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VIDEO. Le match RC Lens-Clermont interrompu à cause de chants jugés homophobes

A la 70ème minute, ce mardi au stade Bollaert-Delelis / © CANAL + SPORT
A la 70ème minute, ce mardi au stade Bollaert-Delelis / © CANAL + SPORT

Ce type d'interruption se multiplie ces denières semaines...

Par EM avec AFP

"La ligue, la ligue, on t'...". Ce chant venu du kop lensois ce mardi soir au stade Bollaert-Delelis a entraîné l'interruption du match RC Lens-Clermont pendant quelques minutes. 

C’est Benjamin Lepaysant, l'arbitre de ce match de Coupe de la Ligue, qui a pris la décision. Il a désigné la tribune Marek et prévenu les délégués du match. Pendant deux minutes, le jeu s'est donc arrêté avant de reprendre après un message du speaker relançant des chants pour soutenir les Sang et or. 
 
Le match RC Lens-Clermont interrompu à cause de chants jugés homophobes

Cela fait plusieurs fois que cela se produit ces dernières semaines sur les terrains de Ligue 1 et de Ligue 2. Philippe Montanier, l’entraîneur lensois a réagi en conférence de presse à la décision de l'arbitre : "Je n’ai pas de solution, mais nos instances vont en trouver. Comment on le vit en tant que coach ? C’est en fonction de la dynamique, si elle est bonne on est embété car ça coupe le rythme sinon c’est comme au basket, on peut recadrer. Quand j’étais gardien, à chaque fois que je dégageais un 6 mètres… Je pense que c’est plus dans le rituel que dans la signification du mot même si cela n’excuse pas. On a été baigné dans le foot depuis tout jeune. Quand j’étais joueur ça me motivait mais c’était un autre contexte, une autre époque. »

Ce mercredi, la commission de discipline de la Ligue de football (LFP) se penche sur 18 incidents liés à des chants injurieux et/ou homophobes, notamment lors de Nancy-Le Mans. La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a salué la fermeté des arbitres, elle qui a fait de ce thème un cheval de bataille après avoir assisté dans les tribunes à un PSG-OM particulièrement fleuri le 17 mars. 

A l'époque, la partie ne semblait pas gagnée, entre une présidente de la LFP, Nathalie Boy de la Tour, qui promettait d'agir mais qui mettait en avant "le folklore" des supporteurs, et un patron de la fédération, Noël Le Graët, qui condamnait l'homophobie mais taclait la ministre dans Le Figaro : "Elle n'a pas l'habitude de venir au stade, c'est vrai que dans les piscines on n'entend pas ce qu'il se dit".

Six mois plus tard, "tous les astres sont alignés, on n'est jamais allé aussi loin dans le foot pro", se félicite le président d'un club luttant contre l'homophobie, le PanamBoyz & Girlz United, Bertrand Lambert, qui salue le travail de la LFP.
 

Surenchère


Mais cette fermeté provoque une colère redoublée des ultras, lassés d'être considérés comme "des beaufs avinés et incapables de réfléchir", alors qu'ils dénoncent eux-mêmes de manière récurrente la multiplication des interdictions de se déplacer pour des raisons de sécurité, comme le rappelle James Rophe, porte-parole de l'Association nationale des supporteurs (ANS).

Pour le sociologue Nicolas Hourcade, spécialiste du sujet et membre de l'Instance nationale du supportérisme (INS), qui met tous les acteurs autour de la table, il y a un sérieux problème de méthode. "Du jour au lendemain, on impose des interruptions et on menace d'arrêter les matches, sans définition claire de ce qui est interdit, et sans dialogue préalable avec les clubs et les associations de supporteurs", souligne le professeur à l'école Centrale de Lyon, "alors que le recours à l'insulte est légitime pour les supporteurs ultras". 

"Si on prenait la peine d'expliquer que même sans intention homophobe, certainschants  historiques peuvent blesser ou contribuer à renforcer les discriminations que subissent de jeunes homosexuels, ce serait compris et cela permettrait à tout le monde de sortir par le haut", ajoute Pierre Barthélemy, un avocat qui traite de nombreux dossiers de supporteurs.

"De leur point de vue, on ne cherche pas à lutter contre l'homophobie, on cherche à les écarter et à les faire taire", résume Nicolas Hourcade, qui relève, du coup, une recrudescence des "La Ligue on t'encule" dans les stades. Et s'attend à une surenchère de banderoles provocatrices.

Certaines sont déjà apparues dans les travées ce week-end, parfois polies ("Roxana tu nages à contre-courant"), parfois plus radicales ("Roxana, LFP: sac à merde c'est une insulte?").

Directement visée, la ministre veut rester ferme. "Pour moi, la liberté qui compte concernant les supporteurs, c'est plutôt la liberté de se déplacer, de pouvoir supporter leur équipe", a-t-elle plaidé lundi, en promettant "d'entamer le chantier dès que possible" avec son collègue de l'Intérieur, Christophe Castaner. "L'autre liberté qui m'importe, c'est celle" des homosexuels, "qui ne doivent pas avoir à assumer devant leur famille ou leurs proches le fait que cette orientation sexuelle fasse le sujet d'injures quand ils sont dans la rue, devant leur télé, dans un stade de football", a-t-elle ajouté.

D'après elle, "la langue française est assez fournie en injures (...) si toutefois on pense que c'est indispensable d'injurier l'équipe adverse pour supporter sa propre équipe".

La commission de discipline de la LFP avait infligé, le 9 mai au RC Lens, une lourde amende de 50 000 euros ainsi qu'un match à huis clos avec sursis pour la tribune Marek suite à des chants homophobes lors du match face au VAFC.
 

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Olivier Guégan (VAFC) :

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