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EPR de Flamanville, nouveau dérapage financier

L'EPR de Flamanville, photomontage EDF / © EDF
L'EPR de Flamanville, photomontage EDF / © EDF

Comme nous l'écrivions dès lundi soir sur ce site, la facture de l'EPR vient de s'alourdir encore une fois : + 2,5 milliards d'euros. Jusqu'où ira EDF ?

Par Catherine Berra

L'électricien persiste et signe ce mardi matin.

Malgré les surcoûts considérables et les retards à répétition, l'EPR "sera un succès industriel du point de vue de la réalisation", comme l'affirme dans la vidéo ci-dessous Hervé Machenaud, directeur exécutif d'EDF en charge de la production et de l'ingéniérie, interviewé ce mardi matin à Paris.

Pour lui, il ne fait aucun doute que "le nucléaire reste et restera le moyen le plus compétitif de production d'électricité".
Surcoût de l'EPR, la réaction d'EDF

Pas question donc de renoncer au nucléaire ni au réacteur de 3ème génération, vendu comme le plus sûr de tous depuis la catastrophe de Fukushima, même si le chantier de Flamanville, comme celui de Finlande, connaît de nombreux avatars.

Il a en effet connu plusieurs aléas depuis ses débuts en 2007, avec parfois des rappels à l'ordre du gendarme du nucléaire, l'ASN.

Dernier problème en date, EDF, maître d'oeuvre du chantier, a dû suspendre pour la 3ème fois en février le bétonnage du bâtiment réacteur, après s'être aperçue que 45 boîtes métalliques, de plusieurs tonnes chacune, devaient être démontées et remplacées à la suite de défauts.

Ces boîtes, baptisées consoles, sont des pièces majeures : elles seront les points d'appui du pont polaire, base de la manutention à l'intérieur du bâtiment réacteur.

La reprise du bétonnage est annoncée pour début 2013 par EDF, après donc près d'un an d'interruption.

Pour ne pas accentuer son retard de déjà 4 ans sur le calendrier initial, l'électricien a avancé certains travaux prévus plus tard mais cela a nécessité la location notamment d'une grue de taille exceptionnelle.

Si, en février 2012, l'électricien a décidé lui-même de la suspension, les deux dernières fois le bétonnage avait été interrompu sur injonction de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) : trois semaines en 2008 et une semaine en 2011.

En 2008, le gendarme du nucléaire avait déploré "un manque de rigueur inacceptable" sur le chantier mené par EDF, après avoir notamment constaté "des fissures" sur "la plateforme de l'îlot nucléaire", "sans conséquence directe" toutefois sur "la sûreté".

En 2011, l'ASN avait ordonné une nouvelle suspension, à la suite de la "répétition d'anomalies" sur l'enceinte interne du réacteur, et dénoncé "un manque de compétences, de formation à la culture de sûreté des intervenants" et des "lacunes d'EDF dans la surveillance des sous-traitants".

Le 10 août 2011, le gendarme du nucléaire avait encore pointé dans un courrier à EDF des malfaçons sur le chantier pouvant "porter préjudice à la qualité finale des structures". Il était question de trous dans le béton et de nids de cailloux (zone manquant de ciment). Le plan présenté depuis par EDF a été jugé "satisfaisant".

Autant d'incidents qui ont alourdi le coût de fabrication de l'EPR, également victime de l'inflation. Le montant taotal est à ce jour de 8,5 milliards d'euros, soit plus du double du budget initial comme l'explique le reportage ci-dessous :
Augmentation de la facture de l'EPR
Peut-on parler de désastre industriel ?

L'électricité qui sortira de l'EPR en 2016 (si tout va bien !) coûtera très cher. Au moins 30% de plus que celle produite par les centrales actuelles.

Mais le choix de l'EPR ressort aussi de considérations stratégiques, environnementales, et géopolitiques (il est sensé réduire les risques d'attaque terroristes). C'est un prototype. Il semble donc naturel que des améliorations soient apportées au fur et à mesure que le chantier avance. Tout de même, 8,5 milliards d'euros au lieu des 3,3 de départ ; 8 ans de chantier au lieu de 4... La facture est lourde.

Noël Mamère, député EELV, a déclaré ce mardi qu'il fallait arrêter sa construction, mettant en garde le gouvernement contre un entêtement sur "des projets dangereux".

Invitée de notre 12/13 ce midi, Clara Osadtchy, conseillère régionale de Basse-Normandie et présidente du groupe Europe Ecologie Les Verts, voudrait, elle, que l'on consacre cet argent à la recherche sur les énergies renouvelables :
Clara Osadtchy, conseillère régionale EE-LV de Basse-Normandie
Delphine Batho, ministre de l'Ecologie et de l'Energie, a assuré, elle, que le "calendrier d'une ouverture en 2016" serait "tenu".

"Nous sommes maintenant dans une phase où 93% des travaux de génie civil - du gros-oeuvre - sont réalisés (...). Et le calendrier maintenant d'une ouverture en 2016 sera tenu", a-t-elle dit devant la presse à l'issue d'un séminaire gouvernemental à Matignon sur la transition écologique, soulignant que les chiffres publiés lundi par EDF étaient un "élément de transparence".

Interrogé sur ce "gouffre financier", la ministre a souligné que, au lancement du chantier en 2007, "les coûts au point de départ ont été sous-évalués". "Il y a eu aussi un certain nombre d'aléas industriels liés au fait que c'est une tête de série. Il y a aussi des coûts financiers qui ont augmenté du fait du retard du chantier", a-t-elle ajouté.

Elle a rappelé que le candidat Hollande, pendant la campagne présidentielle, "s'était engagé à achever ce chantier de l'EPR, en même temps que la centrale de Fessenheim serait fermée". Autrement-dit, pas question d'arrêter le chantier.
Delphine Batho, ministre de l'Ecologie, et Anne Lauvergeon lors de la conférence de presse le 29 novembre, coup d'envoi au débat national sur la transition énergétique / © Bertrand Guay/AFP
Delphine Batho, ministre de l'Ecologie, et Anne Lauvergeon lors de la conférence de presse le 29 novembre, coup d'envoi au débat national sur la transition énergétique / © Bertrand Guay/AFP
A la question de savoir si cela rendait l'énergie nucléaire plus chère face aux énergies renouvelables, elle a renvoyé au débat national sur la transition énergétique qui s'est ouvert jeudi dernier pour plusieurs mois.

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