Violaines : le destin maudit de Jacky Kulik, assoiffé de justice

Jacky Kulik se bat depuis 2002 pour faire juger les assassins de sa fille Elodie. / © DENIS CHARLET / AFP
Jacky Kulik se bat depuis 2002 pour faire juger les assassins de sa fille Elodie. / © DENIS CHARLET / AFP

"Chacun sur terre a une croix à porter, mais moi j'en porte plusieurs". Après avoir perdu deux enfants dans un accident de la route, Jacky Kulik a dû affronter le meurtre de sa fille Elodie en 2002, et oeuvre sans relâche pour que les coupables soient traduits en justice.

Par AFP

Dans sa maison de Violaines, à une trentaine de minutes de Lille, Jacky Kulik, 68 ans, a coché sur son calendrier la date du 6 mars. La chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Amiens se prononcera sur le renvoi du principal suspect de l'assassinat d'Elodie Kulik, dans ce qui constitue l'une des plus longues et médiatiques affaires criminelles françaises du XXIe siècle.

"C'est mon combat, je continuerai à me battre quoi qu'il arrive", promet ce "vrai ch'ti", passionné de jardinage et de football, à la poignée de main chaleureuse. "Il a un courage fou, plein de personnes se seraient effondrées dans sa situation", appuie Georges Charrières, journaliste au Courrier picard, qui suit l'affaire depuis le début.


Destin tragique

A l'âge de 13 ans, Jacky Kulik doit affronter un premier drame : son père, mineur d'origine polonaise, atteint de silicose, meurt d'un accident de mobylette le jour de ses 41 ans. Sa mère doit élever seule ses cinq enfants. En 1976, devenu postier, Jacky Kulik dérape en voiture sur une plaque de verglas. Après 21 jours en réanimation, son épouse lui annonce la mort de son fils et sa fille de cinq et six ans dans l'accident. Les séquelles l'obligent à partir chaque année en cure en pays catalan.

Après ce dramatique accident, "on recrée la même chose, avec la naissance d'une fille et d'un garçon, treize mois d'écart aussi. On avait une vie de famille magnifique et un avenir superbe s'ouvrait à eux...", dit-il, ému aux larmes, dans son salon à la décoration méridionale.

Sa fille Elodie, ravissante jeune femme qui dirigeait une agence bancaire à Péronne, disparaît le 10 janvier 2002. Elle téléphone aux pompiers, pleine d'effroi, dans un message de 26 secondes où l'on entend les voix de deux hommes. Deux jours plus tard, elle est retrouvée morte dans un terrain vague à Tertry (Somme), violée et étranglée. "Ca a été pour lui la disparition d'une fille brillante et la destruction de la famille qu'il avait réussi à reconstruire", explique son avocat historique Me Didier Robiquet.


'Je ne veux pas me venger'

Mis en invalidité par la Poste à 52 ans, il se lance à corps perdu dans sa propre enquête, interrogeant des témoins et tentant d'exploiter la moindre piste, au point de se voir accuser de polluer le travail de gendarmes... Sa femme, elle, ne supporte pas la mort de son 3e enfant et meurt en 2011 après neuf ans de coma, suite à une tentative de suicide. "Elle n'a pas su pour les coupables, j'avais espéré qu'en lui disant les noms ça fasse un choc et qu'elle se réveille", se souvient M. Kulik.

Car l'enquête, après avoir longtemps piétiné malgré des moyens colossaux, connaît un premier dénouement : en 2012, grâce à la technique de l'ADN par parentèle, la juge d'instruction annonce à Jacky Kulik le nom du violeur. Il s'agit de Grégory Wiart... décédé dans un accident de voiture en 2003. "Un suicide", selon lui. L'autre voix serait celle de Willy Bardon, aujourd'hui en liberté conditionnelle, renvoyé en 2017 devant la cour d'assises de la Somme pour enlèvement suivi de mort, mais qui a fait appel de cette décision.

Jacky Kulik, devenu grand-père après la naissance de la fille de son fils gendarme, continue chaque dimanche de se rendre sur la tombe d'Elodie au cimetière de Lens. "Je ne veux pas me venger, je veux punir", assure cet homme hostile à la peine de mort, qui fréquente assidûment les assises pour se "préparer".

"Il est le père que tout le monde rêverait d'avoir, d'une extrême gentillesse", dit Isabelle Boquel, une amie. Avant d'ajouter : "Je ne souhaite à personne la vie qu'il a".

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