Restaurateurs en baie de Somme, ils devaient ouvrir le jour du confinement : "le 2 juin, pour nous, c'est une naissance"

Barbara et David Debris devaient ouvrir leur restaurant-bar-épicerie à Grand Laviers en baie de Somme le 17 mars, jour du confinement. Ils le feront finalement le 2 juin avec deux mois de retard. Deux mois qu'ils ont occupés à développer des activités qui n'étaient pas dans leur projet initial.

Le restaurant-bar-épicerie au coin de la Baie à Grand Laviers en baie de Somme devait ouvrir le jour du début du confinement.
Le restaurant-bar-épicerie au coin de la Baie à Grand Laviers en baie de Somme devait ouvrir le jour du début du confinement. © Au coin de la Baie
Au téléphone, on entend de la musique. Peut-être un bruit d'aspirateur mais ce n'est pas sûr. Puis vient la voix enjouée de Barbara. Un peu essoufflée. On se dit qu'elle doit être au four et au moulin : "je suis un peu stressée ! rit-elle. Je voudrais avoir le temps de faire tout ce qu'il y a à faire. Il reste plein de petits trucs à finaliser : plastifier les cartes, programmer l'ordinateur de caisse. Il n'a jamais été programmé puisqu'on a jamais ouvert !"

Barbara Debris est à la tête du restaurant Au coin de la Baie avec son mari David à Grand Laviers. David a grandi dans ce village de 400 habitants en baie de Somme. Pendant 9 ans, ils ont dirigé un restaurant à quelques kilomètres de là, à Cayeux-sur-Mer. Un restaurant qu'ils ont vendu pour monter Au coin de la baie. Après deux ans de projet dont une année de travaux, arrive le 13 mars et l'inauguration de leur nouvel établissement qui fait aussi bar et épicerie. Date d'ouverture prévue : le 17 mars. Jour du début du confinement. Barbara et David n'ont effectivement jamais ouvert.
 
"Ça a été la déception totale, lâche Barbara. Ça a duré quelques jours. Mais comme on est d'une nature très optimiste, on a réfléchi à ce qu'on pouvait faire. On s'est dit qu'on pouvait ouvrir quand même l'épicerie mais on ne savait pas ce qu'on pouvait faire, ce qu'on ne pouvait pas faire. On a mis beaucoup de temps à faire des recherches." Un rapide petit sondage sur la page Facebook du restaurant leur confirme qu'ouvrir l'épicerie est une bonne idée. Surtout pour vendre des produits locaux faits maison.
 

Un confinement productif

Autre idée : la mise en place d'un service traiteur. "L'épicerie était prévue dans le projet initial mais pas avec autant de produits. On va rester comme ça parce qu'il y a des gens du village, des personnes âgées qui ont pris leurs habitudes. Donc on garde le même nombre de produits. On continue nos plats à emporter. Ce n'était pas prévu au départ. Honnêtement, on n'a pas vu passer les deux mois de confinement !", s'amuse Barbara.

Il ne s'agissait pas tant de faire rentrer de l'argent que de s'occuper les mains et la tête : "on démarre de zéro et la banque a accepté de décaler notre crédit. Donc le confinement pour nous, c'est comme si les travaux avaient duré deux mois de plus. Mais ça n'a rien changé à part la frustration !"

Et malgré cette frustration, l'expérience s'est avérée positive pour toute la famille : "nos deux enfants ont beaucoup aidé, confie la maman. L'aîné m'a bien secondé à l'épicerie. La deuxième est pompier volontaire donc elle aidait quand elle pouvait. On a découvert nos enfants ! C'était très agréable de les avoir !"


Un démarrage calme

Le confinement leur également permis de finir quelques petits travaux dans le restaurant. Mais "on n'est pas prêts : l'annonce a été tellement rapide. On l'espérait mais on est passés du rouge au vert en 4 jours ! Il nous manque des choses : du mobilier de terrasse par exemple. Certains disent que le 2 juin, c'est une renaissance. Pour nous, c'est une naissance tout court !"

Alors à la veille de la réouverture autorisée de tous les bars et restaurants de France, Barbara et David sont encore en plein préparatifs. "On a quelques réservations pour mardi soir et un peu pour le week-end. C'est pas la grande folie, avoue Barbara. Je pense que les gens attendent de voir comment ça se passe."

Avec les règles sanitaires, il ne restera que 50 des 70 couverts à l'intérieur. Sur les terrasses extérieures, 10 et 20 couverts au lieu des 20 et 30 habituels."On a du tout réduire.". Pour chaque déplacement dans l'établissement, il faudra porter un masque. "C'est la réglementation". Il n'y aura pas non plus la serveuse embauchée juste avant le confinement : "on a du arrêter son contrat. Celui du responsable de salle aussi. Le cuisinier a été mis au chômage partiel, explique Barbara. Comme on n'avait pas de chiffre d'affaire, on n'a eu aucune aide. On a repris le cuisinier et le responsable de salle. On attend un peu de voir comment ça se passe pour reprendre notre serveuse."


Limiter les pertes

La carte a également changé "parce qu'on veut limiter les pertes. On n'avait pas une très grande carte mais on l'a réduite à 5 choix de chaque plat pour proposer toujours de la qualité." Et de nous proposer un crémeux de chou-fleur et son œuf parfait suivi d'une brandade de colin à la moutarde à l'ancienne. Et d'une tartelette au citron aux éclats de meringue ou d'une verrine de pommes au caramel beurre salée.

Mardi 2 juin à 8h, Barbara et David seront tous les deux-là pour l'ouverture de l'épicerie. Viendra ensuite le service de midi. Et le début de l'aventure : "Je ne sais pas si je vais dormir cette nuit. Ça fait déjà plusieurs semaines qu'on ne dort pas mais on est tellement contents de pouvoir enfin accueillir des gens dans notre restaurant ! se réjouit Barbara. C'est notre petite rentrée des classes à nous !"
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