Les sarcophages de plomb découverts à Arras et datant du IVe siècle en cours d'analyse par les archéologues de l'Inrap

Arrivé en septembre 2021 au centre de conservation et d’étude de Ribemont-sur-Ancre, le sarcophage exhumé en juillet à Arras a été ouvert le 30 mars. Malgré l’état très abîmé du défunt, les archéologues de l’Inrap espèrent en apprendre un peu plus sur sa vie au IVe siècle.

Découverts à Arras, lors du diagnostic archéologique fait par le Service archéologique municipal en 2020 pour le premier, et lors de la fouille menée par une équipe de l’Inrap en 2021 pour le second, les deux sarcophages datés du IVe siècle, période du Bas-Empire, sont en cours d’expertise au Centre de conservation et d’étude (CCE) de Ribemont-sur Ancre.

Exhumé en juillet 2021, le second sarcophage patientait à Ribemont depuis six mois. Le premier sarcophage multiséculaire, lui, avait été ouvert en janvier 2021 à la Maison de l'archéologie du Pas-de-Calais, à Dainville.

Ce mercredi 30 mars 2022, les archéologues de l’Inrap ont donc procédé à l’ouverture du second selon un protocole précis.

Le plomb, un métal à risque

La manipulation est délicate pour ces experts qui doivent d’abord se protéger. "Les poussières de plomb sont très mauvaises pour la santé" explique Sophie Oudry, responsable d’opération. 

"Quand on a soulevé le couvercle, il a fallu être très nombreux, poursuit l’archéologue-anthropologue. On était sept à soulever le couvercle parce que c’est vraiment très lourd" .

Lourd et fragile. Enfoui sous 17 tonnes de craie et à près de trois mètres de profondeur, le sarcophage s’est écrasé sous le poids des sédiments. "En plus du sarcophage en plomb il y avait un gros coffrage en bois, et quand cette caisse de bois s’est dégradé, quand elle a lâché, tout le poids des sédiments est tombé sur le sarcophage. Le plomb est un matériau très lourd mais assez mou, il ne résiste pas très bien aux pressions. Il s’est écrasé en place et comme le premier, il n’a pas supporté le poids des sédiments au-dessus. Les indices archéologiques sont très clairs : ils ont creusé, ils ont installé le sarcophage en plomb, puis le coffrage et ils ont comblé dans la foulée".

Ce sarcophage en plomb de 400 kg, est très similaire au premier, sur son aspect extérieur. Ils présentent tous deux les mêmes motifs : un chrisme (motif paléo-chrétien où s’entremêlent les deux premières lettres du nom du Christ en grec), et une croix de Saint-André (en forme de X) qui permet de dater les sépultures au IVe siècle. Leur qualité indique qu’il s’agit probablement de sépultures de dignitaires.

Autre difficulté, l’état de conservation des ossements qui est encore plus abîmé que celui du premier. "Ce n’est pas une surpriseIl faut savoir que l’inhumation dans des sarcophages en plomb, ça ne garantit pas une très bonne conservation  regrette l’archéologue , parce que ce n’est pas très propre. En fait, l’individu baigne dans ses jus de décomposition."

"J’ai peur qu’on soit déçu"

Maintenant que le sarcophage est ouvert, Sophie Oudry va pouvoir commencer ses investigations. "D’après la position des ossements, on va essayer de collecter des informations sur l’identité biologique de l’individu, âge, sexe. Dans un deuxième temps, on verra s’il y a des signes de maladie. On a prélevé les sédiments pour les faire analyser, pour avoir des idées sur la parasitologie, sur des éléments organiques. Par exemple, est-ce qu’on pourrait avoir des restes de végétaux qui auraient été déposés ? Nous, on les voit vides ces cercueils mais les individus étaient peut-être déposés avec des bouquets de fleurs ou des couronnes de feuillage. Ça peut être des éléments qu’on peut retrouver. On n’a pas de certitude. Tout ça ce sont des hypothèses évidemment."

Pas d’hypothèses mais des questions

Quand est-il mort ? À quel moment ? Un insecte ou un rongeur peut même donner une idée de la saison à laquelle il est mort. "On a toujours un petit espoir d’avoir des trucs qui sortent de l’ordinaire. Mais l’état de conservation n’est pas optimal. J’ai peur qu’on soit déçu."

Les premiers résultats d’analyse tomberont d’ici deux mois. "On sait que c’est un individu adulte, probablement un homme avec des activités physiques assez marquées. On a des traces sur les os qui sont assez significatives. Il n’était pas enterré avec du mobilier pérenne, pas d’objets en métal parce qu’il n’a pas de collier, ni de bracelet. Il n’a pas d’arme par exemple."

Une nécropole du Bas-Empire pas comme les autres

À côté du second sarcophage en plomb, une sépulture en calcaire, a été exhumée, celle d’une femme plutôt âgée. Une tombe aussi importante mais sans objets non plus, ni mobilier, des signes qui interpellent l’anthropologue. "Dans l’antiquité tardive, on sait qu’ailleurs dans la région, et en France, les individus sont habituellement déposés dans des fosses très grandes et très profondes, mais avec beaucoup de mobiliers. On a fouillé une nécropole où les individus sont déposés avec énormément de céramiques, de la verrerie, des bijoux, des monnaies, des armes, etc. Donc beaucoup de mobiliers et là, à Arras, pas du tout donc ça nous pose question. Est-ce que c’est des populations qui sont différentes ? D’origine géographique différente ? C’est possible. Est-ce que ce sont les premiers individus chrétiens par ex, puisque sur le sarcophage, il y a des motifs chrétiens. La première question qu’on a, c’est celle-là. Pourquoi deux traitements aussi différents sur des populations qui ne sont pas éloignées, à une période identique. C’est assez étonnant".

Vendredi 1er avril, les deux sarcophages de plomb seront placés côte à côte. L’occasion pour les archéologues de les comparer et de se poser d’autres questions et qui sait, peut-être, de formuler de nouvelles hypothèses.

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