Sylvain Dubois, ex-animateur de centre aéré à Bourbourg, condamné à 19 ans de prison pour des centaines de viols

Le palais de justice de Douai / © MAXPPP
Le palais de justice de Douai / © MAXPPP

Le procès avait été marqué par le récit glaçant de 6 des 7 plaignants.

Par AFP

 L'ex-animateur de centre aéré de Bourbourg Sylvain Dubois a été condamné à 19 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Douai.

Au terme d'une semaine tendue, marquée par les récits glaçants de six des sept plaignants qui accusent Sylvain Dubois d'innombrables abus commis pendant vingt ans, l'avocat général avait requis 18 ans de réclusion criminelle, qualifiant l'accusé de "pédophile" à "la structure perverse". "Le loup vivait dans la bergerie ! Il y avait son logement de fonction, son bureau, sa chambre" et "manipulait" des adolescents "jusqu'à en faire des esclaves sexuels !", s'est emporté Sébastien Piève devant la Cour, décrivant longuement la "stratégie délibérée" d'un animateur adulé par les jeunes, qui "ciblait ses victimes, choisissant les plus faibles" pour les "placer sous emprise".

Pendant plusieurs jours, des trentenaires et quadras fébriles, le visage défait, en larmes, se sont succédé pour dénoncer fellations, pénétrations, attouchements, commis de manière répétée dès l'enfance, entre 1990 et 2015, pour certains jusqu'après leur majorité. "Envoûtement", "fascination", "embrigadement" : plaignants et psychologues ont usé des mêmes mots pour raconter comment l'accusé, "gentil et attentionné", gagnait leur confiance, offrant boissons, sucreries ou cadeaux, les emmenant faire un tour de moto ou voir un match avant d'abuser d'eux. 

Comme Mickaël, certains revenaient ensuite "une, deux fois par semaine", toujours habités d'un "sentiment de culpabilité et de honte" et "persuadés de leur propre consentement", a rappelé mercredi l'avocat de ce plaignant, David Brouwer, calculant les "350 viols subis par l'adolescent, a minima".
 

"Monsieur parfait"


"Les victimes décrivent les mêmes choses !", ont aussi plaidé plusieurs avocats : l'appartement de M. Dubois au-dessus du centre aéré, son "mode opératoire", les cadeaux et même l'anatomie de l'accusé. Pour l'avocat général, "la cohérence" des accusations, mais aussi "la sueur, les larmes, les réactions des sept victimes particulièrement sincères", justifient une condamnation.

Sans oublier "le faisceau d'indices" qui incriminent l'accusé, a ajouté M. Piève. Comme les messages ambigus échangés avec d'autres adolescents, l'un surnommé "frérot", l'autre "mon best", ou les photographies et vidéos érotiques retrouvées dans son ordinateur, mettant souvent en scène des hommes très jeunes. Mais la Cour s'est heurtée aux hésitations des plaignants sur des souvenirs vieux de 10 ou 20 ans, la défense soulignant "les contradictions" de certains, des "déclarations qui ne collent pas aux éléments matériels", comme les relevés téléphoniques.

Car l'accusé a toujours nié tout viol ou agression sur mineur, reconnaissant seulement des "relations consenties, à l'âge adulte" avec trois des plaignants et des relations "amicales" avec quelques jeunes. "On m'a humilié, sali, menacé", a-t-il encore soupiré jeudi. 

"C'est un +Monsieur parfait+, magnifié par ses proches et collègues jusque devant la Cour", qui a su fabriquer "une façade, un masque" d'homme serviable, aimant, de confiance, a raillé mercredi Me François Rosseel, avocat d'une partie civile, appelant à regarder "le prédateur" derrière "le masque".

Froid et stoïque tout au long des débats, le regard souvent fixe, Sylvain Dubois n'a réagi qu'une seule fois, fondant bruyamment en larmes lors du témoignage de sa mère. Calmement, méthodiquement, il a répondu à toutes les questions des juges. Il avait assuré tout au long de l'instruction être victime d'un "complot" à l'initiative du premier plaignant, rejoint par d'autres en recherche "d'argent", ou "n'assumant pas" leur homosexualité.

Mais jeudi, son avocate Alice Cohen-Sabban a plutôt évoqué les raisons "propres à chacun" de plaignants "confus, embrouillés", parfois en errance, "eux-mêmes condamnés en justice" ou toxicomanes, et surtout le manque "d'éléments matériels et de preuves". Aux jurés, elle a ainsi intimé de "ne pas se laisser émouvoir par les larmes" et de ne pas "condamner un homme" sans "être sûrs".
 

Sur le même sujet

Grève au CHU d'Amiens : extrait du JT du 11/10/2019

Les + Lus