Villes côtières plébiscitées, hôtels urbains délaissés : la reprise inégale du tourisme dans les Hauts-de-France

Malgré des signes encourageants, les professionnels du tourisme en ville attendent leur reprise avec inquiétude. Sur la côte, qui profite du tourisme régional et frontalier, le taux de réservation est plutôt au beau fixe.
Des touristes à la plage de Calais - Photo d'illustration
Des touristes à la plage de Calais - Photo d'illustration © Frédérik Giltay / France Televisions

"On est plutôt pas mal ! Depuis la levée des restrictions sanitaires, on a senti une montée en puissance des réservations. Pour Juillet, le taux de réservation est à 80%" Tout le monde voudrait sans doute pouvoir en dire autant que Maxime Parmentier. Le vice-président de la Fédération départementale de l'hôtellerie de plein air (FDHPA) et également propriétaire du camping des Dunes, à Gravelines, aborde la saison sereinement. Même si le printemps n'a pas été bon, les hôteliers et autres professionnels du tourisme installés sur la côte comptent encore sur un été bien rempli pour se relever de la crise. 

La côte et les campings : un été sans inquiétudes

Gérard De Poorter, président de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH) des Hauts-de-France, a constaté le phénomène grâce aux remontées de ses adhérents. "Sur les sites touristiques en bord de mer, effectivement, au mois de Juillet, il y a de la réservation, parce que les gens ne sont pas partis en vacances depuis longtemps et qu'on nous a incités à rester en France."

"C'est l'effet covid, abonde Maxime Parmentier : des déplacements de proximité, on part à deux heures de route et on pose ses valises là. Les collègues qui travaillent beaucoup avec de la clientèle étrangère souffrent un peu plus. J'ai un confrère dans la région de Saint-Omer qui accueillait 80% environ de clientèle britannique, c'est difficile pour lui." Heureusement, dans son établissement, la clientèle est principalement régionale. Cette année, nos voisins belges ont également afflué, plus nombreux que d'habitude. 

Le camping, de manière générale, fait figure de favori de l'été. "On a des grands espaces, des logements indépendants, la distanciation sociale se fait assez facilement donc c'est assez plébiscité par les vacanciers" reconnaît Maxime Parmentier. Les gîtes ont également le vent en poupe, avec un taux de réservation déjà à 60% à J-15, selon une étude menée par le comité régional du tourisme du 15 au 20 juin auprès d'une centaine de personnes.

L'été morose du tourisme de ville

Mais plus on s'éloigne de la côte, plus l'été des hôteliers ressemble à une longue bataille, malgré un printemps plutôt encourageant. "Notre premier semestre a tout de même été, évidemment, bien meilleur que l'année dernière. On était dans une dynamique plutôt positive même si jusque-là, on a eu un marché à deux vitesses" analyse la présidente du Club hôtelier Lille métropole et directrice du Novotel de Lesquin, Kawtar Bansar. La fermeture des restaurants avait fait chuter l'activité des hôtels de la métropole au bénéfice de la périphérie.

Depuis les annonces progressives de déconfinement, cette dynamique s'est inversée. "Avec cet élan, on s'était dit que la saison allait plutôt être bonne, voire meilleure que l'année dernière. Malheureusement, elle s'avère plutôt en recul, même si les jeux ne sont pas encore faits." Les taux d'occupation, dans la métropole lilloise, progresse vers les 50%.

Cet été 2021 a encore un arrière-goût de covid, avec encore beaucoup de contraintes. "A l'intérieur des terres, s'il n'y a pas un site touristique, les gens n'en voient pas l'intérêt. Il n'y a pas de congrès, pas de foires, pas de salons et pas de déplacements professionnels, ou très peu. Même avec des chèques vacances, les gens n'iront pas passer leur été à Valenciennes !" explique, lucide, le président De Poorter. 

L'étude du comité régional du tourisme entérine les craintes du secteur : seulement 38% des professionnels en ville sont confiants sur leur saison estivales. Pour faire décoller un taux de réservation qui, dans l'hôtellerie de ville, plafonnait alors à 18%, la majorité des acteurs du secteur compte ardemment sur les réservations de dernière minute. La pratique s'est largement répandue. "On le remarque depuis le début de la crise, puisqu'il y a de la disponibilité partout et que rien ne presse pour réserver. Mais c'est de plus en plus vrai, que ce soit pour la clientèle d'affaires ou la clientèle loisir. ça se fait au coup de tête, on décide aujourd'hui pour partir demain" observe la présidente Bansar.

Cette dynamique n'est pas nouvelle, rappelle tout de même Gérard De Poorter. "La relance, les autres années, c'était la braderie de Lille, par exemple, le 1er weekend de septembre, mais on a connu des mois d'été assez désertiques, et bien avant le covid. Sans événements, les hôteliers des villes vont souffrir." Des initiatives ponctuelles voient le jour dans certaines villes, comme à Lille avec l'opération "L'été dans les étoiles", qui propose des nuits dans des établissements de standing à prix cassés. La météo fait comme toujours office de roulette russe pour les professionnels. "On croise encore les doigts. Il y a de belles choses à voir dans nos villes !"

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