Récoltes abîmées, semis retardés, les conséquences du mauvais temps pour les agriculteurs : "je n'ai jamais connu des conditions comme ça"

Le printemps exceptionnellement pluvieux perturbe la récolte des fraises et des asperges dans les Hauts-de-France. Les sols détrempés empêchent également le maïs et d'autres semences d'être plantés. De quoi inquiéter les producteurs et les éleveurs de la région.

Les pluies incessantes de ces dernières semaines préoccupent les éleveurs, à l’image de Jean-François Clipet. C’est la première fois que sa cinquantaine de vaches laitières reste dans l’étable à cette époque de l’année. D'habitude, elles pâturent dès le 15 avril. "Je n'ai jamais connu des conditions comme ça", résume l'éleveur de Serques (Pas-de-Calais).

La récolte de maïs compromise 

Ses terres ont été inondées durant tout l'hiver. Et en cette fin mai, elles sont encore détrempées. "Je suis obligé de garder mes vaches à l'étable. Elles sont encore alimentées comme en hiver, avec la même ration."

Même s'il a "pas mal de stocks", ceux-ci sont normalement prévus pour l'hiver. Et sont notamment composés de maïs, récolté à l'automne dernier et en partie produit dans son exploitation. Mais les champs, gorgés d’eau, n’ont pas pu être semés à temps cette année. Et la terre colle.

Ça fait six semaines que le maïs aurait dû être semé ici.

Jena-François Clipet, éleveur de Serques (Pas-de-Calais)

Le rendement de la future récolte de maïs est donc compromise. "Le problème, c'est qu'on ne va pas pouvoir venir récolter ces champs-là tard en saison. [...] Ce sera du maïs qui ne sera pas à maturité, donc pas nourrissant pour les animaux, avec un rendement moindre", s'inquiète l'éleveur qui ne sait pas comment il va nourrir ses animaux l'hiver prochain. 

"La récolte est abîmée"

Ce printemps pluvieux a également des conséquences sur les cultures de fruits et légumes. À Raimbeaucourt (Nord), les champs gorgés d’eau rendent la récolte des asperges délicate. "On est dans l'eau depuis le début de la campagne. [...] La terre est complètement détrempée donc ça ne pousse plus très bien, c'est trop humide. L'asperge aime bien la sécheresse", explique Jean-Marie Delplanque, producteur d'asperges du Douaisis.

 

En ce 31 mai 2024, les allées entre les rangées d'asperges ne sont plus que des flaques. Les ouvriers et les cueilleurs ont du mal à s'y frayer un chemin.

La terre est grasse, ça casse beaucoup d'asperges donc la récolte est abîmée.

Jean-Marie Delplanque, producteur d'asperges à Raimbeaucourt (Nord)

Ces conditions météorologiques ont tendance à rendre les asperges plus dures et fibreuses. À 15 jours de la fin de la saison, Jean-Marie Delplanque s’attend à une production en baisse de "30 à 40%" du fait de la baisse de la qualité des asperges.

"Heureusement qu'il y a les cultures sous serre"

À Cappy (Somme), Mathilde Degrendel, gérante de "La cueillette de Cappy" (espace agricole ouvert au public), constate aussi les dégâts causés par les intempéries. C’est normalement la pleine saison des fraises mais le temps humide favorise la prolifération des limaces. "J'en ai jamais vu autant, elles mangent bien les fraises", constate-t-elle ce samedi 1er juin. 

Outre les lourdes pertes dans son exploitation, les averses l’ont contrainte à retarder certaines cultures. "Ça devrait être complètement semé en courge, potiron, patidou et butternut. Et en fait, il pleut tout le temps, donc on ne peut pas du tout intervenir. C'est très compliqué", souligne-t-elle. Les semis qui s'effectuent en avril-mai ont donc pris beaucoup de retard.

Avec dix fois moins de clients qu’à l’accoutumée à cette période, Mathilde compte sur les tomates, les aubergines et les courgettes d'ici à quelques semaines pour se remettre à flots.

Heureusement qu'il y a les cultures sous serre pour permettre d'avoir de beaux légumes à vendre parce que sinon, on serait un petit peu coincés. Ça nous permet de contrer les aléas climatiques.

Mathilde Degrendel, gérante de "La cueillette de Cappy"

"On espère que le reste de la saison sera beau"

À une quarantaine de kilomètres de là, à "La cueillette d'Amiens" le temps maussade décourage les clients de venir cueillir des fraises. Seuls quelques téméraires, motivés, ont fait le déplacement ce samedi matin.

Le gérant, Vincent Liénart, attendait 300 clients. Ils ne sont finalement qu’une cinquantaine. Son chiffre d’affaires en pâtit. Pourtant, en ce début juin, ses fraises ont tout pour plaire.

Elles sont tout juste à maturité, elles ne s'abiment pas encore trop donc on reste positif. [...] Elles sont quand même goûteuses et sucrées. [...] Il ne manque plus que le soleil.

Vincent Liénart, gérant de "La cueillette d'Amiens"

Le sol de cette exploitation est très drainant. "D'habitude, on est obligé de beaucoup arroser. Comme quoi, il y a toujours un côté positif ! Là, on sait que les nappes seront bien réapprovisionnées pour le reste de la saison", explique Vincent Liénart.

Le gérant de la cueillette reste confiant. "On est en Picardie, on a toujours une période pluvieuse dans la saison de cueillette. On a eu printemps assez catastrophique, donc on espère que le reste de la saison sera beau. On a réussi à implanter des cultures pour l'été et l'automne donc tout sera présent", assure Vincent Liénart.  

Le temps devrait être plus sec et ensoleillé à partir du lundi 3 juin en Picardie, selon les prévisions de Météo France. Avant l'arrivée d'une perturbation en fin de semaine. 

Avec Arnaud Moreau et Julien Guéry / FTV 

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