avait stoppé les factures, le temps de l’implémenter dans nos systèmes et de solliciter les entreprises pour qu’elles nous envoient les attestations. Depuis fin février, quand l’attestation est vérifiée, on envoie les nouvelles factures. Ça va se répartir progressivement jusqu’au 31 mars, voire un peu au-delà.

EDF Hauts-de-France

Selon EDF, 40% des clients éligibles n’ont pas encore envoyé leur attestation. La CPME des Hauts-de-France s’engage à faire la promotion du dispositif : "Ce serait dommage de laisser sur le bord de la route ceux qui se seront réveillés trop tard", s’inquiète son président, Emmanuel Cohardy.

Facture plus que doublée pour la supérette de Bernaville

Dans la Somme, le petit supermarché rural de Bernaville a vu sa dernière facture passer des 4 500 euros habituels à plus de 13 000 euros. La note comprend un rattrapage sur la facture précédente mais, sans cela, elle serait tout de même de 10 200 euros, le nouveau tarif. "Je ne comprends pas qu’on puisse décider de telles augmentations et surtout qu’on ose les appliquer", se désole la gérante, Florence Maréchal, qui craint cette fois de voir sa société plonger dans le rouge.

Mon comptable a fait la projection sur la base de cette facture : nous serons à -30 000 euros à la fin de l’année. On peut absorber une année, mais ça veut dire qu’on ne pourra pas embaucher, passer nos deux salariés CDD en CDI comme prévu.

Florence Maréchal, gérante de supermarché

La TPE bénéficie de l’amortisseur-électricité. Mais par rapport à l’année dernière, les prix d’EDF sont multipliés par 2,5 en heures creuses et par 4 en heures pleines. L’aide gouvernementale ne réduit l’addition que de 19,67% : elle va donc plus que doubler cette année... à moins que son dossier ne soit révisé. Elle a refait son attestation, sur conseil de son ancien maire et sénateur (LR) Laurent Somon.

Même mon comptable ne savait pas remplir le document. J’ai pas Bac+5, j’ai peut-être pas rempli les bonnes cases… alors j’ai re-coché des cases ! On en est là… J’ai la boule au ventre. On est des dommages collatéraux. Il faut vraiment que Monsieur Le Maire sache dire à EDF que c’est inadmissible et qu’il trouve une solution avec l’europe.

Florence Maréchal, gérante de supermarché

La gérante pensait renégocier son contrat historique, mais EDF lui aurait indiqué que "ce serait pire", qu’elle a déjà "le contrat le plus bas" : "Ça fait peur", soupire-t-elle.

Le fournisseur assure que "la pédagogie est devenue une grosse partie de (son) activité" et encourage ses clients en difficulté de paiement à prendre contact pour "envisager un échelonnement". À la CPME, Emmanuel Cohardy incite les petits patrons à joindre leur référent en préfecture : les numéros de téléphone sont sur internet. 

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