Algues vertes : après la Bretagne, la Normandie ?

Algues, orages et chaleur et c'est la pollution microbienne / © huctin
Algues, orages et chaleur et c'est la pollution microbienne / © huctin

Le CEVA, le Centre d'étude et de valorisation des algues, qui observe la prolifération des algues vertes en Bretagne, a lancé début juillet l'alerte sur la Normandie et renforcé sa surveillance sur les plages du Calvados. La faute aux nitrates et aux rejets agricoles, entre autres. 

Par A.H avec AFP

Connues pour avoir empesté les plages de Bretagne, les algues vertes gagnent désormais certains secteurs jusque-là peu touchés, comme la Normandie
et le sud de la Loire. "On est début juillet et déjà, on a ramassé presque 1.000 tonnes", soit l'équivalent des quantités relevées en une année il y a dix ans, se désolait Serge Bigot maire de Grandcamp-Maisy, auprès de nos confrères de l'AFP le 10 juillet dernier.

Selon l'élu, qui fait remonter l'apparition du phénomène à 2004, et son accélération à 2008, Grandcamp se retrouve certaines années avec un mètre d'épaisseur d'algues par endroits et les odeurs d'oeufs pourris qui vont avec. Alors il faut ramasser. Avec 3.700 m3 environ l'an dernier, la commune normande est encore loin des 9.000 m3 de 2013 à Saint-Michel-en-grève (après 18.000 en 2012). Ce village breton est habituellement l'un des plus touchés de sa région. Un cheval y a succombé en 2009 après s'être enfoncé jusqu'à l'encolure dans un amas d'algues vertes en décomposition. La cour administrative d'appel de Nantes doit dire le 25 juillet si l'hydrogène sulfuré toxique dégagé par les algues en putréfaction est bien responsable de la mort de l'animal.


La côte de Nacre touchée

Si la Normandie n'en est pas là, le Centre d'étude et de valorisation des algues (Ceva) confirme y avoir observé, en avion, des "dépôts importants" et précoces dès mai, alors qu'il n'y avait encore rien ailleurs en France. Sont surtout touchés l'ouest du Calvados (Grandcamp et autour) et des communes côtières de l'agglomération de Caen, notamment dans le secteur de la Côte de Nacre, comme sur la commune de Ver-sur-Mer. Le Ceva vient de placer la Normandie sous surveillance renforcée avec cinq survols au lieu de trois par an.


Danger de putréfaction 

Ce  constat de prolifération à "de nouvelles plages" a  également été souligné , en janvier, par le commissariat au développement durable rattaché au ministère de l'Ecologie. En 2012, les algues vertes ont recouvert 815 hectares de plages en Bretagne, 280 en Normandie, et 240 en Loire-atlantique jusqu'à Oléron.

Néanmoins, hors Bretagne et Grandcamp, les communes sont peu nombreuses à effectuer un ramassage, faute d'équipement et de budget. "C'est un coût, si on dit qu'un tracteur mis à disposition peut coûter avec le chauffeur et le gazoil 200 euros de l'heure, vous imaginez si on le passe tous les jours ?", demandent Jacqueline André, première maire-adjointe de Ver-sur-Mer. Si le danger de putréfaction existe en Normandie comme ailleurs, M. Ballu souligne toutefois qu'il faut beaucoup de gaz avant d'être intoxiqué. Et l'odeur est alors telle que l'idée ne viendrait à personne de poser sa serviette dans les environs. En revanche, avant de pourrir l'algue n'est pas toxique. Elle est même comestible.

Reportage de Pauline Latrouitte et Loïc Blache
Intervenants:
- Jean-Pierre Fesert, estivant à Ver-sur-Mer
- Inés Bayeux, propriétaire de "Chez Inés"
- Jacqueline andré, première maire-adjointe de Ver-sur-Mer

Alerte aux algues vertes sur les côtes du Calvados


Agriculteurs et collectivités vont devoir contrôler leurs rejets dans l'eau de mer

L'agence de l'eau Seine Normandie vient pour sa part de finaliser un document qui prévoit de demander aux usagers, (agriculteurs, collectivités) une baisse de 30% des apports en azote dans l'eau de mer d'ici fin 2018 sur le bassin de l'Orne. Cette orientation, une première dans la région, pourrait aboutir à un arrêté préfectoral fin 2015. Car "la cause de ce phénomène breton, qui commence à apparaître en Normandie, c'est l'azote (issu essentiellement de l'élevage intensif, ndlr) qui y augmente actuellement", même si cette progression ralentit, explique à l'AFP André Berne, le directeur de l'Agence de l'eau. "Le bassin de l'Orne est à 30 milligrammes de nitrate (composés d'azote) par litre. Il faut qu'on baisse à 20"


La France est même sous la menace d'une sanction de la cour de justice européenne en raison de la pollution, encore trop élevée, de ses eaux par les nitrates.

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