Témoignage. Souvent les musiciens sont des sportifs qui s'ignorent : rencontre avec une championne d'apnée violoniste professionnelle

Sportive ou musicienne de haut-niveau ? Les deux pour Béatrice Ernwein qui brille dans les deux univers : trois titres de championne de France d’apnée dynamique en monopalme, un titre de championne de France en apnée statique elle est aussi un pilier du conservatoire d'Amiens.

Béatrice Ernwein est violoniste et professeur de violon à temps plein au Conservatoire à Rayonnement Régional d’Amiens Métropole depuis son arrivée dans la région en 2013. Âgée de 52 ans, maman de faux jumeaux, Antoine et Cédric, qui viennent de fêter leurs 20 ans le 21 septembre dernier, elle a grandi à Strasbourg où elle a commencé la musique à l’âge de 5 ans. D’abord le piano, mais à 8 ans elle a un véritable coup de cœur pour le violon : ce sont la beauté esthétique et le son de l’instrument qui l’ont fait chavirer. Il faut aussi avouer que son Papa était le directeur de l’école de musique, la musique c’est de famille.

La musique et le sport mobilisent le corps entier

C’est en progressant dans le milieu musical, en passant des concours (elle a, entre autres, obtenu le 1er prix de Virtuosité au Conservatoire Supérieur de Genève) qu’elle prend conscience que son corps est tout entier au service de son instrument. « Lorsque l’on joue 8 à 10 heures par jour pour préparer les concours, les premiers bobos arrivent comme les tendinites, les problèmes de dos qui est très sollicité par la posture ». Elle s’est donc mise à faire du sport, du renforcement musculaire, du stretching… Un peu comme nous pourrions tous le faire.

Vient ensuite l’univers de la plongée sous-marine (avec bouteilles) où elle excelle également, et c’est là qu’une amie lui propose d’essayer l’apnée. Membre du club Amiens Sub, elle remporte son premier titre de championne de France d’apnée statique en 2014 (on reste sous l’eau le plus longtemps possible sans respirer et immobile) en restant 6 minutes 27 secondes et 80 centièmes sous l’eau. Et la musique est toujours là ! « On plonge littéralement en léthargie profonde mais il faut rester consciente ! Alors dans ma tête j’écoute de la musique, par exemple pour ce résultat en 2014 c’était la Méditation de Thaïs du compositeur Jules Massenet qui en fonction du rythme que je lui donne dure 5-6 minutes ou plus, c’est ce qui me permet de garder ma conscience ! » (Cette pièce fait partie des solos de violons les plus célèbres du répertoire).

Béatrice Ernwein essaye les autres sortes d’apnée. Après la statique, place à la dynamique (avec ou sans palmes et en monopalme). "L’apnée, il faut en faire de façon progressive, habituer son corps doucement, il faut bien sentir tous les éléments, progresser lentement, jamais seule."

S'entraîner beaucoup dans les 2 disciplines

En monopalme, c’est une discipline très technique ! On ne trouve pas le bon geste pour l’ondulation du premier coup ! Il faut des heures et des heures d’entraînement (Béatrice s’entraîne deux fois par semaine dans son club, mais fait aussi tous les jours des assouplissements à la maison, sans oublier des sports « de fond » comme le vélo par exemple). Une fois trouvé le bon geste technique, il devient automatique. Il faut être hypergainé, ne pas faire de freins dans l’eau, d’où les bras très tendus en flèche et les pieds tendus également. L’ondulation est primordiale, c’est pour cela qu’elle joue aussi de la musique dans sa tête pour garder le rythme, cela peut-être un morceau de Vivaldi ou tout autre chose, cela dépend du moment. En monopalme on ne redresse jamais la tête, on regarde toujours le fond du bassin. Son dernier titre de championne de France Monopalme toutes catégories confondues, a été remporté les 13 et 14 mai derniers à Saint-Raphaël (83). Elle en compte trois en monopalme (2016-2017 et 2023), mais c’est du dernier dont elle est le plus fière, ne serait-ce que parce que c’est son record personnel, elle a franchi la barre des 200 mètres, qui était la distance qu’elle rêvait de dépasser. Sur cette distance elle estime à 108 le nombre d’ondulations réalisées pour y arriver. (Soit en moyenne 27 pour 50 mètres)

 Mais alors, qu’apporte la pratique de l’apnée à la violoniste ?

Un bien-être très profond, une connaissance et une écoute permanente de son corps, cela apprend à se détendre, à lâcher prise, à savoir trouver la bonne position, la bonne posture pour jouer. Cela permet aussi de gérer le stress avant un concert par exemple (Béatrice fait partie de plusieurs formations avec lesquelles elle fait des concerts) « J’étais très traqueuse, le trac il faut savoir le maîtriser ! Grâce à cette discipline, je maîtrise ma respiration et je gère mon stress de manière bien plus positive » D’ailleurs tous les étés Béatrice donne des cours de violon et de préparation mentale pour les concours (musique ou danse) en Lozère à Mende. Elle en parle aussi avec ses élèves du Conservatoire.

>>>Voir ou revoir l’émission Hauts-Féminin consacrée à Béatrice Ernwein.

Quand on lui demande ses objectifs sportifs pour la suite elle répond : « Aller le plus loin possible, faire une belle saison avec de belles performances ici en France, mais aussi me qualifier pour les championnats du Monde qui auront lieu en juillet 2024 à Belgrade (Serbie) et gagner une belle médaille en catégorie Master » Pour y arriver, Béatrice Ernwein cherche des sponsors pour l’accompagner dans la prise en charge des déplacements.

Pour finir, si on vous dit « le grand bleu » ?

"Heureusement il y a la musique et Jean-Marc Barr, mais le reste… "

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