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Les Rochambelles, une histoire de femmes

À quelques jours de la course de la Rochambelle, leur nom est sur toutes les lèvres, mais leur histoire est souvent méconnue. Qui sont les Rochambelles ?
De gauche à droite, en haut: Edith Vézy, Michette Duhamel, Zizon Sicot, Danielle Heintz, Christiane Petit.
En bas: Lucie Delplancke, Arlette d'Hautefeuille, Suzanne Torrès, Nicole Mangini.
Parc de Bagatelle, Boulogne-Billancourt, août 1944
De gauche à droite, en haut: Edith Vézy, Michette Duhamel, Zizon Sicot, Danielle Heintz, Christiane Petit. En bas: Lucie Delplancke, Arlette d'Hautefeuille, Suzanne Torrès, Nicole Mangini. Parc de Bagatelle, Boulogne-Billancourt, août 1944 © Mémorial Leclerc / Les Filles de la DB
Les Rochambelles furent une unité d'infirmières volontaires engagées au combat lors de la libération de l'Europe et l'une des deux seules unités féminines à être engagées sur le front européen.

Tout a commencé avec Florence Conrad, infirmière à la Croix Rouge pendant la première guerre mondiale. Cette américaine francophile de 57 ans veut absolument prendre part à la seconde guerre mondiale à sa façon et décide de créer son unité d'infirmières.
Dès le départ, les Rochambelles c'est une histoire de femmes, puisque c'est auprès de riches américaines qu'elle trouve les fonds nécessaires à l'achat de 19 ambulances flambant neuves de marque Dodge. Elle réussit ensuite par son énergie et sa détermination à convaincre 14 françaises habitant New York à se lancer dans l'aventure.

Florence Conrad à Fontainebleau le 30 juin 1945.
Florence Conrad à Fontainebleau le 30 juin 1945. © Mémorial Leclerc / Les Filles de la DB
Les jeunes femmes décident de s'appeler les "Rochambelles", en l'honneur du comte de Rochambeau, officier français célèbre pour s'être illustré aux côtés des Américains durant la guerre d'indépendance des États-Unis. 

Le groupe d’une quinzaine de femmes arrive au Maroc à l’automne 1943 et demande à être intégré à la 2ème DB (division blindée) du Général Leclerc. Celui-ci accepte les ambulances mais refuse la présence de femmes dans sa division. C'est mal connaître Florence Conrad qui insiste et convainc le général de les intégrer jusqu’à la libération de Paris.

À Rabat, Florence Conrad, la commandante de l’unité, recrute toujours plus de nouvelles infirmières désireuses de participer à la libération de la France, souvent des françaises réfugiées ou pieds noirs.

La vie d'un camp militaire se révèle dure pour ces jeunes femmes inexpérimentées. À l'entraînement, les Rochambelles sont confrontées à l'hostilité des hommes, qui ne veulent pas d'une présence féminine dans leurs rangs. À l'époque, on considère que les femmes n'ont pas leur place sur un champs de bataille. Ignorant les sarcasmes et les intimidations, elles persévèrent et gagnent petit à petit leurs galons. Les infirmières apprennent la mécanique, mais aussi à débusquer des mines, poser des garrots et défiler en rang.

Embarquement à Southampton, 1944.
Embarquement à Southampton, 1944. © Mémorial Leclerc / Les Filles de la DB
L’unité Rochambeau arrive en Angleterre en avril 1944 et débarque sur les plages Normandes début août 1944 dans des conditions "effroyables". Dès le lendemain, elles vivent leurs premières nuits de bombardement. L'une d'entre elles a les jambes broyées. Chaque jour, par équipe de deux, elles évacuent les blessés de la zone de combat après avoir établi un rapide diagnostic et prodigué les premiers soins. Pour la première fois dans la seconde guerre mondiale, des femmes se retrouvent sur le front, directement exposées aux tirs ennemis.

Trois Rochambelles de la Division Leclerc soignent un blessé sur un brancard.
Trois Rochambelles de la Division Leclerc soignent un blessé sur un brancard. © PhotosNormandie / Flickr
Ayant sauvé tant de soldats, les Rochambelles gagnent définitivement la confiance de Leclerc et celle de ses hommes. Elles prennent part à la libération de Paris fin août 1944. Rosette Peschaud, l'une d'entre elles, raconte : "C'était extraordinaire, il y avait une foule immense. Les hommes m'embrassaient ; ils n'étaient pas rasés, j'avais mal aux joues ."

Florence Conrad décide de rester dans la capitale et passe le commandement à Suzanne Torrès, sa seconde. Le Général Leclerc reconnaît leur ténacité et leur grand courage et les garde finalement auprès de lui jusqu’à la fin de la guerre.
Les Rochambelles repartent sur les routes, direction Strasbourg, un objectif majeur. Aux côtés de la 2ème DB, elles poussent jusqu’au « nid d’aigle », l'un des QG d'Adolf Hitler, près de la frontière autrichienne en Bavière, où elles vivront l’annonce de la fin de la guerre le 7 mai 1944.

Bien loin d'être appelées au combat, les Rochambelles furent toutes volontaires. Habitant New York ou Casablanca, ces jeunes femmes auraient pu rester loin de cette guerre, mais ont fait preuve d'audace et d'initiative. C'est leur mémoire et leur esprit que la course de la Rochambelle salue chaque année.

Denise Colin et Florence Conrad, Normandie, 1944.
Denise Colin et Florence Conrad, Normandie, 1944. © Mémorial Leclerc / Les Filles de la DB
De gauche à droite: Denise Colin, Zizon Bervialle, Rosette Trinquet et Arlette d'Hautefeuille, Normandie, 1944.
De gauche à droite: Denise Colin, Zizon Bervialle, Rosette Trinquet et Arlette d'Hautefeuille, Normandie, 1944. © Mémorial Leclerc / Les Filles de la DB
Une Rochambelle, Edith Vézie, peint l'emblème de la 2ème DB à l'aide d'un pochoir tenue par Bernard de la Motte sur cette Kübelwagen réquisitionnée.
Une Rochambelle, Edith Vézie, peint l'emblème de la 2ème DB à l'aide d'un pochoir tenue par Bernard de la Motte sur cette Kübelwagen réquisitionnée. © PhotosNormandie / Flickr
Michette Duhamel et Anne-Marie Davio en compagnie de soldats du 501e R.C.C., Alsace, 1944.
Michette Duhamel et Anne-Marie Davio en compagnie de soldats du 501e R.C.C., Alsace, 1944. © Mémorial Leclerc / Les Filles de la DB

 

 

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