Des supporters du LOSC accusent les journalistes de “désinformation” : notre réponse

Banderole déployée autour du Stade Pierre-Mauroy ce dimanche / © @gorijsel via Twitter
Banderole déployée autour du Stade Pierre-Mauroy ce dimanche / © @gorijsel via Twitter

De la désinformation ? Contre le LOSC ? Vraiment ? 

Par France 3 Nord Pas-de-Calais

"Champions de la désinformation". "1er : L'Equipe; 2ème : RMC 3ème : France 3". C'est la banderole que des supporters du LOSC ont exhibée aux abords du Stade Pierre-Mauroy avant le match de ce dimanche face à Lyon. La photo a été publiée et partagée sur les réseaux sociaux. Qui est derrière cette banderole ? Faut-il s'y attarder ? Faut-il y répondre ? 

Le refrain anti-journaliste est devenu courant chez certains supporters lillois ces derniers mois. Notamment sur les réseaux sociaux. Une minorité de supporters sans doute, mais une minorité active et parfois hargneuse. A France 3, nous sommes ouverts au débat, prêts à nous remettre en cause, à dialoguer, à reconnaître même des erreurs s'il le faut mais il ne faut pas aller trop loin... Nous comprenons que les supporters soient passionnés, subjectifs, parfois déçus de lire des mauvaises nouvelles sur leur club mais faut-il vraiment s'en prendre gratuitement aux journalistes ?

Nous aurions pu ignorer cette petite banderole un peu passée inaperçue mais nous avons choisi de saisir l'occasion pour réaffirmer quelques convictions. Nous répondons ci-dessous à trois reproches régulièrement lus et entendus. 

"Vous êtes trop négatifs !"


Les diffuseurs de mauvaises nouvelles peuvent-ils être confondus avec les mauvaises nouvelles elle-mêmes ? Apparemment oui, selon certains supporters lillois. Quand le LOSC perd ou se retrouve 18ème du classement, les journalistes qui l'écrivent ou le disent sont-ils coupables ? Responsables ? Quand les journalistes soulignent que ce classement dans les 5 derniers est loin du Top 5 annoncé, sont-ils forcement trop négatifs ?

 

Le LOSC, 17ème du classement. Le LOSC qui n'a gagné que 7 matchs sur 26. Le LOSC interdit de recrutement pour des raisons financières. Le LOSC menacé de rétrogradation administrative en Ligue 2. le LOSC qui change d'entraîneur 4 fois en un an. Le LOSC qui vire un entraîneur, "ami" du président, qui était au centre de son projet après seulement 6 mois. Le LOSC qui est attaqué en justice par ce même entraîneur.

Oui, nous avons parlé de tout cela ces derniers mois. Nous ne nous en réjouissons pas. Les faits, rien que les faits. Les journalistes n'inventent pas la réalité, ils tentent de fournir les éléments permettant de mieux la comprendre. En allant au-delà de la communication officielle du club, en cherchant ailleurs que dans les conférences de presse... Où est la désinformation ? Les supporters peuvent-ils amener des exemples concrets ?


Il est en revanche clair que des dirigeants du LOSC s'arrangent parfois avec la réalité. Ils ont par exemple plusieurs fois nié dans les médias avoir reçu une notification de la DNCG annonçant une rétrogradation administrative. Luis Campos, sur RMC, l'a dit il y encore une dizaine de jours. Contre toute évidence. Et même contre ce que dira quelques jours plus tard son président Gérard Lopez dans La Voix du Nord. Là, il s'agissait de désinformation, mais les dirigeants du LOSC ne sont pas journalistes...

A Sochaux (Ligue 2) ou à Charlton (3ème division anglaise), les supporters eux-mêmes se montrent exigeants envers leurs dirigeants. Exigence de transparence, de vérité, de résultats... Au LOSC, certains supporters préfèrent parfois s'en prendre aux journalistes et faire confiance aveuglément aux dirigeants. Ça aussi, c'est une réalité.



"Laissez Lopez tranquille, on s'en fout des histoires d'argent"


C'est vrai, France 3 Nord Pas-de-Calais (avec Médiacités et Mediapart) a été, début 2017, à l'origine d'articles révélant le montage financier inédit ayant permis à Gérard Lopez, nouveau président, d'investir au LOSC. Basé sur des emprunts obligataires, ce schéma est peu courant dans le foot et méritait selon nous d'être connu. Emprunter massivement (qui plus est, à un fonds dit "vautour"), c'est devoir rembourser massivement un jour. Ce n'est pas neutre, surtout pour un club de foot, à l'aléa sportif important. Nous jugeons important de nous intéresser en profondeur, malgré l'opacité, à cet aspect de la vie du LOSC. 



L'enjeu n'est pas mince et pas seulement sportivement. Le LOSC est le club d'une des plus grandes métropoles françaises. Il est un symbole important. En terme d'image, d'économie... Rappelons-aussi qu'une relégation en Ligue 2 aurait un coût important pour la collectivité et donc l'argent public. Environ 3,5 millions de loyer en plus à payer pour la Métropole européenne de Lille. Les journalistes doivent-ils taire ces enjeux pour faire plaisir à quelques supporters ? 

"Vous êtes pro-Lensois"


"L'argument ultime" qui ne tient pas la route. France 3 serait supporter du RC Lens et s'acharnerait du coup sur le LOSC..! Nous nous passionnons pour l'actualité de tous les clubs de la région. Et nous en relatons les difficultés mais aussi les réussites. Sans aucune distinction. Guidés uniquement par la vérité des faits. Sportifs et extra-sportifs.

Quand le RC Lens a dû faire face aux gros soucis rencontrés par son actionnaire principal Hafiz Mammadov, nous nous sommes intéressés de près à ce qui se passait, aux enjeux pour le club et la région. Des supporters lensois y ont parfois vu un comportement pro-Lillois. Qui devons-nous croire ?



Qui peut sérieusement penser qu'une chaîne régionale de service public pourrait prendre parti pour un club ou un autre ? Cacher des infos ou en révéler d'autres pour protéger un club contre un autre ? La question est suffisamment incongrue pour ne pas appeler de réponse. 

France 3 Nord Pas-de-Calais parle du LOSC depuis 70 ans et ne va pas s'arrêter. Le LOSC champion de France, le LOSC qui gagne, qui perd, qui recrute, qui fait parler de lui en bien ou en mal, qui remonte la pente après une passe difficile, qui réussit une super saison l'année prochaine... Nous ne sommes pas supporters mais nous en parlons et parlerons. Parce que notre boulot, c'est l'information...


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